‹ Les martyres de la ChariteChapitre 26 sur 38 · MADAME MONTI · texte numérisé non relu

MADAME MONTI

La pauvre femme n'aura pas joui longtemps d'une, fortune honnêtement acquise.

M. Monti, son mari, était fabricant de pianos; il s'était retiré des affaires, il y a seulement six mois.

Depuis plusieurs années, M m ° Monti faisait partie de l'Œuvre des Dames de France.

Ce n'est pas celle-là qui la conduisit au Bazar de la Charité.

Mais elle aimait le mouvement, la gaieté de ces fêtes charitables. Chaque printemps, elle y venait souvent, achetait aux différents comptoirs.

C'était pour elle une saine distraction.

Les pauvres y trouvaient leur compte.

Cette année, Dieu avait marqué là le terme de . son existence*

M mo Monti fut des plus maltraitées par la flamme dévorante. De sa tête, il ne restait plus qu'un squelette noirci.

Ce fut la marque de ce qui lui avait servi de vêtements qui permit de la reconnaître.

Elle était née Saintain et était âgée de quarantecinq ans.

Elle n'avait jamais eu d'enfants.

toutes celles qui se présentèrent. Malheureuse* ment, plusieurs n'avaient plus la force de se redresser, de monter sur la malle, de me tendre les bras; le magasin brûlait, je suffoquais, et la dernière que je pus saisir tomba avec moi dans le terrain vague. Dans le magasin en flammes on n'entendait plus aucun cri!... »

M mo Moreau-Nélaton ne fut pas du nombre de celles que sauva la courageuse ouvrière. Rejetée dans la fournaise, elle y trouva la mort.

Son corps, affreusement défiguré, carbonisé, n*a pu être reconnu que par sa femme de chambre et grâce à des détails de toilette qui lui étaient particuliers.

L'affluence qui se pressait à ses funérailles, les innombrables couronnes sous lesquelles disparaissait son cercueil, témoignaient des regrets laissés par cette femme de bien.

Les pauvres ne l'oublieront pas.

rent dans la tâche de rendre heureux l'époux, le fils qui leur était également cher.

Éloignés des plaisirs mondains, tant par leurs préférences que par les événements de la vie, tous trois goûtaient les charmes d'une existence d'intimité et d'affection.

Trois enfants bénirent ce foyer dont on eût pu envier la douce paix.

La mère, la grand'mère rivalisaient de soins, de dévouement aux chers petits êtres qu'elles adoraient.

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La jeune femme aidait sa belle-mère dans ses œuvres charitables.

Que reste-t-il, hélas! de tout cela?

Un époux esseulé, un fils inconsolable qui, dans son respect, dans sa vénération pour les chères disparues, veut continuer leur tâche et les remplacer toutes deux auprès de ses enfants.

Que Dieu le soutienne dans cette noble entreprise !

M me Etienne Moreau vendait avec M me Moreau- Nélaton pour les Ecoles de la Sœur Rosalie. L'approche du terrible danger la jeta dans un trouble bien concevable.

Les dernières personnes qui l'aperçurent la virent courir au hasard sans savoir de quel côté elle se dirigeait.

Puis la toiture s'effondra, l'ensevelissant sous les décombres fumants.

Elle avait trente ans !

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Ces œuvres ne remplaceront pas facilement la généreuse femme qui leur laisse tant de regrets.

M B * de Moustier était présidente de l'Œuvre des Tabernacles.

C'est là une haute dignité qu'on accorde seulement à une foi confirmée, unie à l'autorité que donne une grande -situation.

Les pauvres de Seine-et-Marne ont plus d'une raison de se souvenir d'elle.

Cependant ses trois .belles-filles — dont l'une, ainsi que nous l'avons vue, est née Brissac, les deux autres Curel et la Rochetulon — sauront continuer les traditions de bienfaisance qu'elle leur laisse.

M" de Moustier avait soixante-onze ans lorsque, victime de sa charité, elle subit le martyre.

vendeuses était près de la porte.

Dès les premiers instants, presque toutes furent jetées dehors.

Dans la rue. M"" Nitot n'aperçut ni sa fille ni

Repoussant ceux qui la voulaient retenir, elle s'élança dans la fournaise.

Elle y resla ainsi que les deux jeunes filles. Durant trois jours, M. Nitot, fou de douleur,

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erra parmi les cadavres, conservant le secret espoir que celles qu'il cherchait ne s'y trouveraient pas.

C'était un espoir insensé.

Il le dut abandonner lorsque des preuves irrécusables eurent établi l'identité des informes débris.

M mo Nitot était née Jeanne-Lucie Touttain; elle avait trente-quatre ans.

Suzanne Nitot, la chère mignonne, en avait neuf 1

il'ZANNE NITOT

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Il eût été bien extraordinaire qu'elle ne fût pas conviée à venir au Bazar de la Charité.

Malheureusement pour elle, Tune de ces invitations avait pour date le 4 mai.

Elle arriva au Bazar heureuse et gaie. Lorsqu'on l'en tira, elle n'était plus qu'un cadavre méconnaissable.

J)e semblables contrastes ne sont-ils pas faits pour éveiller des pensées graves?

Heureux ceux qui comprennent les enseignements qui s'en dégagent 1

M 110 Picqué avait trente-quatre ans.

Le désespoir de son frère est terrible.

Le malheureux avait mis tout son cœur dans l'affection qu'il portait à sa sœur.

Avec elle, tout lui manque à la fois.

Dans sa maison vide, où règne la solitude et le silence, il n'est plus un être pour lui sourire et le consoler.

Dans sa souffrance, qu'il tourne son regard vers le Sauveur du monde. 11 verra que le doux crucifié étend les bras pour y recevoir ceux qui pleurent.

La jeune épousée en profita pour répandre autour d'elle de généreuses largesses.

C'est une habitude qu'elle conserva durant sa trop courte vie. Sa bienfaisance était extrême, de nombreux indigents en peuvent témoigner.

Bien que la situation de M"" Purgés fût de celles qui assurent une grande prépondérance dans le monde, elle préférait le calme des champs à l'agitalion de la vie parisienne. Elle eût aimé passer a la campagne une partie de l'année. Elle était aimable cependant, et sa présence était désirée de tous ceux qui la connaissaient.

Quoi qu'il en soit, mère très tendre, son intérieur lui plaisait davantage que les salons les plus brillants.

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Elle avait quatre enfants. *

L'ainé, un fils, lui avait dernièrement causé de vives inquiétudes... bien involontairement d'ailleurs, v " • * / . - •

Le pauvre jeune homme s'était cassé la jambe.

Sa convalescence, très pénible, très longue n'est pas encore achevée.

L'excellente mère, comme si elle avait prévu qu'elle allait être enlevée à son cher malade r ne le quittait pas d'un instant. Elle l'entourait de soins constants, l'encourageait à supporter sa souffrance, son ennui.

Pauvre femme ! .

C'est son amour maternel qui allait causer sa mort.

Le 4 mai, sa fille l'avait accompagnée au Bazar de la Charité.

Comme beaucoup d'autres, alors qu'elles fuyaient le danger, la mère et l'enfant furent séparées par la foule épouvantée.

On ne pouvait résister au courant qui vous entraînait.

M m * p or gès dut suivre le flot qui la portait.

Arrivée dans la rue, elle ne vit pas sa fille.

Elle s'imagina que celle-ci était restée dans la fournaise.

Sans souci des flammes qui s'élançaient furieuses, elle revint sur ses pas.

Ce fut pour ajouter son nom à celui de nombreuses mères qui, ainsi qu'elle, donnèrent leur vie pour préserver celle de leurs bien-aimées filles.

LES MARTYRES l5

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M»* RABERY MADAME GENTIL

M"« Gentil était la fille de M- Rabéry.

La pauvre femme était âgée de vingt-trois ans

Cette mère et cette fille étaient unies par une très vive affection. Toutes deux, femmes de commerçants aisés, elles étaient, pour la paroisse Saint-Charles, des paroissiennes modèles; elles apportaient à ses œuvres tout le concours dont elles pouvaient disposer. Elles avaient compris tout le bien qui peut résulter de l'étroite union de la famille paroissiale autour d'un curé dévoué et intelligent.

Le 4 mai, elles vendaient au Bazar de la Charité pour l'école des sœurs de la rue Chariot.

Comment furent-elles frappées?

On ne le saura jamais.

M me Gentil ne fut reconnue qu'à des détails de toilette.

Quant à M n * Rabéry on ne retrouva rien d'elle.

C'est devant un tombeau vide que pleure son mari.

Est-il sort plus cruel que celui de M. Rabéry?

Il a perdu sa fille, il a perdu sa femme et il n'a

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