est encore à M. Cousin [ibid,) que j'emprunte Textrait
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des cordes très serrées et qui me déchiraient les os: suspendu, les mains liées derrière le dos, au-dessus d'une pointe de bois aigu qui m'a dévoré la seizième partie de ma chair et tiré dix livres du sang ; guéri par miracle après six mois de maladie , j'ai été plongé dans une fosse. Quinze fois j'ai été mis en jugement. La première fois, quand on m'a demandé : (( Comment donc sait-il ce qu'il n'a jamais appris ? a-t-il donc un démon à ses ordres? » j'ai répondu: Pour apprendre ce que je sais, j'ai usé plus d'huile que vous n'avez bu de vin. Une autre fois, on m'a accusé d'être Fauteur du livre Des trois imposteurs, qui était imprimé trente ans avant que je fusse sorti du ventre de ma mère. On m'a encore accusé d'avoir les opinions de Démocrite, moi qui ai fait des livres contre Démocrite. On m'a accusé de nourrir de mauvais sentiments contre l'Eglise, moi qui ai écrit un ouvrage sur la naonarchie chrétienne, où j'ai montré que nul philosophe n'avait pu imaginer une république égale à celle qui a été établie à Rome sous les apôtres. On m'a accusé d'être hérétique, moi qui ai composé un dialogue contre les hérétiques de notre temps.... Enfin on m'a accusé de rébellion et d'hérésie pour avoir dit qu'il y a des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, contre Aristote, qui fait le monde éternel et incorruptible.... C'est pour cela qu'ils m'ont jeté, comme Jérémie, dans le lac inférieur, où il n'y a ni air ni
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lumière Je ne prétends pas que je sois irréprochable... Tout que ce je soutiens, c'est qu'il n'y a pas de quoi me punir ainsi. »
Le récit que je viens de lire, en nous révélant les incroyables souffrances de Campanella, nous montre aussi ce qui le distingue de son compatriote Jordano Bruno. Celui-ci rompt avec l'Eglise catholique et prétend s'élew par la philosophie au-dessus de toutes les Eglises ; Campanella, au contraire, glorifie l'Eglise et veut s'appuyer sur elle : il y voit l'instrutrument qui doit servir à régénérer le monde et à réaliser le règne de Dieu sur la terre. Tel est le sens de cet ouvrage sur la Monarchie chrétiemie que vous venez de l'entendre rappeler. Campanella est un platonicien resté catholique, ou qui du moins croit l'être, tandis que Jordano Bruno est un platonicien ou un pythagoricien tout rationaliste. Ce dernier est \Taiment un libre penseur^ dans toute la force du niot ; on ne saurait qualifier ainsi Campanella, bien qu'il ait été un martyr de la pensée, et un martyr héroïque.
En outre, Campanella ne se contente pas, comme Bruno, de parler et d'écrire ; mais il joint l'action à la pensée. Il trame dans les couvents et les châteaux de la Calabre une conspiration de moines et de gentilshommes, afin de délivrer son pays du joug espagnol. Ce fut la cause qui le fit arrêter et plonger dans les cachots, où il resta vingt-sept ans ; puis les
accusations théologiques se mêlèrent aux accusations politiques.
Il mit à profit cette longue et cruelle captivité. Poursuivi, jusque dans son cachot, par Tidée de là régénération du monde et de la félicité du genre humain, il y médita les ouvrages qui devaient tracer aux hommes la route à suivre ; il y poursuivit aussi de tous ses efforts le perfectionnement de la science. Aussi remercie-t-il le Ciel, dans la préface d'un de ses livres *, de lavoir enlevé à toutes les distractions du monde pour travailler dans le silence et la solitude «au perfectionnement de la science; il se félicite d'avoir été arraché au monde de la matière et d'avoir pu vivre librement dans celui de l'esprit. Ajoutez que , du fond de sa prison , il défendit le système de Copernic et composa une apologie de Galilée, pendant que cet illustre vieillard était jugé par l'Inquisition ; « victime héroïque, comme dit M. Cousin 2^ écrivant en faveur d'une autre victime dans l'intervalle de deux tortures ! » Où trouver en effet un plus admirable héroïsme ?
Il sortit cependant de prison sous le pontifical d'Urbain VIII ,f qui le fit transférer à Rome, sous prétexte de le faire juger par l'Inquisition, mais en réalité pour lui rendre la liberté. Alarmé de cette liberté restituée à un ennemi si redoutable, le gou-