TROISIÈME MÉDAILLE ET BOURSE DE VOYAGE
On ne saurait trop complimenter M. Dolivet sur les soins quil a apportés à la traduction en marbre de sa Madeleine, dont le plâtre fut déjà très remarqué au Salon de 1884 malgré quelques lourdeurs d’exécution. Ces défauts n’existent plus dans le marbre rempli d’adorables finesses de modelé, qui, j en suis sûr, ne sont pas dues à l’exécution géométrique d’un vulgaire praticien. D’ailleurs la matière dans laquelle M. Dolivet a fixé les formes gracieuses de sa figure est de qualité supérieure. Pas une veine minérale, pas une tache dans ce carrare blanc et lumineux comme la neige des montagnes.
L’État avait été très heureusement inspiré en achetant au Salon de 1884 la belle statue de M. Dolivet ainsi que l’attestent les récompenses qui viennent de couronner cette année les efforts de cet artiste, car sa Madeleine lui a valu du même coup une médaille de troisième classe et une bourse de voyage.
artistique à travers les musées d’Italie avec un sujet profondément mprlitp cm milieu H p. s r.he.fs-d’ œuvre inspirateurs des grands maîtres dont
TROISIÈME MÉDAILLE
HEXAMER (Frédéric)
Né à Paris
Élève de DUMONT et de VERNET-LECOMTE
La figure exposée par M. Hexamer sous ce titre : Gazouillis supporte bravement une minutieuse analyse.
Chaque détail a été soigneusement traité. Les modelés sont bien suivis. Les chairs sont grasses, jeunes et très vivantes, et l’expression de naïveté répandue sur le visage explique clairement l’idée qui a présidé à l’exécution du sujet.
Cependant l’aspect général de cette figure étonne le visiteur, qui se demande avec une certaine inquiétude, en caressant du regard les formes virginales, si de l’exécution consciencieuse de chacune des parties résulte une harmonie parfaite.
Nous aurons formulé très sincèrement notre opinion sur l’œuvre de M. Hexamer quand nous aurons dit que le torse nous paraît trop long. L’artiste qui dédaigne toute poétique interprétation pour consacrer ses efforts à une savante imitation de la nature est tenu de choisir son
modèle avec le plus grand soin. C’est le cas de M. Hexamer, qui, grâce à un amour excessif de la réalité, a réussi à mettre sous nos yeux une œuvre dont chaque partie nous intéresse par l’habileté du rendu, et dont l’ensemble nous choque par la lourdeur de son aspect, alors qu’il devait symboliser l’éveil gracieux de la jeunesse.
TROISIÈME MÉDAILLE
CARLUS (Jean)
Né à Toulouse
Elève de MM. FALGUIÈRE et MERCIÉ
Tout le monde sait que Molière ne dédaignait pas de consulter sur ses pièces sa servante, la bonne et joyeuse Laforêt, qui, s’il faut en croire les moliéristes les plus distingués, eut sur le grand écrivain l’influence d’un excellent critique et lui fournit de plus ces admirables types de Mme Jourdain et de la nourrice Jacqueline dans Le Médecin malgré lui.
On prétend même qu’un jour, voulant éprouver son bon sens, il lui lut, comme étant de lui, une mauvaise comédie de Grécourt. Mais Laforêt l’arrêtait à chaque phrase par ces mots : « Ce n’est pas vous qui avez fait cela ».
La belle humeur avec laquelle la servante écoute, dans la composition de M. Carlus, la lecture que lui fait Molière, toujours grave et mélancolique, prouve assez que ce n’est pas de cette anecdote que s’est inspiré le sculpteur et que les vers ou la prose qui font vibrer si
bruyamment la rate de Laforêt ne sont pas du soporifique et licencieux abbé de Grécourt. Molière seul peut provoquer un rire aussi franc et aussi sonore.
La composition de M. Carlus est d’une exécution spirituelle et hardie. Les physionomies, les attitudes des personnages sont pleines de naturel et les étoffes ont été fort habilement traitées.
S’il est vrai que la servante de Molière exerçait une influence morale aussi grande sur le génie de son maître, on ne saurait trop féliciter M. Carlus d’avoir songé à élever une statue à ce glorieux et modeste collaborateur.
TROISIÈME MÉDAILLE
FARAILL (Gabriel)
Né à Saint-Marsal
Élève de MM. OLIVA et FAROCHON
MENTIONNÉ A N TÉ RIE U RE ME NT
Nous n’avons qu’à louer l’exécution de la statue en marbre exposée cette année par M. Faraill sous ce titre simple et charmant: Jeune fille. Nous voici bien en présence d’une œuvre conçue avec amour et dont lé travail matériel, la chose est bien visible, n’a été livré à aucune main mercenaire. Cela se devine facilement dans la perfection suivie du modelé qui semble avoir été longuement caressé par le ciseau de l’artiste jusqu’à la plus complète imitation de la vie. Car la conception de M. Faraill n’est pas purement idéale. Il a trouvé son riche et séduisant modèle dans la réalité. Ses formes jeunes et puissantes ne sont pas des formes entrevues dans un rêve à travers le ressouvenir de l’enseignement classique. Mais le sculpteur a su avec un talent, qui fait bien augurer de son avenir, interpréter d’une façon émue et sincère les charmes resplendissants de sa Jeune fille dont les sculpteurs
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grecs auraient fait une Vénus de marbre. M. Faraill, moins païen, en a fait tout simplement une image réelle et gracieuse de la beauté humaine rencontrée par hasard dans la nature.
TROISIEME MÉDAILLE
LAPORTE (Alexandre-Gabriel)
Né à Toulouse
Élève de JOUFFROY et de M. FALGUIÈRE
C’est à la VIIe églogue de Virgile que M. Laporte a emprunté son sujet.
Il nous représente Tircis exhalant l’amertune de son âme en quatrains réguliers.
Le jeune berger est assis sur un rocher que des plantes grimpantes recouvrent à moitié. Une de ses mains s’appuie sur le bloc de pierre pendant que l’autre est levée au ciel. Le corps tout entier, comme balancé par le rythme harmonieux du vers, s’incline dans un mouvement plein de grâce et de vérité.
Nous n’avons que des compliments à adresser à M. Laporte qui a su faire revivre à nos yeux dans une forme charmante l’image du rival malheureux de Corydon.
Les progrès réalisés en deux années par cet artiste sont considérables. Autant l’exécution de la statue qu’il exposait en 1884 sous ce
titre Toujours vainqueur était molle et hésitante dans certains endroits, autant celle de l’œuvre qu’il nous montre cette année est vigoureuse et sûre. M. Laporte est en ce moment en pleine possession de son talent; aussi espérons-nous avoir avant peu l’occasion d’admirer une œuvre magistrale et qui cette mis, le classera dans la rayonnante et glorieuse phalange des bienheureux hors-concours.
TROISIÈME MÉDAILLE
HERCULE (Benoit-Lucien)
Né à Toulon (Var)
Élève de M. JOUFFROY
MENTIONNÉ ANTÉRIEUREMENT
La statue de marbre exposée cette année au Salon par M. Hercule fait songer aux élégantes figures de Jean Goujon. Elle est complètement nue et son visage charmant, dont la candide expression est rendue avec un réalisme savamment idéalisé, est penché sur les fleurs du printemps quelle cueille en rêvant. Le mouvement du corps est d’une grâce exquise et exprime fort bien la tranquillité dame de la chaste jeune fille. Les chairs d’un modelé délicat et serré sont superbes dans leur fermeté virginale et leur souplesse.
Nous faisons des vœux pour que la ville de Paris, à qui appartient ce beau marbre dont la blancheur immaculée convenait si bien à l’expression du sujet choisi par l’artiste, n’expose jamais la Primevère de M Hercule dans un lieu public où elle serait exposée à l’intempérie des saisons et au contact brutal d’une populace béotienne qui semble désormais autorisée à choisir pour ses bruyantes et salissantes ker-
messes les beaux jardins peuplés de statues. Des œuvres aussi délicatement exécutées que la figure de M. Hercule, dont le marbre a parfois les transparences de l’albâtre, doivent être soigneusement abritées, dans des lieux choisis, contre tout ce qui pourrait en ternir la blancheur.
TROISIÈME MÉDAILLE
COLLE (Charles-Alphonse)
Né à Charleville
Élève de M. CROISY
Nous ne connaissions jusqu’à ce jour M. Colle que par ses bustes de femme dont quelques-uns avaient frappé notre attention. Aujourd’hui cet artiste a voulu s’élever d’un seul coup vers les régions hautes de l’art avec son Enfant prodigue dont la célèbre parabole, devenue un sujet classique, a inspiré tant de statuaires de talent.
M. Colle a représenté son personnage au moment où tombé dans la plus affreuse misère il se voit réduit à garder des pourceaux. L’attitude du jeune pécheur repentant est bien conforme à la situation malheureuse dans laquelle il se trouve. Il est assis tristement à côté d’un des animaux confiés à sa garde et
dont le groin, joyeusement retroussé dans un mouvement de flair, fait encore ressortir davantage la mélancolie navrante répandue sur le visage du berger. Ce joyeux pourceau est d’une habile et spirituelle exécution. M. Colle deviendrait facilement un animalier de premier ordre. Mais il a mieux à faire. Nous avons découvert dans les bras et dans les cuisses de l'Enfant prodigue quelques sécheresses, quelques maigreurs de modelé, mais nous savons M. Colle trop amoureux de son art pour supposer un seul instant qu’il considère comme définitive l’exécution présente de sa remarquable figure.
TROISIÈME MÉDAILLE
PATE Y (Henri-Auguste- Jules)
Né à Paris
Élève de MM. CHAPU, CHAPLAIN et JOUFFROY
M. Patey est un jeune artiste de beaucoup d’avenir, qui mérite de grands éloges. Le cadre exposé sous ce titre « Médailles et Médaillons » contient des portraits très remarquables, d’un caractère très artistisque. La Médaille gravée pour la Société aérostatique est fort bien composée; celle représentant un berger jouant avec un bouc est très séduisante, le modelé en est très habilement exécuté.
Mais c’est surtout dans les portraits exposés que nous trouvons la sûreté de mains qui assure à M. Patey une des premières places parmi les graveurs en médailles.
Nous aurons occasion de revenir sur le talent sympathique de ce
jeu-ne artiste, quand le jury le classera définitivement parmi les hors-
concours.