‹ Les martyrsChapitre 112 sur 147 · Les Mautvi;s. — T. I · texte numérisé non relu

Les Mautvi;s. — T. I

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représentait, par son supplice, quelque scène tragique d( fables consacrées par les sculpteurs et les poètes. Tantôt c'étaij Hercule furieux brûlé sur le mont QKta, arrachant de dessi sa peau la tunique de poix enflammée ; tantôt Orphée mis ci pièces par un ours, Dédale précipité du ciel et dévoré par le bêtes, Pasiphaé subissant les étreintes du taureau, Atys mcur^ tri ; quelquefois c'étaient d'horribles mascarades, où les homme étaient accoutrés en prêtres de Saturne, le manteau rouge su le dos, les femmes en prêtresses de Gérés, portant les bande lettes au front ; d'autres fois enfin, des pièces dramatiques, ai courant desquelles le héros était réellement mis à mort, comm^ Lauréolus, ou bien des représentations d'actes tragiques, comi celui de Mucius Scaevola. A la fin. Mercure, avec une verge fer roiigie au feu, touchait chaque cadavre pour voir s' remuait ; des valets masqués, représentant Pluton ou VOrcut traînaient les morts par les pieds, assommant avec des mai Icts tout ce qui palpitait encore.

« Les dames chrétiennes les plus respectables durent se prête à ces monstruosités. Les unes jouèrent le rôle des Danaïdes, le autres celui de Dircé. Il est difficile de dire en quoi la fable des Danaïdes pouvait fournir un tableau sanglant. Le supplice que toute la tradition mythologique attribue à ces femmes coupables, et dans lequel on les représentait, n'était pas assez cruel pour suffire aux plaisirs de Néron et des habitués de son amphithéâtre. Peut-être défilèrent-elles portant des urnes et reçurent-elles le coup fatal d'un acteur figurant Lyncée. Peutêtre vit-on Amymone, l'une des Danaïdes, poursuivie par un satyre et violée par Neptune. Peut-être enfin ces malheureuses traversèrent-elles successivement devant les spectateurs la série des supplices du Tartare et moururent-elles après des heures de tourments.

« Quant aux supplices des Dircés, il n'y a pas de doute. On connaît le groupe colossal désigné sous le nom de Taureau Farnèse, maintenant au musée de Naples. Amphion et Zethus attachent Dircé aux cornes d'un taureau indompté, qui doit la traîner à travers les rochers et les ronces du Cithéron. Ce médiocre marbre rhodien, transporté à Rome dès le tenipd'Auguste, était l'objet de l'universelle admiration. Quel plus

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l)eau sujet pour cri art hidouxque la cruauté du temps avait mis f'u \«>^uc et qui consistait à laiie des tableaux vivants avec les 'iatuesc«'dèbres? Un texte et une l'i-esquo de Ponipei semblent prouver (jue celte scène terrible était souvent représentée dans les arènes, quand on avait à supplicier une femme. Attachées nues par les cheveux aux cornes d'un taureau furieux, les malheureuses assouvissaient les ro<;ar(ls lubriques d'un peuple féroce. Quelques-unes des chrétiennes immolées de la sorte étaient fiUbles de corps; leur courage fut surhumain; mais la foule infâme n'eut d'yeux que pour leurs entrailles ouvertes et leurs seins déchirés. »

Tacite, Annales, liv. XV, ch. it.iv. — CLÉMiiNx Romain, BpiLrc aux Corinthiens, I, cli. m, v et vi. — Suiîtone, Néron, i6. — Pour la discussion des textes, leur valeur critique, voyez : Henan, Origines du christianisme, t. IV (cite ici pour le commentaire du texte), p. i5a et suiv. — P. All.vrd, Hist. des Perséc, t. I, p. 33 et suiv. : « L'incendie de Rome et les martyrs d'août 6U. » — Douais, La persécution des chrétiens de Borne en l'année 6ù, dans la Hev. des Quest. hist. du i" octobre i885, eu réponse à Hocuakt : La pfrsècation des chrétiens sous Néron (i88i). — Ra.msay, The Chiirch in the Roman Empire (iSgi), p. 23a et suiv., et les ouvrages de DouLCET, MiLMAN, Neumann, traitant des rapports de l'Eglise avec l'Etat Romain. — Bauer, Chrislus und die Ccsaren (1877), p. 378. — .\rnold, Die Neronische Christenverfoigung, p. io5. — ScuiiXER, Gesch. d. Kdserrechts unter der Regierung des Nero, P- 437. — Voyez la note de Holbrooke ad Tacit.. AnnoL XV, AA- — Attii.io Phofumo. Le fonti ed i lempi delV incendio neromano, 10-4°, Roma, 1904.

1° Tacite {Annales, xv, 44)

Ni les efforts luimains, ni les largesses du prince, ni les prières aux dieux, ne détruisirent la persuasion que Néron avait eu l'inlamie d'ordonner lincendie. Pour faire taire cette nimeur, iNéron produisit des accusés et livra aux supplices le plu> ralTinés les hommes odieux à cause de leurs crime.< que le vulgaire nommait « chrétiens ». Celui dont ils tiraient ce nom, Christ, avait été sous le règne de Tibère

supplicié par le procurateur Ponce-Pilate. Réprimée d'abord, l'exécrable superstition faisait irruption de nouveau, non seulement en Judée, berceau de ce fléau, mais jusque dans Rome, où reflue et se rassemble ce qu'il y a jiartout ailleurs de plus atroce et de plus honteux. On saisit d'abord ceux qui avouaient; puis, sur leur déposition, une grande multitude, convaincue moins du crime d'incendie que de la haine du genre humain. On ajouta la dérision au supplice ; des hommes enveloppés de peaux de bêtes moururent déchirés par les chiens, ou furent attachés à des croix, ou furent destinés à être enflammés et, à la chute du jour, allumés en guise de luminaire nocturne. Néron avait pieté ses jardins pour ce divertissement et y donnait des courses, mêlé à la foule en habit de cocher, ou monté sur un char. Aussi, quoique coupables et dignes des derniers supplices, on avait pitié de ces hommes, parce qu'ils étaient sacrifiés, non à l' utilité publique, mais à la barbarie d'un seul.

2° Saint Clément Romain {Epître, i, 6)

[A Pierre et à Paul] on joignit une grande multitude d'élus qui endurèrent beaucoup d'affronts et de supplices, laissant aux chrétiens un illustre exemple. Par l'effet de la jalousie, des femmes, les Danaïdes et les Dircés, après avoir souffert de terribles et monstrueuses indignités, ont atteint leur but dans la course sacrée de la foi. et ont reçu la noble récompense, toutes faibles de corps qu'elles étaient.

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