SCÈNE XVI
Gomment?
COURCHAMP, à lui-même, furieux.
Ah çàî mais alors, il y a donc, quelqu'un qui s'est permis.,, d'écrire à ma femme?...
CÉCILE^ à Mareuil.
Eh bien ! Monsieur, voilà le fruit des exemples que vous avez donnés à mon mari !
MAREUIL , a Coui'champ.
C'est indigue *!
COURCHAMP
Voyons... est-ce que c'est sérieux?., vous voilà tous les deux contre moi... tandis que c'est moi, au contraire, qui devrais...
CÉCILE
Quoi? quoi? quoi? car enfin, vous n'avez rien à dire.
MAREUIL
Cest évident!
COURCHAMP, à lui-même.
Qui diable peut avoir écrit à ma femme?
MAREUIL , à Cécile.
Et il me donnait des conseils!
CÉCILE
Vraiment?
MAREUIL
Et il me disait que je devrais tacher de trouver le bonheur dans mon ménage.
'J CÉCILE
Je comprends !
COURCHAMP, à paît.
Oh ! je le saurai !
CECILE
Mais parlez donc , Monsieur.
MAREUIL
Explique-toi !
CECILE
Mais prouve/, donc <j m voi*s êtes innocent de cette double infamie.
COURCHAMP 5 indigné.
Eh bien ! oui , j'avouerai tout !. .
MAREUIL
11 avoue !
CÉCILE
C'est heureux !
COURCHAMP
Car je ne suis coupable que d'une peccadille et Ton me met deux crimes sur le dos.
* Ce! Cour. .M.
MAREUIL
Comment ça?
COURCHAMP
J'ai mérité d'aller en correctionnelle, et Ton me traîne en cour d'assises... c'est inique!
CECILE
Expliquez-vous î
COURCHAMP
C'est ce que je vais faire... et c'est à genoux... oui, à genoux, que vous me demanderez, tous les deux, pardon de vos soupçons.
MAREUIL
Oh! c'est trop fort! quand il y a évidence.
COURCHAMP
Ah! on ne peut pas se. tromper, n'est-ce pas?.. Ah! il ne peut pas y avoir un concours fatal de circonstances telles... et la pie voleuse?., était-elle innocente, la pie voleuse? cependant elle a été condamnée el exécutée. Ah! eh bien... je sa s a quoi je suis condamné... moi.,, et je ne veux pas être exéeujLé, moi... là!..
CÉCILE
Voyons, dites... on vous écoute.
COURCHAMP
Voilà, (a part.) Qui diable ça peut-il èlre?
Eh bien?
COURCHAMP
Oui , j'ai donné un sac de bonbons à madame de Mareuil.
CÉCILE
Ah!
COURCHAMP
Oui... il y avait des vers dans ce sac... je le veux bien encore...
MAREUIL
Ah!
COURCHAMP
Oui... lu as pu trouver un second sac chez.... [Marétni lui fait signe de se taire.) une personne de ta connaissance...
MAREUIL
Bon!
COURCHAMP
$Oui, enfin, les mêmes vers ont pu se trouver dans l'un et l'autre sac.
MAREUIL
Concluons.
COURCHAMP
Eh bien! je conclus que ce procédé est celui d'un misérable, d'un polisson que je veux connaître! et qui me le paiera de sa vie.
[scène xvi. 37
CÉCILE
- C'est s'en tirer adroitement.
MAREUIL
C'est se moquer du monde.
COURCHAMP
Je ne me moque pas... c'est moi qui suis l'offensé... j'ai le choix des armes... et... Âhh. quelle idée!.. Où est-il?
MAREUIL
Qui?
COURCHAMP
Le sac que j'ai donné à madame de Mareuil. Ah!.. !dans son armoire à glace. J'y vais ! |
CÉCILE
A quoi bon ?
COURCHAMP
On va voir! on va voir! (a lui-même.) Une fois que j'aurai rattrapé le sac, il faudra bien que ma femme m'avoue quel est le drôle... et alors...
MAREUIL
C'est une manière de nous échapper!.. Je ne le quitte pas!..
CÉCILE
Je vous donne encore cinq minutes, Monsieur... Si dans cinq minutes vous n'avez pas prouvé...
Cinq minutes?., ça me suffit!
CÉCILE, lui montrant la pendule.
Air : J'en guette un petit de mon âge. Vous le voyez, Monsieur, il est six heures
MAREUIL
Moins cinq.
COURCHAMP
Ça ne sera pas long
(A Mareuil.)
Puisqu'ici même tu demeures Je vais et reviens...
MAREUIL, à part.
Quel aplomb !
COURCHAMP, à Cécile.
Oui, j'aurai mon pardon, je pense Quand la pendule va sonner Six heures, l'heure du dîner...
CÉCILE, à Courctaamp.
Ou bien l'heure de la vengeance !
(Courchamp et Mareuil sortent.) Ou bien l'heure de la vengeance !
38 LES MARROXS GLACÉS.