‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 199 sur 223 · MOLIÈRE N’EST PAS UN NOVATEUR · texte numérisé non relu

MOLIÈRE N’EST PAS UN NOVATEUR

XI. Car, il est bon de le remarquer, s’il est permis de voir dans Molière un ami du progrès, on ne peut pas dire non plus, à le prendre dans sa généralité, que ce soit un novateur. Il n’a ni les goûts ni la complexion des révolutionnaires : par bien des côtés même il se rattache plutôt au passé qu’à l’avenir ; certes, il ne croit pas que tout soit pour le mieux dans le meilleur des mondes; mais il croit que tout est bien à sa place, et, connaissant les faiblesses de la nature humaine, il trouve étrange que l’on s’agite tant pour n’arriver le plus souvent qu’à mettre un mal à la place d’un autre. Par exemple, il se moque des marquis ridicules. Cela est vrai; mais est-il pour cela l’ennemi des distinctions sociales, et s’en va-t-il déclamant contre l’inégalité des conditions? Point du tout. La plupart de ses jeunes 'premiers sont bel et bien des seigneurs de la cour; et s’il veut avoir raison de l’humeur chagrine et envieuse d’un Trissotin, il s’adressera volontiers à Clitandre, à qui le bon sens et le bon goût tiennent lieu d’esprit et de savoir. Le Bourgeois gentilhomme , loin d’être une satire de la noblesse, n’est qu’un rude avertissement adressé aux bourgeois enrichis comme M. Jourdain, pour qu’ils restent ce qu’ils sont et laissent à qui de droit les avantages de la naissance. En fait de mœurs, Molière est l’homme du bon vieux temps, et il se plaît dans la peinture de ces intérieurs antiques, où régnent les traditions d’honneur et de probité patriarcale. En littérature, ses préférences sont aussi bien marquées. S’il emprunte aux auteurs espagnols à la mode quelques canevas de pièces, on

Page 1