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LA GAZETTE

par dépouiller lui-même cette volumineuse correspondance, dictant à une \ingtaine de scribes, qui plusieurs fois chacun les recopiaient, les nouvelles qu'il jugeait dignes delà publicité. Les premières gazettes se vendirent manuscrites sous le nom de Nouvelles à la main.

Puis, le succès grandissant chaque jour, Renaudot eut chez lui des presses d'imprimerie, et commença la publication régulière de la Gazette. Le premier numéro imprimé parut en l'année 1631. Le journal paraissait tous les huit jours, en une demi-feuille petit in-quarto de quatre pages, sur une seule colonne. A la marge, et en regard de chaque alinéa, se trouve le nom du pays d'où vient la nouvelle qui y est insérée, avec la date correspondante. Pour plus de méthode, c'est toujours par les nouvelles des contrées méridionales et les plus éloignées que le journal commence, et il se termine par celles de Paris. A la fin de chaque înois paraissait un supplément^ qui, tout en complétant et résumant les nouvelles qui avaient paru dans le mois» répondait aux diverses attaques dont la rédaction était à chaque instant l'objet. C'est dans ces suppléments qu'étaient insérés, en manière de feuilleton, ou à' article-variété^ de pompeux éloges de l'antimoine , et des récits de guérisons miraculeuses opérées par le médicament à la mode*. •

1. « Rien n'indique que la méthode des abonnements, généralement acceptée en France aujourd'hui, existât à cette époque. Une estampe du temps , conservée à la bibliothèque de la rue Richelieu y et représentant la Gazette assise sur une espèce de

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On peut se figurer maintenant ce qu^était, au mi^ lieu du vieux Paris, cette maison du Grand Coq de la rue de la Calandre, toujours pleine d'allants et de venants : malades attendant une consultation, étudiants, apothicaires, crieurs publics, gens de toute sorte venant porter ou demander des renseignements, pauvres honteux, fripiers, ou marchands ambulants; dans les cours et dans les salles, un pêle-mêle d'objets bizarres et disparates, des fioles, des fourneaux «t des alambics, tout Tattirail d'une grande imprimerie, des monceaux d'objets de literie ou de ménage étiquetés et classés par un peuple d'employés ; et au milieu de tout cela, un seul homme veillant à tout, répondant à tout, distribuant à chacun sa besogne, enseignant, distillant, vendant ou achetant, lisant les nouvelles politiques, rédigeant tour à tour une consultation, un 'article de journal ou un bordereau, et trouvant encore le temps de visiter des malades au dehors et de remplir ses devoirs de courtisan et d'homme du monde.

Ce qu'il y a de plus curieux dans toutes ces nouvelles inventions, c'est qu'en les exploitant à sa manière, Renaudot prétendait ne pas sortir de son état de médecin. Les consultations gratuites y rentraient évidemment. Pour le reste, il prétendait y avoir été conduit par le

trône, recevant les nommages et les nouvelles de tous les peuples de la terre, nous montre, au fond, un crieur portant un panier rempli d'exemplaires du journal. Il est probable que la Gazettese criait alors dans les rues , comme il arrive de nos jours enoore pour les complaintes, ou relations d'événements extraordinaires. •

APPU DE RICHELIEU* 365

désir de combattre la cause de la plupart des maladies. Cette cause, disait-il, c'était pour le peuple la misère, et pour les riches, Tennui. Il prévenait la misère en pré* tant sur gages, et Tennui en publiant les nouvelles du jour. 11 faut convenir que ce qu'il y avait de plus médical dans tout cela, c'est qu'il avait trouvé le plus puissant moyen de se faire connaître, lui et ses médicaments, et Dieu sait si l'on en a abusé depuis.

Il rencontra un puissant auxiliaire , dû en partie à Tentremise du P. Joseph, dans la personne du cardinal de Richelieu. Il est assez curieux que la presse, ce cauchemar des ministres futurs, ait eu pour premier soutien ce'terrible champion du pouvoir absolu. Sans doute Richelieu ne soupçonna pas quels rudes adversaires il préparait de loin à la royauté. Mais que pouvait-il en craindre alors? Il vit un puissant moyen de gouvernement dans cet engin nouveau de la publicité, qui lui donnait une prise inespérée sur l'opinion publique, et dont, pour le moment, il disposait à son gré. Sa faveur allait jusqu'à une collaboration active. Le P. Joseph allait deux fois par semaine à la rue de la Calandre pour y recueillir les nouvelles, et y porter les articles de son maître. Louis XIII lui-même écrivait souvent dans la Gazette^ « Chacun sait, écrivait Renaudot en 1644, que le Roi défunt ne lisait pas seulement mes gazettes et n'y soufirait pas le moindre défaut, mais qu'il m'envoyait presque ordinairement des mémoires pour y employer. »

Cet appui donné à des innovations éminenmieût

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utiles, est fait pour honorer la mémoire de Richelieu K II YOyait avec plaisir la prospérité d'un homme qui, par les seules forces de son industrie privée, avait su obtenir de si gi*ands résultats. Aussi ne demanda- t-il pas mieux que de donner aux fonctions que Renaudot s'était attribuées lui-même la consécration de titres authentiques. Voici donc ceux que portait ce personnage multiple : Médecin du Roi, Commissaire général des pauvres^ Maître et intendant général des Bureaux d'adresse de France. De plus, comme le nom de gazetier était celui qu'affectionnaient le plus ses ennemis, et qu'ils considéraient comme la suprême injure, Renaudot obtint le titre plus sonore et plus relevé à^ historiographe de la couronne. Pour le public, il n'en resta pas moins le Gazetier. Mais Richelieu avait bien d'autres idées. 11 détestait instinctivement l'Université. L'immense quantité de privilèges dont cette corporation était si fière, et qui en faisait une puissance redoutable dans l'État, déplaisait à son esprit dominateur. Témoin des succès que Renaudot obtenait dans l'enseignement, et de la faveur dont les consultations gratuites étaient l'objet dans la jeunesse médicale, il conçut l'espoir, qu'il eût probablement réalisé si la mort ne l'en eût empêché, non pas d'abattre la Faculté de médecine en s'attaquant directement à elle, ce qui eût été au-dessus de ses forces, mais de la ruiner sourdement en élevant en face d'elle une Faculté rivale, qui, entourée du pres-

1 . Voy. l'excellent ouvrage de M. Gaillet : Histoire de Vadmi* nistration en France sous le ministère de Richelieu,

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