DEUXIÈME VOLUME
Page 45. La petite place de l'Abbaye de Sainte-Geneviève.'\ L'église Sainte-Geneviève, autrefois Saint-Pierre ou des Apôtres, fut bâtie par Cloviset sa femme Clotilde. Clovis y fut enterré l'an 5oi de J.-G. Sainte-Geneviève, qui lui donna son nom, y reçut aussi les honneurs de la sépulture.
Les enfans de Clodomir, Thibault et Gontran, y furent aussi enterrés, après avoir été victimes de la jalouse ambition de Clotaire et de Childebert, leurs oncles ; la reine Clotilde les y conduisit avec pompe : elle mourut, fort âgée, à Tours, et ses fils la firent inhumer dans la sacristie de Sainte-Geneviève, à côté du roi Clovis.
Clotilde, fille de Clovis, était mariée en Espagne à Amaloric, dont elle recevait les traitemens les plus durs parce qu'elle était catholique. Childebert, en ayant eu connaissance, vint au secours de sa sœur. Amaloric fut tué par un soldat; Childebert s'empara de ses trésors, et emmena Clotilde, qui mourut en chemin ; son corps fut amené à Paris, et inhumé auprès de sa famille.
L'an 857, le 28 décembre, les Normands envahirent Paris et brûlèrent l'église Sainte-Geneviève. Etienne, abbé de cette paroisse, ensuite évêquc de Tournai, fit une épître
qu'il adressa aux étrangers, et qu'il envoya par un moine pour recommander à leur piété et à leur générosité le rétablissement de cette église. On trouve sur cette matière d'amples détails dans Grégoire de Tours. Nous en ferons grâce à nos lecteurs.
Page 102 Chanson de l^argot.] Certes, il y aurait un beau et curieux livre à faire sur l'origine et l'histoire de la langue argotique. L'argot est comme une bouture sauvage qui a poussé sur le tronc de la mère-langue. C'est un idiome du hasard, qui n'a point passé par l'alambic des Vaugelas, et qui, à travers les siècles, a conservé la naïveté de son type primitif. Depuis le quatorzième siècle on re- Iroiive des monumens de cette littérature (si c'en est une) toujours pittoresque, et plus folle et grotesque dans les expressions et les images ù mesure que le sujet devient plus sombre et plus terrible; des idées de cachots et de supplices, travesties en bouffonneries, vm vrai carnaval de la pensée, où la mort joue toujours un rôle de folie.
Les deux testamens de Yillon, ainsi que son jargon et ses repues franches ^ avaient obtenu l'admiration du bon Clément Marot; et ce juge en valait bien un autre.
Voici comme s'exprime à ce sujet le valet de chambre de François I", dans la préface qu'il mit en tête de son édition des œuvres de notre Villon, comme il l'appelle :
« Je ne fay doubte qu'il n'eust emporté le chapea u
de laurier devant tous les poètes de son temps, s'ileust été nourry en la court des roys et des princes, là où les jugemens se amendent et leslangaiges se pollissent. Quant à l'industrie des lays qu'il foict en ses testamens, pour suffisamment lacongnoistre et entendre, il fauldroit avoir esté
de son temps à Paris et avoir congneu les lieux, les choses et les hommes dont il parle : la mémoyre desquels tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle industrie de ces lays dits. Le reste des œuvres de notre Villon , est de tel artifice, tant plain de bonne doctrine et tellement painct de mille couleurs que le temps qui tout efface jusques icy ne Tasçeu effacer;, et moins encore l'effacera ores et d'icy en avant, que les bonnes escrip tures françoyses sont et seront mieux congneues et recueillies que jamais. »
La légende de maître Pierre Falfeu est non moins curieuse, quoique le style de Charles Bourdigné, ni pour l'énergie et la netteté de l'expression, ni pour le fond de la pensée, ne soit comparable au style de Villon. Nous avons recueilli quelques chansons d'argot du seizième et du dixseptième siècles qui offrent aussi un genre d'intérêt. Depuis Villon jusqu'au célèbre Vidocq, la langue argotique a peu varié, si ce n'est que quelques locutions grecques et latines sont tombées en désuétude. Nous engageons les curieux à lire l'ouvrage ds Péchon de Ruby sur les mœurs et usages des argotiers, il est intitulé : La f^ie -généreuse des Matolsy Gueux, Bohémiens etCagoux^ contenant leurs façons de vivre, subtilités et jargon, ou bien encore : Le Jargon ou Langage de L' Argot réformé comme il est en usage d présent parmy les bons pauvres^ tiré et recueilli des plus fameux argotiers de ce temps, composé par un pilier de boutanche, qui maquille en mo lâche en la vergue de Tours. Publié d Troyes., chez Yves Girardon, ï66o.
Voici une chanson d'argot de la fin du seizième siècle que nous ne donnons pas comme un chef-d'œuvre poéti-
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