ÉLOQUENCE JUDICIAIRE DU TEMPS
doit étouffer tous ces avortons, ces môles inanimés, ces superfétations qui n'engendrent que de la corruption et de la pourriture. »
XIII. 11 y eut encore de longs plaidoyers pour les autres parties intervenantes. Pour terminer, le doyen Michel De La Vigne prit, selon l'usage, la parole en latin. Sa harangue est bonne à connaître. Le corps du discours disparaît dans les interminables longueurs d'un exorde et d'une péroraison toute cicéronienne.Les dieux immortels y sont invoqués avec emphase contre toutes les violations de la charité chrétienne dont, selon lui, le gazetier s'est rendu coupable. Et, comme pour donner à l'instant môme une idée de sa manière d'entendre la charité, l'orateur s'étend avec complaisance sur les défauts physiques de son adversaire ; il le représente aux juges comme un monstre difforme auquel il est urgent d'interdire Texercice de la médecine, parce qu'il est capable d'effrayer les malades par sa laideur, et d'exercer une influence funeste sur leur imagination. Il le compare sans pitié au célèbre Zopyre, à cet infortuné Déiphobe que Virgile nous représente après sa mutilation,
Lacerum creduliter ora,
et, pour prouver qu'il sait son Virgile, il ajoute ironiquement, en s'adressant à ce pauvre homme au nez camus :
Hue, ades o formose puer ; libi lilia plenis Ëece ferunt nymphse calathig^ etc.
270 THÉOPHRASTB RBNAUDOT.
Telles étaient les acrimoaieuses personnalités qui pouvaient se dire en plein parlement, à la faveur d'un beau style latin. Une phrase à périodes sonores, qui aurait du succès dans une classe de rhétorique, terminait cette espèce de verrine médicale : « (Juse quum ita sint, oro « vos iterum atque iterum, et supplex obtestor, sena- « tores amplissimi et sequissimi , ut quam vestris et <K majorum vestrorum animis jamdudum insidere woH- <c mus et sentimus de schola medica Parisiensi eiisti*tt mationem, eam, si placet, hodierno judicio confli^ €c métis. Vestram virtutem, probitatem, pietatem, « fidem , mihi crédite , orbis Gallicanus et universus « omni laude, prsedicatione, litteris monimentisque « decorandam suscipiet, qui medicos academiae Parice siensis ubique reliquis anteponit , eos sibi solos et « suis adesse cupit, eorum fortunis et laboribus bene ac « féliciter consuitum iri, crédita viris integerrimis et « sanctissimis tam gravi causa profiteatur. »
Au surplus, le disert doyen n'avait pas tort de compter sur l'appui du Parlement. Les intérêts d*une corporation aussi puissante que l'Université de Paris ne pouvaient lui être indifférents, car n'était-il pas luimême la première corporation de l'Etat? C'était presque être juge en sa propre cause. Les conclusions de l'avocat général Orner Talon sont empreintes de cet esprit. Son discours est un curieux échantillon de ce qu'était l'éloquence judiciaire d'alors, pleine de digressions pédantesques et d'un fatras de citations inutiles.
Ainsi, dès le début, il croit devoir, puisqu'il s'agit de