‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 143 sur 222 · UU COLLÈGE DE SAINT-COME · texte numérisé non relu

UU COLLÈGE DE SAINT-COME

Louis XIY, comme ses prédécesseurs, et sans plus de résultat, confirma, Tannée de son avènement, les privilèges accordés aux professeurs du collège et Faculté de chirurgie^ faisant partie du corps de ^Université de

description avait été donnée par un certain Mazuyer, chirurgien à Beaurepaire. Les chirurgiens de Paris, pour faire honneur à la profession, crurent devoir profiter de ce moment de vogue pour faire parade de leurs connaissances auatomiques. J. Tissot fit paraître un récit détaillé de la découverte, « à la plus grande gloire de Dieu, et à Thonneur du sire de Langon. » Puis Habicot, celui-là même qui a pratiqué le premier l'opération de la bronchotomie, publia, sous le titre prétentieux de Gigantostéologie , une dissertation en règle sur les géants. Malheureusement son érudition était de mauvais aloi. C'est ainsi qu'en terminant il mutilait d'une façon indigne un vers fameux de Virgile, qu'il écrivait sur deux lignes, en manière de bouts-rimés :

Grandiaque fossis

Mirabitur ossa sepulcris.

Et il prétendait avoir tiré ce vers du XII« livre de TÉnéide î !

Pour comble de sottise, il en donnait cette plate traduction : Le monde doit-il pas s'émerveiller vraiment De voir de si grands os tirés d'un monument ?

Quelle occasion pour un médecin, pour un lettré, pour un ennemi des chirurgiens, de tirer parti des bévues d'un disciple de Saint- Gôme ! Ce furent les premières armes de J. Riolan dans la carrière de la polémique. Il publia contre la chirurgie une violente diatribe sous ce titre : la Gygantomachie, pour répondre à la Gygantostéologie , par un écolier en médecine, Riolan cherche à établir que le prétendu Teutobochus n'est qu'un éléphant , animal alors inconnu en Europe , et dont il emprunte la description à Ëlien. Cet éléphant aurait appartenu à l'armée d'Annibal, lors de son passage dans les Gaules. Plus tard, Riolan changea d'avis et soutint c que dans la terre il se peut «ngendrer et former des pierres osseuses, semblables en figure aux os humains. » Les chirurgiens répliquèrent. La querelle s'envenima, et pendant cinq ans ce fut

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Paris. En réalité, et malgré cette royale afSrmation, ils n*en firent jamais partie.

YIL Telle était à peu près la situation respective des partis au commencement du règne de Louis XIY : trois professions rivales, constituées en corporations, unies en principe par des liens toujours discutés, mais en fait complètement indépendantes ! la Faculté de médecine pétrifiée dans son immobilité, et réclamant de tout le monde une soumission qu'elle n'obtenait de personne; les chirurgiens de Saint-Côme, intermédiaires par leur position et leurs habitudes entre les corps savants et la bourgeoisie commerçante, portant la robe aux jours de cérémonie, faisant passer des examens et conférant des

un déluge de pamphlets et de libelles diffamatoires imprimés à ce propos. Voici les titres signiGcatifs des principaux ounages : Monomachie, ou réponse d'un compagnon chirurgien nauvellemaU arrivé de Montpellier aux calomnieuses invectives de la Giganiomachie de Riolan, docteur en la Faculté d'ignorance^ contre l'honneur du Collège des chirurgiens de Paris, — V imposture découverte des os humains supposés , et faussement attribués au roi Teutobochus (réplique de Riolan). — Discours apologétique touchant la vérité des géans, contre la Gigantomachie d'un soi-disant écolier en médecine, par J. Guillemeau. — Réponse (par Habicot) à un discours apologétique touchant la vérité des géans, — Le Jugement des ombres d'Heraclite et de Démocrite sur la réponse d* Habicot au discours attribué à Guillemeau (par Riolan). — Correction fraternelle sur la vie d' Habicot , oii l'on fait, en passant , la critique de ses ouvrages, et notamment de sa Gigantostéologie, — Gigantologie, par Riolan. — Antigigantologie, ou contre-discours de la grandeur des géans, par Habicot, etc. — Quant à Teutobochus, il n'eu était plus question. Il doit figurer aujourd'hui dans quelque collection géologique.

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grades, mais tenant boutique et suspendant à leurs fenêtres, en guise d'enseignes, trois bottes emblématiques surmontées d'une bannière aux images des saints Côme etDamien; enfin les barbiers *, n'ayant ni. robe ni école, vivant aux dépens des uns et des autres, et établis par une longue possession dans le libre exercice de la chirurgie tout entière, et môme d'une partie de la médecine. Les raisons qui avaient dans l'origine motivé ces distinctions n'existaient plus; il ne restait que des rivalités invétérées. Mais à force de confondre dans sa haine les deux ordres de la chirurgie, la Faculté avait fini par les rapprocher l'un de l'autre, et il n'était pas difficile de prévoir qu'un moment viendrait où les besoins d'une défense commune les unirait contre elle,

L'anatomîe était le terrain sur lequel les discussions recommençaient sans cesse. Les chirurgiens de Saint- Côme ne s'étaient jamais résignés au rôle secondaire qu'on leur faisait. Ils s'indignaient de ne pouvoir enseigner à leur manière, et suivant leurs vues, une science qu'ils possédaient à l'égal de leurs maîtres. Mais pour l'enseigner, il leur eût fallu des cadavres : or les seuls dont on pût disposer alors étaient fournis par le bourreau, ce qui, fort heureusement, n'arrivait pas tous les jours. 11 en résultait, chose triste à dire, qu'une exécution était une fête pour les écoles. On s'y préparait à l'avance, et c'était à qui en profiterait. De nombreux arrêts avaient réservé au doyen seul le droit de faire

1 • Les barbiers avaient pour enseigne des bassins et des ciseaux.

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enlever les corps morts, et défendaient au lieutenant criminel, ainsi qu'à ses agents subalternes, de les liinrer autrement que sur une autorisation écrite du doyen, revêtue du sceau de la Faculté. Mais le nombre même de ces arrêts ne prouve que Timpuissance où Ton était de les faire exécuter. Yoici ce qui arrivait : lorsqu'une exécution devait avoir lieu, des écoliers en chirurgie, des apprentis barbiers se réunissaient sur la place de Grève, où il ne leur était pas difficile de recruter des gens de la plus infime populace, des bateliers, des crocheteurs, armés d'épées et de bâtons. A peine le supplice terminé, on se précipitait sur le cadavre encore chaud, on l'emportait de force dans la boutique de quelque chirurgien, où Ton se barricadait contre la maréchaussée. Cependant ces désordres restaient souvent impunis. Si la Faculté en était instruite, elle envoyait un bedeau réclamer le cadavre ainsi dérobé. Ce fonctionnaire était invariablement mis à la porte ; alors on plaidait.

A lire le récit de ces scènes féroces, on se croirait en plein moyen âge, et l'on a peine à se figurer de pareils scandales sous ce gouvernement absolu de Louis XIY, en apparence si obéi et si fort. J'ai sous les yeux le procès-verbal d'une scène de ce genre naïvement racontée par un malheureux huissier, qui y avait été acteur et victime ^ Chargé d'opérer la saisie d'un cadavre au collège deSaint-Côme, il y trouva, au milieu d'un nom-

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