‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 139 sur 222 · CONTRAT DE · texte numérisé non relu

CONTRAT DE

diérèse^ la synthèse et l'exérèse. Toutes ces mesures restrictives n'empêchèrent pas les barbiers d'échapper chaque jour davantage au joug de leurs anciens protecteurs, et ils obtinrent enfin en 1629 le droit de voir présider leurs réceptions par le premier barbier du roi ou par son Ueutenant. A partir de ce jour, leur existence, jusque-là précaire, se trouvait placée sous la sauvegarde du pouvoir royal.

Cette période préliminaire que nous venons de parcourir rapidement se termine par un épisode grotesque : l'adoption des compagnons étuvistes par la Faculté de médecine (1643). Elle avait espéré ruiner le collège de Saint-Côme en lui opposant les barbiers : ceux-ci étant devenus rebelles à leur tour, elle cherchait de nouveaux manœuvres à leur opposer : mal lui en prit. Le décret par lequel elle s'associait ces étranges disciples était resté, on le conçoit, enveloppé d'un certain mystère. Je ne sais quel barbier en eut vent et le divulgua. Ce fut un concert de réclamations et d'injures. La Faculté sentit qu'elle se couvrirait de ridicule en avouant ses véritables intentions. Elle préféra dévorer son ressentiment, et, pour effacer cette triste impression, elle renouvela son ancienne alliance par le contrat de 1644, qui n'est, à peu de chose près, que la reproduction de celui de 1577. Mais cette fois c'étaient les barbiers qui le lui dictaient. Cette crise se terminait donc à leur profit. Non-seulement ils se trouvaient affermis dans leurs anciens privilèges, mais il s'y ajoutait, à leur profit, la position fausse qui résultait pour la Fa-

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culte des torts réels qu'elle s'était donnés, et d'un abus de pouvoir misérablement avorté.

On ne m'accusera pas, je l'espère, de prendre ici, de parti pris, la défense des compagnons barbiers contre leurs ennemis. Mais, en laissant de côté toutes ces mesquines questions de corporations et de privilèges, je ne puis m'empécher, je l'avoue, de trouver un spectacle plein d'enseignements dans cette élévation progressive de toute une classe d'hommes, par Tintelligence et le travail, les meilleurs titres de ce monde, après tout, pour conférer des droits véritables. Certes, en conviant les barbiers, dans un intérêt de coterie, à l'étude et à la pratique de la chirurgie, la Faculté n'avait pas su ce qu'elle faisait : elle avait cru travailler pour elle-même, servir ses propres intérêts, sa propre vanité ; et elle ne s'apercevait pas que l'instruction, une fois acquise, donne de nouveaux droits, et rend légitimes de plus hautes ambitions. Qu'en raison des idées régnantes elle eût bien ou mal agi, en ouvrant ainsi à de simples artisans les portes de la science, peu nous importe. Ce qui est certain, c'est que , cela fait, il n'était plus en son pouvoir d'empêcher ses anciens disciples de devenir maîtres à leur tour, et d'accroître, sans elle et malgré elle, le savoir qu'elle leur avait donné. En vain eût-elle voulu révoquer ses faveurs; il était trop tard. Elle ne pouvait même plus leur interdire d'étendre indéfiniment le champ de leurs travaux. En demandant obstinément à joindre à l'étude de la chirurgie celle de la médecine interne, les barbiers-chirurgiens ne faisaient que récla-

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