‹ Les médailles d'argilé; poèmesChapitre 1 sur 116 · A LA MEMOIRE · texte numérisé non relu

A LA MEMOIRE

D'ANDRÉ GHÉNIER

J'ai feint que des Dieux m'aient parlé;

Celui-là ruisselant d'algues et d'eau,

Cet autre lourd de grappes et de blé,

Cet autre ailé,

Farouche et beau

En sa staturo de chair nue,

Et celui-ci toujours voilé,

Cet autre encor

Qui cueille, en chantant, la ciguë

Et la pensée

Et qui noue à son thjrse d'or

Les deux serpents en caducée.

D'autres encor...

Alors j'ai dit : Voici des flûtes et des corbeilles, Mordez aux fruits; Ecoutez chauler les abeilles Et l'humble bru-it

f A LES Mr.I AILLES n'AHOILK

De l'osier vert qu'on tresse et des roseaux qu'on coupe.

J'ai dit encor : Écoute,

Écoute,

Il y a quelqu'un derrière l'écho,

Debout parmi la vie universelle,

Et qui porte l'arc double et le double flambeau,

Et qui est nous

Divinement...

Face invisible! je t'ai gravée en médailles

D'argent doux comme l'aube pâle,

D'or ardent comme le soleil,

D'airain sombre comme la nuit;

Il y en a de tout métal.

Qui tintent clair comme la joie,

Qui sonnent lourd comme la gloire,

Comme l'amour, comme la mort;

Et j'ai fait les plus belles de belle argile

Sèche et fragile.

Une à une, vous les comptiez en souriant, Et vous disiez : Il est habile ; Et vous passiez -en souriant.

Aucun de vous n'a donc vu

Que mes mains tremblaient de tendresse,

LES MÉDAILLES d'aRGILK i5

Que tout le grand song-e terrestre

Vivait en moi pour vivre en eux

Que je gravais aux métaux pieux,

Mes Dieux,

Et qu'ils étaient le visage vivant

De ce que nous avons senti des roses,

De l'eau, du vent,

De la forêt et de la mer,

De toutes choses

En notre chair,

Et qu'ils sont nous divinement.

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