Les médailles commémoratives comme instruments de propagande allemande
La plupart des illustrations sont des reproductions de photographies des moulages exposes au Victoria and Albert Muséum, South Kensington, prises avec /’ autorisation gracieuse du Directeur
LES MÉDAILLES COMMÉMORA- TIVES COMME INSTRUMENTS DE PROPAGANDE ALLEMANDE
UNE des plus curieuses campagnes menées par F Allemagne dans le double but d’influencer l’opinion des neutres et d’entretenir chez elle l’enthousiasme belliqueux est la mise en circulation d’une énorme quantité de médailles commémoratives diverses, dont quelques-unes sont reproduites dans cette étude. Depuis le seizième siècle, il n’est guère d’époque où l’efficacité de la médaille comme instrument de propagande politique n’ait été reconnue soit par un gouvernement soit par un autre. Mais jamais la médaille n’a été employée avec autant de persistance, ou en faisant aussi franchement appel aux passions mauvaises que la guerre déchaîne toujours, qu’en Allemagne pendant le conflit actuel. 11 importe peu que la publication de ces médailles, qui paraissent être l’œuvre d’artistes travaillant pour leur compte personnel ou pour celui de maisons de commerce particulières, ait été organisée, comme certaines personnes le croient, par le gouvernement allemand. Elles n’en représentent pas moins le sentiment populaire de la même façon que la presse quotidienne et sont, sans aucun doute, soumises au même contrôle.
Les médailles qui jusqu’à présent ont pénétré dans les pays neutres comprennent au moins 580 variétés et
sont de diverses catégories. 11 y a les pièces patriotiques ordinaires, qui font appel au sentiment national, telles que les différentes effigies de l’empereur allemand enjolivées d’extraits de son discours au Reichstag du 4 août 1914 : “ Pour moi, il n’y a plus de partis ; il n’y a que des Allemands ; c’est pour notre défense, la conscience pure et les mains nettes, que nous tirons l’épée.” A la même catégorie appartiennent les médailles qui rappellent l’union entre l’Allemagne et ses alliés. Deux ou trois sont l’œuvre d’un certain professeur Sturm ; on y voit réunis îes portraits de l’empereur allemand, de l’empereur François Joseph et du Sultan. La légende attribue “A Dieu seul la Gloire” et très sagement laisse à chacun le soin de partager la honte entre les trois personnages représentés. Sur le revers d’une de ces médailles on voit les soldats des trois alliés unis par la fraternité des armes et une longue inscription déplore que “l’Angleterre veut nous affamer, la Russie veut nous piller et nous voler, la France nous dévaster par le feu, et 1 ’ Italie venger la ruine de la Belgique.” L’Italie sera certainement émue de la noble indignation provoquée chez le professeur allemand par la criminelle incapacité de son peuple d’approuver le plus frappant exemple de la haute culture germanique.
Les victoires réelles ou imaginaires des armées ou des flottes des Puissances Centrales sont naturellement commémorées. Au mois d’avril 1916, il avait été frappé en argent plus de cent “ pfennigs de la Victoire ” que l’on vendait à un prix modique. Ce sont de petites pièces de la grandeur d une pièce de 20 centimes, munies d’un
g Sis
Fig. 2. INCURSION DE ZEPPELINS SUR LONDRES. Par F. EUE.
Fig. 3. LE KRONPRINZ ALLEMAND. Par K. GCETZ.
Sur la face, le portrait de “Guillaume, prince héritier de l’Empire allemand.”
Au revers, “ le jeune Siegfried ” attaquant un monstre fantastique à quatre tetes, symbolisant : 1 ours, la Russie ; 1 unicorpe, 1 Angleterre , le non, la Belgique ; le coq, la France.
anneau permettant de les attacher à la chaîne de montre ; elles portent uniformément d’un côté une Victoire avec cette légende 4 4 Dieu a béni nos braves armées ” ou 4 4 les armées alliées”; de l’autre côté est une inscription rappelant certains exploits. On peut citer, entre autres, les ‘‘Attaques des zeppelins contre les docks de Londres dans les nuits du 31 mai- 1er juin, 9-10 et 12-13 août et 8-9 septembre 1915”; le “Bombardement de Scarborough#et de Hartlepool par des navires allemands, le 16 décembre 1914” (Fig. 4); les “ Tentatives infructueuses des Français pour percer entre Verdun, Ailly, Apremont et Flirey, du 5 au 8 avril 1915”; et les “Victoires remportées à la suite des violents combats d’Ypres et de Nieuport, en octobre et décembre 1914.” La production de ces médailles continue probablement, et, nous l’espérons, les victoires allemandes d’Arras, de la Somme, de Messines, de même que l’insuccès des “tentatives des Français pour percer à Verdun” en août 1917 ont été dûment commémorées.
Le sentiment allemand incline naturellement vers le culte des héros, et les médailles se sont mises à l’unisson. Innombrables sont les portraits des chefs militaires de lignée royale, le kronprinz, le prince Eitel Frédéric, le roi de Bavière, le prince heritier Rupprecht, le prince Léopold, le roi de Saxe, le grand-duc de Bade, le duc Albert de Wurtemberg; des célèbres généraux de moindre naissance, le feld-maréchal von Falkenhayn, le feldmarechal von der Goltz, le feld-maréchal von Hindenburg, le general von Kluck, le feld-maréchal von Mac-
kensen ; ou des personnages divers, comme le viceamiral von Spee, le grand amiral von Tirpitz et le comte Zeppelin, ce qui est compréhensible ; mais il y a aussi les portraits de héros plus modestes, tels que von Mücke (dont l’évasion dans un bateau à voiles de 1 île Keeling à Hodeida doit être oubliée maintenant) ; von Müller, le
Fig. 4. “ PFENNIG DE LA VICTOIRE ” (agrandi).
Sur la face, une Victoire vole en avant, portant une épée flamboyante et une couronne de laurier, avec cette inscription en exergue : “ Dieu a béni les armées alliées." Au revers, cette inscription : “ Bombardement de Scarborough et de Hartlepool par des navires allemands, le 16 décembre 1914.”
capitaine de Y Emden ; Weddigen, qui a torpillé trois croiseurs. Parmi les civils, voici le chancelier von Bethmann-Hollweg, le Dr. Helfferich, secrétaire de la Trésorerie, et même le ministre prussien de F agriculture, baron von Schorlemer-Lieser, que l’on a compris dans cette galerie, avec le professeur qui a inventé le canon de 42
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centimètres. Ces portraits forment une singulière collection qui frappe surtout par l’expression en quelque sorte officielle de férocité qui caractérise la plupart des chefs militaires. Tous, cependant, n’ont pas réussi à se donner un air suffisant de cruauté; l’expression du général von Kluck, particulièrement sur la médaille où l’aigle germanique contemple de loin les fortifications de Pans, est anxieuse, presque larmoyante ; le comte Zeppelin (Fig. 2) a simplement l’air lourd, et l’amiral von Tirpitz (Fig. 5 et 6) paraît surtout jovial. Les médailles de l’auteur de la campagne sous-manne sont curieuses en ce sens qu’elles nous révèlent l’idéalisme allemand sous sa forme la plus récente. Beaucoup portent la devise ‘ ‘ Gott strafe England ” et la date du commencement de la campagne, 18 février 1915. On voit les sousmanns travaillant à établir la “ liberté des mers”; mais les graveurs ont fait de leur mieux, sans doute afin de rester en harmonie avec la physionomie réjouie de l’amiral pour égayer la situation par un trait humoristique ou une légende également comique. Le Neptune allemand (b ig. 5), qui tend le poing aux navires britanniques et leur hurle des malédictions au moment où ils sombrent à F arrière-plan, ne témoigne par son attitude que d’une rage impuissante et puérile; la conque dans laquelle, sur une autre
médaille (Fig. 6), il lance un défi aux côtes d’Angleterre, est modelée de telle façon qu’elle ressemble
à un sac de papier gonflé qui va éclater avec
le résultat ordinaire; pour le professeur Sturm,
avec une ironie magistrale, il a donné cette légende :
Fig. 5. LE GRAND AMIRAL VON TIRPITZ. Par K. GŒTZ.
Sur la face, le portrait du grand amiral von Tirpitz.
Au revers, Neptune, assis sur un sous-marin, entre les périscopes, montre le poing à un navire qui sombre ; à l’arrière-plan sont un autre sous-marin et un autre navire, surmontés par cette inscription : “ Dieu punisse l’Angleterre, 18 février 1915.”
4 * Nous avons l’ordre de couler le bateau et de sauver l’équipage,” à une scène bizarre représentant un canot, monté par l’équipage d’un navire qui sombre, abordant un sous-marin sur l’avant duquel sont deux énormes rats proportionnellement plus grands qu’un être humain.
Un critique peut toujours trouver un humour inconscient dans l’œuvre d’un artiste dont il n’approuve pas le point
Fig. 6. LE GRAND AMIRAL VON TIRPITZ. Par A. LŒWENTAL.
Sur la face, le portrait du grand amiral von Tirpitz.
Au revers, Neptune sortant des flots et soufflant dans une conque ; à l’arrière-plan, la côte anglaise, avec ces mots en exergue : “ Dieu punisse l’Angleterre,” et la date, ”18 février 1915.”
de vue moral ou intellectuel. Ce n’est donc pas dans une pensée de blâme, mais uniquement pour faire ressortir la différence entre la mentalité allemande et celle du reste du monde que nous appelons l’attention sur les niaiseries des auteurs des médailles Tirpitz. On trouve, dans un grand nombre d’autres médailles, des preuves également précieuses de ce qui, aux yeu^ d’un autre qu’un Allemand, semble être l’incapacité de voir l’importance d’un fait
exprimé par l’intermédiaire de l’art ou de la parole. Le portrait du kronprinz sur une médaille de grand modèle par Gœtz est, dit-on, une bonne ressemblance ; et s’il en est ainsi il ne reste plus rien à faire au caricaturiste. Les graveurs italiens de la Renaissance, que plusieurs artistes de l’école allemande ont étudiés avec soin, étaient impitoyables dans la façon dont ils mettaient en lumière les verrues de leurs modèles ; mais en revanche ils n’ont jamais manqué de leur donner ce cachet de distinction, de noblesse, qui caractérisait le grand seigneur de la Renaissance italienne. Il faut faire la part de la différence de race. La médaille du kronprinz porte, au revers, la figure du jeune Siegfried attaquant, l’épée à la main, le dragon à quatre têtes qui symbolise la Triple Entente et la Belgique. Ce ne peut être que parce que les autorités n’ont pas saisi la signification du contraste entre l’implacable portrait de la face et le héros wagnérien du revers que l’artiste n’a pas été poursuivi pour lèse-majesté ; d’autant plus que le dragon, en dépit des tentatives théâtrales du héros, n’a pas une égratignure.
Théâtrale encore est la reproduction de la statue de Bismarck (Fig. 9) posée sur un navire décoré de têtes d’aigle. L’artiste a complètement réussi à donner l’impression que le héros s’est réfugié dans un fauteuil pour échapper à la marée montante qui va l’atteindre malgré ses imprécations gravées sur l’autre face de la médaille: “ Gott
strafe England ” ; “ Traîtreuse Angleterre, prends
garde”; et “Ceterum censeo Bntanmam esse delendam.”
Fig. 7. LES PUISSANCES ALLIEES. Par K. GŒTZ.
Sm- la face, un monstre fantastique représentant !'“ Alliance - de l’Astuce vindicative de 1915” et dont les têtes symbolisent: le coq, la France; les lions, la Belgique et 1 Angleterre ; 1 ours, la Russie; le singe, le Japon. Au-dessous, l’Italie, sous la figure d’un enfant nu, s’allaite aux mamelles du monstre.
Au revers, on voit une représentation du Jugement Dernier: le Seigneur, dans une nuée, tient une faucille, et plus bas le monde est en feu. L'inscription est une citation de Heinricn von Ivleist signifiant : “ Frappez-le de mort ! Au jour du jugement, on ne nous demandera pas pourquoi ! ”
Le fait que la menace adressée à Paris n’a jamais été suivie d’effet est un sujet que les graveurs de médailles de l’Entente auraient fort bien pu commémorer. Mais leurs ennemis leur ont épargné cette peine. La maquette de Lœwental (Fig. 10) pour le revers de la petite médaille de von Kluck représente une Furie nue, brandissant une torche et chevauchant “Vers Paris — 1 914.’’ Sur une plus grande médaille du même héros, l’aigle germanique, perché sur un canon, jette des regards de convoitise sur les fortifications de la ville dont il veut faire sa proie, et ce n’est pas simplement un effet de l’imagination qui donne une expression de désappointement au général dont les projets ont échoué. La difficulté que l’on éprouve dans les pays neutres à se procurer des spécimens de cette médaille semble indiquer que ces critiques se sont présentées même à l’esprit des autorités allemandes.
On se lasse du défaut d’humour qui caractérise ces pièces ; aussi nous allons passer à notre dernière catégorie. L emploi de la médaille satirique a certainement séduit le public allemand ; et c est sur le témoignage inattaquable d une publication allemande spéciale que nous plaçons dans cette catégorie la célèbre médaille de la Lusitania (Fig. 1 1). Elle est l’œuvre de Karl
Gœtz, de Munich, dont elle porte les initiales. Dans le numéro de septembre 1916 des Blatter jür Münzjreunde, l’organe du Club des Numismates de Dresde et de la Société de Numismatique de Bavière, on trouve un extrait d’un journal anglais relatif à cette médaille et à l’étrange lumière qu’elle jette sur
Compagnie Cunard:”1 II faut, à ce propos, signaler un fait curieux. D’après la médaille, l’attaque contre la Lusitania a eu lieu le 5 mai 1915. En réalité, la date
] Gemeint ist eine der gegossenen Spottmünzen von Karl Gotz in München, die den Leichtsinn der Cunard-Line geiselt ” (p. 136). La médaille d’Eberbach sur le même sujet, frappée plus tard et qui est moins connue, porte cette inscription : Heimtücke und gewarnter Leichtsinn an Bord der Lusüaniû ’ (p. 155 du même recueil).
l’esprit du peuple allemand. Pour la commodité de ses lecteurs, le journal allemand ajoute : “ La pièce à laquelle il est fait allusion est une des médailles satiriques frappées par Karl Gœtz, à Munich, pour flétrir la légèreté de la
Fig. 9. MÉDAILLE DE BISMARCK.
Sur la face, Bismarck, revêtu d’une armure et debout sur un navire, tire son épée. Au revers, cette inscription : “ Ceterum censeo Britanniam esse delendam ” (Au reste, j’estime qu’il faut détruire l’Angleterre).
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exacte est le 7 mai. On a tiré de cette différence de dates des conclusions sinistres. Mais il est douteux que les autorités navales allemandes aient fait part de leurs projets à M. Gœtz, à Munich, bien qu’il soit fort possible qu’il ait commencé son dessin au moment où fut publié, dans la presse américaine, l’avertissement éhonté aux voyageurs.
Fig. 10. “ A PARIS— 1914.” Par OERTEL ET LŒWENTAL.
Sur la face, le portrait du général von Kluck. Signé par Oertel, Berlin.
Au revers, une Furie nue, à cheval, brandit une torche enflammée; au-dessous, à l’arrière-plan, une ville incendiée, avec cette légende : “ A' Paris— 1914.” Signé A. Lœwental.
En tout cas, la différence de dates prouve la nécessité de contrôler les données historiques que fournissent les médailles.
si r on est obligé d’expliquer aux intelligences moyennes le côté satirique de la médaille de la Lusiiania, il est d autres pièces dont l’ intention ironique est évidente, même pour l’ennemi le moins sympathique. Telles sont les médailles satiriques de ‘M’astuce vindicative” de
l’Entente (Fig. 7); de la “Campagne de mensonge” conduite par la “Cabale des Incendiaires,” nos quatre ministres des affaires étrangères (Fig. 8); du “Débarquement des troupes indiennes à Marseille” (Fig. 14); de “l’Appel aux souverains des Balkans” (Fig. 15); de
Fig. 11. LE COULAGE DE LA LUSITANIA. Par K. GŒTZ.
Sur la face, la Lusitania, chargée de munitions et d’aéroplanes et munie d’un éperon, comme un navire de guerre, sombre dans l’Atlantique. Au-dessus, cette légende : “ Pas de contrebande ! ” Au-dessous, celle-ci : “ Le transatlantique Lusitania coulé par un sous-marin allemand, 5 mai 1915.”
Au revers, la Mort, aux bureaux de la Compagnie Cunard, vend des billets aux passagers. L’un d’eux tient à la main un journal sur lequel on lit : “ Danger des sous-marins,” et tous refusent d’écouter un Allemand, en chapeau haute forme, qui les avertit. Au-dessus de la composition on lit ces mots: “ Les affaires avant tout.’r
“l’Italie se retirant de la Triple Alliance” (Fig. 16); et de “l’Amérique fabriquant des munitions pour l’Entente” (Fig. 17). Telles sont aussi les médailles en fer de la curieuse série due à Eberbach, une sorte de danse macabre, dans laquelle le rôle principal est joué par un squelette. On ne peut pas dire si la médaille de cette série (Fig. 12) destinée à flétrir “l’accueil de l’Angleterre au navire neutre Tubantia, ' ' et où l’on voit la Mort lançant, pour le compte de l’Angleterre, une torpille à l’in-
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fortuné bâtiment hollandais, a été frappée avant ou après qu’il a eût été définitivement démontré que la torpille était une torpille allemande. Et il importe peu, si, comme l’a dit une personnalité allemande autorisée, ce sont les Allemands qui écriront l’histoire de la guerre.
Fig. 12. LE TORPILLAGE DE LA TUBANTIA. Par EBERBACH.
Sur la face, la Mort, accroupie sur les flots, tient d’une main une torpille et de l’autre main une mine flottante, dont elle menace un navire à voiles; en exergue, ces mots: “L’accueil de l'Angleterre au navire neutre Tubantia.”
Au revers, dans un cartouche hexagone, se trouve cette inscription: “Le meilleur des hommes ne peut vivre en paix, si son méchant voisin ne le veut pas.”*
Il faut maintenant dire quelques mots des principaux auteurs de ces sottises. Nous avons déjà parlé du professeur Sturm. Au point de vue artistique, il lui revient peut-être le mérite d’avoir produit les médailles les plus
* Cette inscription paraît être une variante de ces deux vers du “Wilhelm Te!î ' de Schiller, Acte IV., Scène iii
Es kann der Frommste nicht im Frieden bleiben,
Wenn es dem bosen Nachbar nicht gefallt.
mal dessinées et les plus mal modelées que nous ayons vues, comme elles sont aussi parmi les plus ambitieuses. Karl Gœtz est un ouvrier plus habile, ainsi que le prouve le modèle des médailles du kronprinz ou sa composition pour le revers de la médaille de Mackensen. Il a deux manières. La première, à laquelle appartiennent les pièces dont il vient d’être parlé, s’adresse à ceux à qui sont familières les œuvres de la Renaissance. Sa médaille de l’amiral von Tirpitz, intentionnellement ou non, procède directement, au point de vue artistique, de la médaille de Hieronymus Paumgartner, un marguillier de Nuremberg du seizième siècle, par Joachim Deschier, laquelle est un des plus beaux exemples de comique inconscient de l’histoire de l’art. L’autre manière de Gœtz se manifeste dans la médaille de la Lusitania ; elle correspond à l’estampe satirique, ne vise aucunement à l’effet dans la composition, et entasse, dans l’espace disponible, tous les détails de nature à amuser la foule. Les médailles d’Eberbach sont du même genre que les pièces satiriques de Gœtz et ne cherchent qu’à flatter le goût du macabre. Mais la répétition du motif usé du squelette ne peut plus faire d’effet sur un public qui, depuis quelques années, a été nourri à satiété d’horreurs bien plus réelles. Il faudrait, pour cela, qu’il fût traité avec l’imagination d’un Félicien Rops.
Le revers de la médaille du général von Kluck, par A. Lœwental, est d’un artiste qui compose avec habileté dans le genre académique ; mais ses figures sont trop modelées. Enfin on ne peut nier que quelquefois les graveurs allemands n aient trouvé une conception de valeur.
Fig. 14. LE DEBARQUEMENT DES TROUPES INDIENNES A MARSEILLE.
Par K. GŒTZ.
Sur la face, un soldat britannique, en uniforme écossais, tord la queue d'un éléphant monté par un Indien et le pousse en lui disant : ‘‘Ail right, va-t-en au champ de bataille.”
Au revers, un arc de triomphe élevé par la République Française sous lequel court un Indien portant une pancarte. Les légendes, en français, sont les suivantes : “ Vive (sic) les Anglais. — Nous sommes sauvé (sic). — Grand (sic) attraction des Indiers (sic) à Marseilles (sic).”
Fig. 15.— APPEL AUX SOUVERAINS DES BALKANS.
Sur la face, un soldat britannique (n’ayant pour tout vêtement que le Kilt et des bandes molletières), l’empereur de Russie, un knout sous le bras, le président Poincaré et le roi d’Italie se joignent au “ cortège des Balkans.”
Au revers, les têtes des trois souverains des Balkans : Ferdinand de Roumanie, Constantin de Grèce et Ferdinand de Bulgarie, derrière un grillage auquel sont suspendus les emblèmes des quatre puissances de l’Alliance : une pomme pour l’Italie, un cœur pour la République Française, un dauphin crachant de l’or pour l’Angleterre, et un poing fermé pour la Russie. Au-dessous, cette légende : “ Au secours, Balkans ! Combattez pour nous ! ”
même quand l’ exécution est restée au-dessous de l’intention. La mort du comte von Spee et de ses deux fils dans la bataille des îles Falkland a fait en Allemagne une impression aussi profonde que celle qu’a produite en Angleterre la mort de Craddock à Coronel. L’idée de Gœtz de faire voler au-dessus des océans l’aigle germanique pour déposer une branche de laurier sur le lieu de leur mort (Fig. 13) est de celles que comprendront tous les peuples maritimes. 11 est regrettable, toutefois, que cette conception si touchante ait été si mal interprétée ; l’oiseau et les flots sont mal exécutés et les attributs décoratifs manquent de noblesse.
Nous terminerons cette étude du développement de la propagande allemande par une courte allusion à un de ses curieux côtés mentionné dans les Berliner Münzblatter, l’organe des sociétés de numismatique réunies d’Allemagne et d’Autriche (septembre 1916). L’auteur de l’article, le Dr. Heilbronn, qui est ou qui était en activité de service, décrit certaines petites médailles de fer servant de propagande pour recueillir de l’argent au moyen de cette coutume consistant à enfoncer des clous dans des statues de bois. Quelque opinion que l’on puisse avoir du mérite artistique de ces statues, le brave docteur estime que le but poursuivi est absolument irréprochable ; la beauté des médailles lui paraît admirable ; il déplore qu on les ait négligées, et il recommande aux amateurs de les collectionner. Il ne nous est pas possible de juger du goût du Dr. Heilbronn, bien que nous puissions deviner de quel ordre il est ; mais son article a eu cet intéressant effet
qu il a provoqué une protestation d un autre numismatiste, parue dans le même périodique. Ce dernier affirme qu’une erreur sur la signification d une vieille enseigne viennoise a
Fig. 16. L’ITALIE SE RETIRE DE LA TRIPLE ALLIANCE. Par K. GŒTZ.
Sur la face, un Italien attaque par derrière l’aigle à deux têtes de l’Autriche qui est en train de repousser de GaÜcie l’ours russe. Comme légende : “ La politique italienne des mains libres, 1915."
Au revers, un soldat italien portant une pancarte où est inscrit le mot Tripolis, a les poignets tenus par un troupier autrichien, pendant qu’un fantassin allemand lui donne de la baïonnette dans les reins. En exergue, ces mots : “ Parasite de la Triple Alliance — Profanateur de l’alliance loyale."
produit dans toute l’Allemagne cette véritable folie des statues enclouées. Des protestations de la part de l’ Académie des Beaux-Arts de Berlin et de nombreux professeurs n’ont pu mettre fin à cette coutume que l’on ne saurait trop blâmer au point de vue de l’art et qui témoigne d’un manque de convenance déplorable de la part du public, surtout lorsque, comme dans le cas de Hinden-
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burg, les personnages que représentent ces statues sont encore vivants. “Nos ennemis n’ont pas tort de qualifier de barbares ces horribles manifestations d’enthousiasme patriotique et de les comparer aux productions de l’art nègre.” Après la guerre, ces statues, et surtout le “ hideux
Fig. 17. LA NEUTRALITE AMERICAINE. Par K. GŒTZ.
Sur la face, la tête du président Wilson ceinte d’une couronne de lauriers dont les rubans sont brodés d’aigles. Au-dessous, ces mots en anglais : “ Liberty, Neutrality, Humanity.”
Au revers, l’Oncle Sam, assis près d’un canon et d’un tas de boulets, offre d’une main un navire et saisit, de l’autre, un sac d’un million de dollars. Légende, en allemand : “ Le commerce neutre de l’Amérique.”
gigantesque Hindenburg,” devront être cachées aux regards du public ou conservées dans un musée comme d’étranges monuments de mauvais goût. Et voilà que maintenant, ajoute-t-il, “la mémoire de cette folie va être perpétuée par la médaille. Pendant les deux ans écoulés nous avons tant souffert de la médiocrité dans la gravure des médailles de guerre qu’il était tout à fait inutile d’ajouter à ce que nous avons déjà subi. 11 est inconcevable qu’un véritable artiste se consacre à la création d’une médaille de cette
espèce, et aucun collectionneur de goût ne consentira à remplir ses cabinets de ces produits de l’industrie.”
Il nous est agréable de pouvoir appuyer la protestation de cet écrivain. Il faut espérer, cependant, que quelques musées consacrés spécialement à l’art des races primitives conserveront des spécimens de ces médailles pour encourager l’enclouage des statues.
Hayman, Ckristy, & Lilly , Ltd. , 113-117, Farringdon Road, Londres. Imprimé en Angleterre.