‹ Les mauvaises têtes, ou, Le baril de poudreChapitre 13 sur 23 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les diÊmes , DERMONT, en costume d'un ancien brigadiergénéral des armées du Roi , un abat-Jour sur les yeux. Il entre, soutenu par LA MÉDAILLE.

DERMONT , d'une voiœ cassée.

Quel iiimajjle rcveil ou vient de me donner ! {^On le fait

asseoir dans un grand fauteuil. La Médaille se tient debout derrière Uù. )

SIDONIE, à part.

Oh ! Comme il est bien de'guisé !

RICHARDIN, à Sidonie.

Monsieur est le géne'ral Dermout ?

SIDONIE

Avec lequel vous allez faire connoissance.

DERMONT, s' adressant à Richardin.

C'est ge'néreux h vous de venir voir un vieillard nccaulii d'infirmife's, mais que le bonheur peut encore rajeunir. . . . On m'avoit annoncé une parente.

Mad. DE GRASSE VILLE.

C'est moi , Monsieur : Madame de Grasseville.

DERMONT

Madame , pardonnez ; je n'avois pas eu , en cntranf , rhonneur de vous apercevoir : ma vue est comme ma sanle, elle baisse furieusement.

i\Iad. DE GRASSEVILLE , bas à Richardin. Cet homme n'ira pas loin.

RICHARDIN, bas à Mad. de Grasseville.

Aussi faut-il le ménager , pour qu'il laisse sa fortune à ma pupille.

DERMONT

Eh bien ! Dites-moi doue. . . le bruit court que vous arrives ' îi Paris pour marier Sidonie. . . Où est-elle donc la petite?

RICHARDIN , la plaçant auprès de lui.

La voilà , M. le comte.

DERMONT , à Sidonie.

AIR : Çiië ne suis-je la fougère?

Approchez, ma bonne amie, Pour moi vous voii- est bien doux , Une douleur ennemie Ici m'éloigne de vous :

Je porte envie aux ingambes ; Mais le désir , par malheur , Ne peut faire aller mes jambei Aussi vite que mon cœur.

SIDONIE

àïe voilà tout près, Monsieur.

DERMONT , lui prenant une main.

Je veux da moins lui baiser la main.... (// la lui baise. ) Hë ! Hé ! . . . (Il tousse.) Ouf ! . . . Comme les extraordinaires m'arrangent l. .. (Il retombe dans sonfauteuil.)

Mad. DE GBASSEViLLE , bas à Richardin.

C'est un siècle ambulant que cet homme-là !

DERMONT

Ah çà ! L'on parle d'une assemble'e de famille ? . . .

BICHARDIN.

Vous deviez eu être pre'venu. J'ai eu l'honneur de vous adresser une lettre dans votre château.

Une lettre ! . . . Je ne l'ai pas reçue , je vous jure. Les postes sont si mal servies dans notre Basse-Bretagne ! On y est mort pour toutes les nouvelles. Vous m'annonciez sans doute . . .

RICHARDIN

L'intention où nous sommes d'engager le cœur de cette jeune et jolie veuve.

DERMONT

Est-ce qu'elle songeroit à se remarier ?

SIDONIE

Mes parents y songent ; car , pour moi , je me trouve trèsbien comme je suis.

DERMONT

Vos parents ont raison , mon enfant. On ne croit pas à la sagesse d'une jeune veuve. Le monde est si me'chant ! N'est-ce pas , Madame ?

Mad. DE GRASSEVILLE.

A qui le dites-vous ?

DERMONT

On a la rage de juger les gens sans les connoître. Moimême, n'ai-je pas un neveu, de par le monde, dont on me dit tout le mal possible ?

SIDONIE

Mon cousin ?. . . Je le défends.

DERMONT

Bien ! Très-bien ! ... Il a fait des dettes ; mais c'est de sou ^ge. , . Ne suis- je pas là pour les payer , moi ?

Mac!. DE GRASSEVILLE.

Il pouri'a vous coûter cher.

DERMONT

Je m'y attends. . . . Mais c'est un brave, et je les aime. . . . 11 a fait ses preuves ; il est couvert de blessures . . . OL! C'est im bien joli garçon !

SIDONIE

Vons lui avez donne' un bel exemple !

DERMONT , se levant.

Eh ! . . , J'ai eu mon temps ! . . . J'e'tois à Fontenoi !

AIR : Du Galoubet.

Comme aujourd'hui , (bis.) Je n'épiouvois pas les entraves De l'âge qui m'a refioidi ;

Et de l'honueur toujours esclaves , ,

Les François d'alors étoient braves

Comme aujourd'hui. ( \Jbis. )

RICHARDIN

Comme toujours , général ! Comme toujours !

DERMONT

Mais j'oublie que cette visite laisse peut-être les autres parents dans l'inquiétude; car vous les avez sûrement convoqués.

Tous.

DERMONT

11 faut aller les rejoindre.

Mad. DE GRASSEVILLE.

Nous avons noire dormeuse à la porte.

DERMONT

Il y aura place pour moi , j'espère ?

Mad. DE GRASSEVILLE.

Assurément. . . A côté de votre nièce.

DERMONT

Ecoutez donc. . . On me doit bien quelques égards. ... Je suis un oncle à succession.

Mad. DE GRASSEVILLE , has à Richordin, Vous l'entendez ?

DERMONT , appelant.

La Médaille ?

.^ LES iMAUVAlSES TiiTES,

LA MÉDAILLE

Mon général ?

DERMONT

Je vais accompagner ces dames , et figurer avec elles a iipe assemblée de famille. . . Ayez soin, pendant mon absence , de remettre tout dans Tordre. . . Ah ! La Médaille!. . . J'onbliois... Assnrez-vous d'un baril de poudre royale, pour Touverture des chasses.

LA MKDAILLE.

Un baril de poudre ?

DER3IONT.

Oui, un baril de pondre. . . Je veux qu'on abatte quelques chevreuils pour le repas de noces de ma jolie parente.

AIR : En deux moiliés.

[Â Sidonic. ) Vous eTn"belliivz mon destin ,

Puissé-je aussi cliarmer le vôtre! .

( A Madame de Grasseville. )

Madame , acceptez donc ma main....

'-' i^A Sidonie. )

Tous, ma chère enfant, prenez Tau lie- Trop foible poiu' ne pas broncher , Va trop vîeu.\ pour suivre vos traces , Je suis du moins fier de marcher ■

1 Entre la sagesse... et les giâccs.

Mad. DE GRASSEVILLE.

Toujours galant !

DERMONT

Nous sommes encore de la vieille roche. Vous me souliendrez un peu aux marches du perron. . . 11 faut avoir pilié de la vieillesse. . . [Il lousse.^ Pardon! C'est une petite quinte !... Je n'en ai plus que cinq ou six comme cela par jour. ( Il sort entre Sidonie et 3Tadame de Grasse\'illc. )

RICHARDIN , à part.

Oncle à succession!... ÎMe'nageons cette confidence, et sachons eu tirer parti. (7/ sort.')

LA aiÉDAiLLî:, les vaymit partir.

Qui diable reconnoîfroit notre jeune capitaine sous cet accoutrement?. . . C'est qu'il joue l'oncle à croire que c'est lui !... Mais aussi, des parents comme cetix-là, tomber sous la niain d'un officier de hussards ! , . . Ah ! Oucllc bonne fortune '

COMEDIE-VAUDEVILLE. îJ

Page 1