SCÈNE X
Les diÊmes , DERMONT, en costume d'un ancien brigadiergénéral des armées du Roi , un abat-Jour sur les yeux. Il entre, soutenu par LA MÉDAILLE.
DERMONT , d'une voiœ cassée.
Quel iiimajjle rcveil ou vient de me donner ! {^On le fait
asseoir dans un grand fauteuil. La Médaille se tient debout derrière Uù. )
SIDONIE, à part.
Oh ! Comme il est bien de'guisé !
RICHARDIN, à Sidonie.
Monsieur est le géne'ral Dermout ?
SIDONIE
Avec lequel vous allez faire connoissance.
DERMONT, s' adressant à Richardin.
C'est ge'néreux h vous de venir voir un vieillard nccaulii d'infirmife's, mais que le bonheur peut encore rajeunir. . . . On m'avoit annoncé une parente.
Mad. DE GRASSE VILLE.
C'est moi , Monsieur : Madame de Grasseville.
DERMONT
Madame , pardonnez ; je n'avois pas eu , en cntranf , rhonneur de vous apercevoir : ma vue est comme ma sanle, elle baisse furieusement.
i\Iad. DE GRASSEVILLE , bas à Richardin. Cet homme n'ira pas loin.
RICHARDIN, bas à Mad. de Grasseville.
Aussi faut-il le ménager , pour qu'il laisse sa fortune à ma pupille.
DERMONT
Eh bien ! Dites-moi doue. . . le bruit court que vous arrives ' îi Paris pour marier Sidonie. . . Où est-elle donc la petite?
RICHARDIN , la plaçant auprès de lui.
La voilà , M. le comte.
DERMONT , à Sidonie.
AIR : Çiië ne suis-je la fougère?
Approchez, ma bonne amie, Pour moi vous voii- est bien doux , Une douleur ennemie Ici m'éloigne de vous :
Je porte envie aux ingambes ; Mais le désir , par malheur , Ne peut faire aller mes jambei Aussi vite que mon cœur.
SIDONIE
àïe voilà tout près, Monsieur.
DERMONT , lui prenant une main.
Je veux da moins lui baiser la main.... (// la lui baise. ) Hë ! Hé ! . . . (Il tousse.) Ouf ! . . . Comme les extraordinaires m'arrangent l. .. (Il retombe dans sonfauteuil.)
Mad. DE GBASSEViLLE , bas à Richardin.
C'est un siècle ambulant que cet homme-là !
DERMONT
Ah çà ! L'on parle d'une assemble'e de famille ? . . .
BICHARDIN.
Vous deviez eu être pre'venu. J'ai eu l'honneur de vous adresser une lettre dans votre château.
Une lettre ! . . . Je ne l'ai pas reçue , je vous jure. Les postes sont si mal servies dans notre Basse-Bretagne ! On y est mort pour toutes les nouvelles. Vous m'annonciez sans doute . . .
RICHARDIN
L'intention où nous sommes d'engager le cœur de cette jeune et jolie veuve.
DERMONT
Est-ce qu'elle songeroit à se remarier ?
SIDONIE
Mes parents y songent ; car , pour moi , je me trouve trèsbien comme je suis.
DERMONT
Vos parents ont raison , mon enfant. On ne croit pas à la sagesse d'une jeune veuve. Le monde est si me'chant ! N'est-ce pas , Madame ?
Mad. DE GRASSEVILLE.
A qui le dites-vous ?
DERMONT
On a la rage de juger les gens sans les connoître. Moimême, n'ai-je pas un neveu, de par le monde, dont on me dit tout le mal possible ?
SIDONIE
Mon cousin ?. . . Je le défends.
DERMONT
Bien ! Très-bien ! ... Il a fait des dettes ; mais c'est de sou ^ge. , . Ne suis- je pas là pour les payer , moi ?
Mac!. DE GRASSEVILLE.
Il pouri'a vous coûter cher.
DERMONT
Je m'y attends. . . . Mais c'est un brave, et je les aime. . . . 11 a fait ses preuves ; il est couvert de blessures . . . OL! C'est im bien joli garçon !
SIDONIE
Vons lui avez donne' un bel exemple !
DERMONT , se levant.
Eh ! . . , J'ai eu mon temps ! . . . J'e'tois à Fontenoi !
AIR : Du Galoubet.
Comme aujourd'hui , (bis.) Je n'épiouvois pas les entraves De l'âge qui m'a refioidi ;
Et de l'honueur toujours esclaves , ,
Les François d'alors étoient braves
Comme aujourd'hui. ( \Jbis. )
RICHARDIN
Comme toujours , général ! Comme toujours !
DERMONT
Mais j'oublie que cette visite laisse peut-être les autres parents dans l'inquiétude; car vous les avez sûrement convoqués.
Tous.
DERMONT
11 faut aller les rejoindre.
Mad. DE GRASSEVILLE.
Nous avons noire dormeuse à la porte.
DERMONT
Il y aura place pour moi , j'espère ?
Mad. DE GRASSEVILLE.
Assurément. . . A côté de votre nièce.
DERMONT
Ecoutez donc. . . On me doit bien quelques égards. ... Je suis un oncle à succession.
Mad. DE GRASSEVILLE , has à Richordin, Vous l'entendez ?
DERMONT , appelant.
La Médaille ?
.^ LES iMAUVAlSES TiiTES,
LA MÉDAILLE
Mon général ?
DERMONT
Je vais accompagner ces dames , et figurer avec elles a iipe assemblée de famille. . . Ayez soin, pendant mon absence , de remettre tout dans Tordre. . . Ah ! La Médaille!. . . J'onbliois... Assnrez-vous d'un baril de poudre royale, pour Touverture des chasses.
LA MKDAILLE.
Un baril de poudre ?
DER3IONT.
Oui, un baril de pondre. . . Je veux qu'on abatte quelques chevreuils pour le repas de noces de ma jolie parente.
AIR : En deux moiliés.
[Â Sidonic. ) Vous eTn"belliivz mon destin ,
Puissé-je aussi cliarmer le vôtre! .
( A Madame de Grasseville. )
Madame , acceptez donc ma main....
'-' i^A Sidonie. )
Tous, ma chère enfant, prenez Tau lie- Trop foible poiu' ne pas broncher , Va trop vîeu.\ pour suivre vos traces , Je suis du moins fier de marcher ■
1 Entre la sagesse... et les giâccs.
Mad. DE GRASSEVILLE.
Toujours galant !
DERMONT
Nous sommes encore de la vieille roche. Vous me souliendrez un peu aux marches du perron. . . 11 faut avoir pilié de la vieillesse. . . [Il lousse.^ Pardon! C'est une petite quinte !... Je n'en ai plus que cinq ou six comme cela par jour. ( Il sort entre Sidonie et 3Tadame de Grasse\'illc. )
RICHARDIN , à part.
Oncle à succession!... ÎMe'nageons cette confidence, et sachons eu tirer parti. (7/ sort.')
LA aiÉDAiLLî:, les vaymit partir.
Qui diable reconnoîfroit notre jeune capitaine sous cet accoutrement?. . . C'est qu'il joue l'oncle à croire que c'est lui !... Mais aussi, des parents comme cetix-là, tomber sous la niain d'un officier de hussards ! , . . Ah ! Oucllc bonne fortune '
COMEDIE-VAUDEVILLE. îJ