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LES ENGRAIS EXPOSÉS DANS LES CONCOURS AGRICOLES

SECTION VI

Les engrais exposés teas les ccaecars ftgrieoles.

On expose chaque année dans les concours régionaux agricoles des engrais commerciaux auxquels les jur^s attribuent de temps à autre des récompenses.

Les médailles décernées par les jurys ne récompensent pas toujours des fabricants honnêtes. Il doit en être ainsi. Les jurys n'ont pas assez de temps pour qu'ils puissent s'assurer de la composition des engrais qu'ils ont à juger, et ils sont forcés de croire au dire des industriels qui ont fabriqué ces matières fertilisantes.

Le temps est arrivé où les engrais exposés dans les concours régionaux doivent être sévèrement contrôlés, afin que les agriculteurs puissent connaître la composition des produits commerciaux qui ont obtenu des récompenses.

Si les jurys de ces assises agricoles eussent connu depuis trois années la composition des engrais qu'ils ont jugés, très-certainement ils se seraient montrés plus sévères dans les décisions qu'ils ont prises.

Voici les conditions que l'Administration de l'agriculture pourrait imposer à toui^ les fabricants d'engrais commerciaux dans le but de mettre un terme aux spéculations déloyales :

P Quiconque voudra exposer un engrais dans un concours régional devra en déposer un échantillon d'un kilogr. , avant le 1*' février, à la préfecture du département dans lequel est situé l'usine ou le dépôt.

Cet échantillon sera cacheté et déposé contre un récépissé indiquant la manière d'être du cachet. Il sera accompagné ci*une note indiquant l'importaace de l'usine , le nombre d'ouvriers qu'elle occupe^ le prix commercial de l'engrais et son poids i l'hectolitre.

2" Cet engrais sera analysé par le chimiste vérificateur du départeilkent. Les résultais de cette opération seront notifiés par le préfet à Texposant avant le l*' avril. Ce dernier aura le droit de demander une conlre-expertise si l'analyse ne lui paraU pas exacte. Les frais de cette deuxième analyse seront à sa charge.

3° L'exposant qui trouvera l'analyse exacte et qui voudra exposer son engrais au concours régional de sa région, adressera sa demande d'admission au ministère de l'agriculture , en y joignant une copie certifiée de Tanalyse qu'il aura reçue de la préfecture de son département. Cette analyse officieUe sera inscrite sur le programme du concours.

4" Tout fabricant ou détenteur d'engrais qui aura exposé un échantillon inférieur en qualité fertilisante à l'engrais qu'il aura remis i la préfecture, sera exclu à tout jamais des concours et expositions agricoles et industriels.

5* Quiconque aura obtenu dyns un concours régional une médaille d'or, d'argent ou de bronze pour un engrais, ne pourra mentionner cette récompense sur un prospectus, dans un livre ou dans une annonce, qu'en publiant l'analyse insérée au programme concernant ce concours.

6*> Les contrevenants aux dispositions qui précèdent seront poursuivis conformément au paragraphe 15 de l'art. 471 du Code pénal.

Si un arrêté ministériel portant les pénalités édictées dans les articles qui précèdent avait été rendu il y a quatre ans, l'agriculture française aurait connu la composition de l'en* grais NoirauU de Niort, l'engrais végéto-animal de Castre?, Vmgrais concentré de Metz, Vengrais audifère de Helun, etc. En outre, les décisions prises par les jurys des concours régionaux auraient toujours eu une valeur réelle et elles n'auraient pu être parfois regardées comme des encouragements et des récompenses accordés au charlatanisme.

AJSALTSfi DBS ENGRAIS. <(89

SECTION VII

Aaidyse des «BgMUs.

Il y a trente ans, on appliquait les engrais sans chercher à connaître préalablement les éléments qu'ils contenaient, ni la proportion dans laquelle ces matières étaient unies les unes aux autres. Dans toutes les circonstances, on jugeait leur valeur fécondante par l'expérience. Cette manière d'opérer avait son bon et son mauvais côté. Lorsque l'engrais essayé était de bonne qualité, la récolte devenait productive et on vantait alors ses propriétés fertilisantes; mais si l'engrais était mauvais, s'il amoindrissait sensiblement les productions du sol, on blasphémait avec justes raisons contre le vendeur. Dans le premier cas, le cultivateur réalisait un bénéfice qui le rendait confiant ; dans le second, la perte considérable qu'il éprouvait l'obligeait à repousser bien loin toutes les innovations dont l'utilité avait été sanctionnée par la science et la pratique.

Les progrès faits depuis cette époque, par la chimie, et l'élévation de l'agriculture au rang. des sciences, obligent aujourd'hui le cultivateur à connaître la composition intime des engrais qu'il emploie pour fertiliser la terre qu'il cultive et à laquelle il demandé des produits abondants et incessants. Ainsi, il doit savoir la somme des matières actives et inertes, et de l'humidité qui composent les engrais qu'il achète. Il doit aussi connaître si les parties actives contiennent des matières organiques azotées, des sels terreux et alcalins, si les substances inertes sont formées d'argile, de sable, de fer et de tourbe, et dans quelles proportions I 44

elles existent les unes et les autres. Cette constatation lui permettra de mieux déterminer la quantité qu'il doit répandre par hectare et les plantes qui doivent suivre l'emploi d'un engrais donné.

Le développement considérable que prend chaque année, en France, la fabrication des engrais artiOciels, rend aussi cet examen nécessaire. C'est, en effet, par l'analyse chimique seule qu'on parvient à connaître la valeur des engrais commerciaux. Sans cet examen scientifique, nul ne peut dire la composition et la valeur agricole de l'engrais gèophUe, de Ymgrais Félix, du sarcoUj^m^ de Vengrais gris y de Ymigrais général concentré, du guano animalisé indigèney de la poudrHU additionnée y du petit engrais, de Vengrais animaly de Vendrais azoté granulé^ de Vengrais animalisé salé, etc., etc. C'est la chimie qui indique encore la composition des mames, des faluns, de la chaux , des cendres, des charrées, etc. Enfin, c'est elle qui révèle la fraude et indique au cultivateur les engrais qu'il ne doit pas acheter ou la valeur commerciale agricole qu'on doit leur attribuer.

Une analyse ne peut pas être faite par toutes les personnes initiées à la chimie. Pour bien l'exécuter, il faut posséder 'd'abord les ustensiles nécessaires, et savoir ensuite bien manipuler. Il est vrai qu'on dose aisément, quand on connaît un peu cette science, le carbonate de chaux des marnes, des faluns, etc.; mais l'analyse des engrais commerciaux est plus complexe, plus difficile que celle des minéraux à base de chaux.

En effets elle a généralement pour but de constater et de titrer l'azote, les matières organiques, les sels ammoniacaux, les phosphates et les sels de soude et de potasse.

Dans le premier cas, l'analyse est f/iiai^to//t>e; dans le se-^ cond, elle est quantitative.

ANALYSE DSS BNGIt.US. 69!

Je dois à M. Barrai la note suivante sur la manière générale d'analyser les engf ais :

Les échantillons d'engrais destinés à être analysés doivent 6tre renfermés . dans des flacons bien bouchés. Ils doivent peser environ 10 grammes et avoir été choisis en puisant en différents endroits dans l'intérieur de la masse dont on veut avoir la composition moyenne.

A. Un essai qualitatif indique rapidement la nature de l'engrais. On reconnaît d'abord par son odeur s'il est ammoniacal. Dans tous les cas, en en mettant une pincée dans un tube fermé par un bout et y ajoutant un petit morceau de potasse, on constate facilement la présence de matières trèsazoïêes, à l'aide de chaleur, s'il répand des vapeurs qui bleuissent le papier rouge de tournesol et qui donnent des Tumées blanches , épaisses, quand on approche une baguette de verre trempée dans l'acide chlorhydrique.

A l'aide d'un acide étendu d'eau, on voit s'il y a efTervescence, et par conséquent si la matière renferme des carbonates.

En réduisant en cendres une petite partie de Tengrais, en se servant d'une petite capsule de plâtre ou de porcelaine , en traitant ensuite par de l'eau acidulée avec de l'acide chlorhydrique, filtrant et ajoutant de l'ammoniaque, on voit s'il y a un précipité abondant blanc et assez lourd ; dans ce cas, on a affaire à un engrais contenant beaucoup de phosphate de chaux. Ces es sais qualitatifs doivent ô:re suivis d'une analyse quantitative qui exige de l'habitude et des instruments de précision.

B. L'opérateur ayant pesé 1 gramme environ de Tengrais placé dans une petite capsule de porcelaine, doit le mettre à dessécher dans une étuve à •ourant d'air et chauffée avec de l'eau salée. La perte de poids lui indique la ^ntité d'eau. Il ne peut y avpir d'erreur que dans le cas où l'engrais contiendrait beaucoup de carbonate d'ammoniaque. Up autre dosage le renseignera à cet égard.

L'opérateur doit réduire en cendres, dans une capsule de porcelaine, un autre gramme de l'engrais. La perte de poids indique l'ensemble de l'eau , des matières organiques combustibles et des sels ammoniacaux volatib.

En brûlant dans un tube de verre , avec un mélange de chaux et de soude caustiques, de 500 milligrammes à 1 gramme de l'engrais, et refievant les produits gazeux dans de l'acide sulfurique titré , l'opérateur pourra trouver facilemeitt l'azote qui, dans Tengiais, est à l'état eu d'ammoniaque ou de matière organique.

En renfermant dans un tube 1 gramme d'engrais, en plaçant ce tube dans un bain d'huile chauffé jusqu'à 100 degrés euviron, et y faisant passer un courant d'air sec et qui se lavera, à sa sortie, dans de l'acide sulfurique titré , on aura l'azote à l'état d'ammoniaque.

Si on traite les cendres obtenues par l'incinération , d'abord, par de l'eau et qu'on filtre, on aura, par l'incinération du filtre, le poids des sels'ineolubies dans l'eau.

L'eau a enlevé les sels solubles. La réduction à sec de la liqueur permettra de séparer les sels alcalins du sulfate de chaux.

Les sels insolubles dans l'eau étant traités par de l'eau acidulée avec de l'acide chlorhydrique, donneront un résidu insoluble formé par l'argile et

la silice (terre et sable). En versant dans la liqueur de l'ammoniaque , on aura un précipité qui contiendra le phosphate de chaux, Talumine et l'oxyde de fer. La liqueur étant traitée par de l'oxalate d'ammoniaque fournira la chaux oialatée et ensuite, étant évaporée à sec, donnera la magnésie. *

En reprenant le précipité triple de phosphate de chaux , d'alumine et d'oxyde de fer, par de Teau acidulée , en ramenant la liqueur à la presque ' neutralité avec réactifs et versant de l'acétate de plomb, on aura un précipité de phosphate de plomb tribasique qui, parle calcul, fournira exactement le phosphate de chaux.

Il existe en France plusieurs bureaux de contrôle des engrais, qui rendent d'importants services à Tagriculture. Ainsi, les engrais sont analysés dans les laboratoires de :

MM. Barrai, rue Notre-Dame des Champs, 82, à Paris. Baudrimont, à Bordeaux.

Bénard, à Amiens.

Bobierre, à Nantes.

Caillât , à l'Ëcole impériale de Grignon. Girardin , à Lille.

Ladrey, à la faculté de Dijon.

Malaguti, à la faculté de Rennes.

Marchand , à Fécamp.

Nicklèi , à la faculté de Nancy.

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