‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 44 sur 133 · P. Friedmann, Lady Anne Boleyn, p · texte numérisé non relu

P. Friedmann, Lady Anne Boleyn, p

gnaient la portée. Le premier amendement retardait la mise en vigueur de l'Acte jusqu'au 1^^ février 1535, le deuxième réservait que seul le refus intentionnel d'admettre la suprématie du roi serait tenu pour haute trahison. On espérait sauver par ce moyen ceux qui, comme More et Fisher, refusaient de se prononcer en l'espèce.

Les premières victimes de la persécution sanglante furent des religieux chartreux. Le récit de leurs souffrances et de leur martyre nous a été conservé par un chartreux de Londres,MauriceChauncy5 témoin oculaire. C'est son récit qu'on va lire.

Bibliographie. — • M. Chauncy a rédigé vers 1539 son opuscule intitulé : Historia aliquot nostri seculi martyrum, Mayence, 1550 ; réimprimé à Munich, 1573, dans lUustria Ecclesiae catholicae trophea ; à Bruges, en 1583 ; à Milan, 1606 ; à Gand et Cologne, 1G08. La plus récente édition est celle de Montreuil, 1888 : Historia aliquot martyrum Anglorum maxime octodecim. Cartusianorum, p. xxvni-xxxi. Il existe diverses recensions de cet opuscule. Celle dums. 0.81'^ delà bibliothèque de La Haye diffère assez de l'édition de 1550 ; elle a été publiée par le R. P. F. Van Ortroy, Opusculum R. P. Mauritii Chauncy de Beatis martyribus anglicis Ordinis Carthusiensis, Joanne Hougton et sociis ejus, dans Analecta boUandiana, t. VI, 1887, p. 35-51. La recension du ms. 9366 d. de la bibliothèque privée de l'empereur d'Autriche a été également publiée par le R. P. F. Van Ortroy, De BB. Martyribus Carthusiensibus in Anglia, dans Analecta bollandiana, t. XIV, p. 268-283, cf. p. 248-249. Enfin, le même érudit a publié une troisième recension provenant des Archives vaticanes, Miscellanea. Armadio LXIV, vol. XXVIILfol. 213-239, dans Analecta bollandiana ; Martyrum monachoramcarthusianorum in Anglia Passio minor ^auclore Mauritio Chauncy, t. XXII, 1903, p. 51-78. Cette recension, « portant la signature de Chauncy lui-même, permet de se rendre mieux compte des différentes rédactions et de la parenté qui existe entre elles. Le texte du Vatican est daté de la Chartreuse de Bruges, avril 1564. L^auteur déclare dans la préface qu'auparavant déjà il a raconté la passion de ses confrères anglais, sous forme de lettre adressée au prieur de la Grande-Chartreuse. C'est évidemment l'édition princeps de 1550. Mais il paraît, ditil, que je suis tombé dans des longueurs qui nont point plu à

La Chartreuse de Londres

tout le monde : Pro prolixitate non erat omnibus delectabiliter lecta. C'est ce qui a déterminé Chauncy à remettre son ouvrage sur le métier et à écrire une Passio minor, qui, tout en gardant à peu près le même ordre et souvent la phraséologie de la Passio major, l'emporte néanmoins sur celle-ci par la netteté et la précision de la narration, par un certain nombre de rectifications et de détails nouveaux. Ainsi il y est dit qu'au moment du supplice la victime devait non point gravir quelques degrés d'une échelle, mais monter dans une petite charrette, placée sous la potence. On passait un nœud coulant au cou du condamné et, le chariot se dérobant sous ses pieds, la strangulation se produisait. D'autres différences sont encore à noter. L'abrégé, étant destiné au grand public, débute par un exposé assez ample du divorce de Henri VIII, cause lointaine du martyre des Chartreux. Il glisse rapidement, sans doute par crainte de scandaliser les faibles, sur le récit des assauts auxquels la constance des survivants fut en butte au célèbre monastère de Sainte-Brigitte, de la part même de son recteur, et laisse de côté tout le chapitre final : De revelationibus quibus Dominas sanctos martyres suos post mortem glorificavit. En revanche, l'intérêt de la recension de 1564 s'accroît d'un récit détaillé du rétablissement des Chartreux en Angleterre sous Marie Tudor ; et sa latinité, bien inférieure sous tous les rapports à celle du document composé vingt-cinq ans auparavant, donne à supposer que le chartreux Vitus à Dulken, qui prit soin de l'édition princeps, remania fortement le stjde de la Passio major, comme plus tard Havensius retoucha celui de l'abrégé. De sorte que l'expression la plus exacte de la pensée de Chauncy se retrouverait seulement dans la pièce conservée aux Archives vaticanes. Ce n'est pourtant pas un original, mais une simple copie, tout à fait contemporaine, il est vrai, et dont la parfaite authenticité ne peut donner lieu à aucun doute. » (F. Van Ortroy, loc.cit.^ p. 51-52.) C'est ce document que nous allons traduire. — D. Lawrence Hendriks, The London Charterhouse, ils Monks and its Martyrs, with a short account of the English Carthusians after the dissolution, London, 1889. — D, V. M. Doreau, Henri VIII et les martyrs de la Chartreuse de Londres, in-8®, Paris, 1890. — J. Morris, S. J., Troubles of our catholic forefathers related by themselves, 1872, t. I, p. 3-29. — D. Bède Camm, O. s. B., Lives of the English Martyrs declared Blessed by pope Léo XIII, in 1886 and 1895, in-12, London, 1904, t. I, p. 1-16. L'édition princeps de l'ouvrage de M. Chauncy, Passio octodecim Carthusianorum 1550 (2*^ édit., 1888), comporte deux appendices : 1° De D. Reginaldi theologi martgrio ; 2" De crudeli mactatione diversorum pro veritatis testimonio' Ces deux appendices se rencontrent dans une plaquette rare datée de 1536 : Novitates quaedam ex diversorum praestaniium epistolis desumptae.

Le plus sûr moyen, à notre avis, de perpétuer, de rendre immortel le souvenir des faits dignes de passer à la postérité, de les mettre à l'abri des altérations et de les faire arriver à ceux qui viendront après nous, c'est d'en écrire une histoire exacte et d'en confier le souvenir aux monuments littéraires.

Outre cela, j'ai été requis et prié instamment par des amis d'écrire un récit succinct des supplices qu'eurent à souffrir en Angleterre les Pères Chartreux et de ceux qui partagèrent leur sort à la même époque. J'écris donc ceci d'abord pour la vérité des faits qui se sont passés dont j'ai été le témoin oculaire et des tribulations auxquelles j'ai eu ma part, bien que j'aie été indigne d'en boire complètementle calice. — Je l'écris aussi pour rectifier les assertions de ceux qui ont écrit cette histoire avec trop peu de souci de la vérité.

J'avais déjà fait ce travail dans une lettre à notre j^me p Prieur de la Grande-Chartreuse ; mais comme plusieurs le trouvaient prolixe et d'une lecture fatigante, j'ai cru bien faire d'écrire un résumé absolument véridique des causes, du genre et du dénouement des faits auxquels j'ai assisté et j'ai même pris quelque part.

De leurs causes d'abord, pour rendre témoignage à la vérité ; puis de leur nature, afin de laisser à ceux qui viendront après nous et nous liront un exemple de patience et de constance ; car, bien qu'ils ne soient destinés ni à un combat, ni à une mort, ni à un triomphe semblables, ils peuvent du moins marcher sur les traces de ces grands athlètes du Seigneur dans ces petits assauts de chaque jour qui troublent et agitent la vie chrétienne ; ils montreront ainsi leur courage, garderont leur patience, feront preuve d'intrépidité, de diligence, de constance et laisseront au monde une éclatante preuve de vertu; si bien que, ne se dérobant pas à la lutte, tentés et

La Chartreuse de Londres

éprouvés comme leurs modèles, comme eux ils seront trouvés fidèles.

La passion des partis pourra faire douter de mon témoignage quand j'exposerai le genre de souffrances qu'endurèrent ces pères ; mais cette considération ne doit pas m'empêcher de dire la vérité, je ne dois même pas me mettre l'esprit à la torture pour ne pas donner prise à ce soupçon, car le genre de ces supplices se trouve consigné dans les registres de l'Etat, dans les dépositions faites et enregistrées au tribunal de celui qui fit exécuter les sentences.

Elles y sont recueillies et conservées ; ainsi le souvenir ne s'en perdra jamais.

Page 1