SCÈNE II
D'HÉRICOURT; CLARISSE, un papier de musique à la main.
CLARISSE
Ce motif est divin !
d'héricourt.
Enfin, c'est vous, ma chère Clarisse!...
CLARISSE
Eh quoi ! d'Héricourt ! de si bonne heure à la campagne !
d'héricourt.
Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit.
CLARISSE
Quelque bal, sans doute, quelque fête?
DHERICOURT.
Des fêtes! en est-il sans vous? Apprenez que mon oncle arrive ce matin.
CLARISSE
M. Dermont?Eh bien! entend-il enfin raison ?
d'héricourt.
Lui ? il arrive plus que jamais décidé à s'opposer à mon mariage, et à me déshériter si je ne cède pas à ses volontés;maisnous verrons... j'ai une tête aussi...
CLARISSE
Je vous l'ai dit, d'Héricourt; quel que soit le bonheur que me promette le titre de votre épouse, je ne consentirai jamais à l'acheter par la perte de votre fortune et peut-être le malheur de votre vie entière.
d'héricourt.
Et vous m'aimez, Clarisse!
CLARISSE
Puis-je vous en donner une plus forte preuve?
d'héricourt.
Oui, et c'est le but de mon voyage.
CLARISSE
Eh bien ! qu'exigez-vous ?
d'héricourt.
Votre parole que si mon oncle persiste dans sa résolution , vous me permettrez de vous présenter à lui.
CLARISSE
Vous voulez...?
d'hÉricotjrt.
Qu'il vous voie, qu'il vous entende, et je ne doute pas que vous ne triomphiez de son ridicule préjugé.
CLARISSE
Ce serait m'exposer à une épreuve...
d'héricourt.
Si vous me refusez, je croirai que vous ne m'avez jamais aimé, et il m'en coûtera moins de renoncer à l'existence qu'à la seule espérance qui me la faisait chérir.
CLARISSE, gaiement.
li y va de la vie?... votre oncle me verra.
D HERICOURT.
Vous me le promettez?
CLARISSE
Quelle plus sûre garantie en voulez-vous que la menace que vous venez de me faire?
d'héricourt.
Vous êtes à moi !
CLARISSE
Je n'ose le croire.
D?HÉRïCOURT.
Vous êtes à moi! mon oncle, tout prévenu qu'il est contre les femmes, n'est pas insensible aux charmes des arts, et voici mot pour mot ce qui va nous arriver. Vous paraissez ; ce que votre esprit, vos grâces ont commencé, vos talents l'achèvent ; il abjure ses préventions ; il vous nomme sa nièce ; il n'a pas d'enfants, nous lui en tenons lieu; il nous appelle dans sa terre en Picardie , elle est magnifique, vos attraits l'embellissent encore, nous nous y fixons, et là, loin du monde qui nous oublie, au sein d'une petite famille que chaque année voit augmenter, vous prouvez à notre oncle enfin désabusé, que le malheur l'avait rendu injuste , et que malgré les trois fâcheuses épreuves qu'il a faites du mariage, il est encore des femmes qui font l'ornement de leur maison , le bonheur de leur ménage et la gloire de leur sexe.
CLARISSE
Vous improvisez là un roman fort séduisant, sans doute ; un seul chapitre m'en déplaît. d'héricourt.
Lequel ?
CLARISSE
Celui du séjour en Picardie; nous ne sommes pas encore d'âge ni l'un ni l'autre à renoncer au monde ; la campagne a des attraits sans doute, mais la capitale a bien les siens aussi., et j'espère que l'un des articles du contrat sera que nous ferons de Paris notre principal séjour.
Air ■ On a tout dit (de M. Adam).
C'est à Paris ( bis. ) Que l'esprit, que le cœur s'inspire ,
C'est à Paris {bis.) Que des arts on sent tout le prix; Où brillent de leur noble empire
Les favoris?
C'est à Paris.
Moi , déserter les doux concerts Où Reçnault, où Pallard m'enivre !
Moi, fuir les chefs-d'œuvre divers Que Vernet, que Guérin nous livre ' Ah! plutôt renoncer à vivre!...
C'est à Paris , etc.
d'héricourt.
Vous parlez en artiste, et moi je vous réponds en amant :
Même air.
C'est à Paris ( bis.) Qu'on traite l'amour de délire ,
C'est à Paris {bis.) Qu'on se rit d'un cœur bien épris...
Et si contre vous on conspire ,
Pauvres maris ,
C'est à Paris.
Quel est le sort de maint époux?
A sa femme chacun veut plaire ; S'il s'en offense il est jaloux , S'il le souffre il est débonnaire.
ENSEMBLE
d'héricourt.
Comment donc, comment doit-il faire?
CLARISSE
Vous avez beau dire et beau faire.
ENSEMBLE
d'héricourt.
C'est à Paris ( 6*5. ) Qu'on traite l'amour de délire, ect.
CLARISSE
C'est à Paris ( bis. ) Que l'esprit , que le cœur inspire , etc.
( On peut passer ce morceau. )
cggggggggggggggggggggggggggggggggggggggggggggggggggggggggg