‹ Les mauvaises têtes, ou, Le baril de poudreChapitre 2 sur 23 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

î)ERMONT, en costume de matin d'un militaire {grand pantalon, bonnet polonais , etc.), LA MEDAILLE.

DERMONT, appelant.

La Médaille ! La Médaille ! . . . ( // parait. ) Ali !.. . Arrivez donc, M. mou infeudaut !

LA MÉDAILLE, d'un air triste.

Ouf!

DERMONT

OÙ doncétois-îu?

LA MÉDAILLE

A la cave , Monsieur.

DERiHONT.

Tu as pourtant l'air triste?

LA MÉDAILLE

A h ! Mon capitaine !

DERMONT

Tu m'e/Traies ! . . . Toi qui es dans la confidence de ma retraite, dis-moi vite, am'oit-on découvert quelque chose? LA MÉDAILLE , soupirant.

Non, mon capitaine!

DERMONT

Mou oncle anroit-il quitté son vieux château, pour revenir preatlre possession de son hôtel où je nie suis installé?

Mes éclaireurs ne me l'annoncent pas.

DERBIONT.

Je respire !

LA MÉDAILLE

Un motif bien plus i^rave cause le découragement où vop^ me voyez.

DERMONT

Et lequel enfui ?

LA MÉDAILLE

Je viens cVcxainioer voire cave. . . Ali ! AIR : De Marianne.

A nionticr mon in^clli^:cl»cc, Ajipliquant mon zèle et mes soins , Monsieur, tle cette cave immense J'ai visité fous les recoins.

La lampe en main ,

Du souterrain J'ai braveuîent affronté le clicniin j

Dans ses détours

Que je parcours ,

L'espoir me guide et j'avance toujours

Mais , quel revers des plus perfides !

Par-tout , dans ses flancs caverneux , Je n'ai trouvé.... spectacle affreux !

Que des bouteilles vides !

Ah! Que veux'lu? Pendant mon semestre, j'ai donné trente

repas de corps.

LA MÉDAILLE

Il y pai'oît.

DERMONT

Ecoute : j'ai encore une confidence à le faire ; je sais que tu m'es attaclié. . .

LA MÉDAILLE

A la vie , à la mort ! . . . Mais la cave . . .

DERMONT

Sois tranquille. J'attends un quartaut de vin des dieux. . . . du Tokai. . . que doit m"envoyer un officier hongrois, à qui j'ai rendu quelques services dans la dernière campagne.

LA MÉDAILLE. -

A la Ijojhu; heure , cela me raccommode avec um ]jicn e. A présent, fiiites-moi toutes les confidences possibles, je suis pi éf à les e'couter.

DERMONï.

Ce n est pas seulement pour me soustraire à mes eréancierij que je me cache ici. . . Apprends que je suis marie'. . .

LA MÉDAILLE

Vous ! . . .

Marié secrètement.

Avec qui ? Aivec ce portrait.

DERMONT

LA MÉDAILLii.

DERMONT

LA MEDAILLE

Comment, vous avez épousé vme femme en peinture ?

DERMONT

Eh, non ! Tu connois l'original. . . Cette jolie petite cousine...

LA MÉDAILLE

Ah ! . . . Qui vient vous voir tous les jours . . . incognito ?

DERMONT

Il le faut bien, puisque je ne puis aller chez elle. Maîtresse, par son veuvage, d'une assez jolie fortune, Sidonie devoit , eu conscience, la partager avec moi. H y a, d'ailleurs, entre nous une si grande analogie de caractère !...

AIR : Quand on ne dort pas.

Elle a (le la malignité...

LA MÉDAILLE

Voua êtes prompt à la réplique.

DERMONT

Elle a pourtant de la bonté , Sur-tout un grand fonds de gaieté,..

Vous n'êtes pas mélancolique,

DERMONT

Dépenser est ce qui lui pîait , Dépenser est tout ce que j'aime. . , .

LA MÉDAILLE

Monsieur , vous avez très-bien fait D'c'pcuser ( bis ) un autre vous-même.

DERBIONT.

Assurément.

LA MÉDAILLE

Mais à quoi bon le secret... l'incognito ?

DERMONT

Parce que j'ai contre moi toute sa famille : une nuée d'oncles , de tantes , de cousines, que je ne conaois pas et qui me détestent.

LA MÉDAILLE

Si je leur faisois mettre l'épée à la main ?

DERMONT

Le premier mari de Sidonie avoit stipulé dans son testament qu'elle ne se remarieroit que d'après le choix de ses parents. On m'a dépeint à eux comme un si mauvais sujet (je ne sais pas qui m'a rendu ce service-là), que je les ai tous pour ennemis.

LA MÉDAILLE

Et comptez-vous rester encore long-temps dans cet hôtel?

Tant que mon oncle , dont je tiens ici la place , ne reviendra pas l'habiter. Un vieux suisse , presque sourd , en étoit le seul gardien; je l'ai mis facilement dans mes intérêts : ce stratagème durera tant qu'il pourra. En attendant, je suis époux, je suis heureux, et je veux que tu suives mon exemple, mon cher La Médaille ; je veux aussi te marier.

LA MÉDAILLE, effraye.

Avez qui ?

DERMONT

Avec Lisette , la suivante de ma femme.

LA MÉDAILLE

Eh !... J'en ai eu quelquefois la tentation.

DERMONT

J'entends une voiture.

LA MÉDAILLE

C'est sans doute Madame votre épouse.

DERMONT

Je cours au-devant d'elle.

COBEDIE-VAUDEVILLE.

LA MEDAILLE

Je Vais recevoir aussi ma joyeuse future , et conduire Madame Lisette à l'office.

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