‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 152 sur 222 · LEUR SERMENT PROFESSIONNEL · texte numérisé non relu

LEUR SERMENT PROFESSIONNEL

docteurs régents , en présence de tous les maîtres assemblés. — La deuxième épreuve, ou acte des herbes^ était consacrée à la reconnaissance et au maniement des substances pharmaceutiques. — Enfin, on avait à faire pour grand chef-d'œuvre cinq préparations.

Après avoir satisfait à ces exigences , le nouvel apothicaire prêtait, devant le procureur général, au Châtelet, le serment suivant :

Le serment des apothicaires chrétiens et craignant Dieu^.

c< Je jure et promets devant Dieu, auteur et créateur de toutes choses, unique en essence, et distingué en trois personnes , éternellement bienheureux , que j'observerai de point en point tous les articles suivants :

c< Et premièrement, je jure et promets de vivre et mourir en la foi chrétienne.

c< Item d'aimer et honorer mes parents le mieux qu'il me sera possible.

c( Item d'honorer, respecter et faire servir en tant qu'en moi sera , non-seulement aux docteurs-médecins qui m'auront instruit en la connaissance des préceptes de la pharmacie, mais aussi à mes précepteurs et maîtres pharmaciens sous lesquels j'aurai appris mon métier.

1. Je l'emprunte encore au livre de J. de Renon, cité plus haut. Bien qu*il se rapporte à une date de quelques années antérieure (1626), rien n'indique que la même formule ne fût encore en usage à l'époque qui nous occupe.

330 LKS APOTHIGAihÉS.

a Item de ne médire d'aucun de mes anciens docteurs et maîtres, ou autres, quels qu'ils soient.

a Item de rapporter tout ce quî me sera possible pour la gloire, Tornement et la majesté de la médecine.

tt Item de n'enseigner polùt aux idiots et ingrats les secrets et raretés d'icelle.

a Item de ne donner aucun médicament purgatif aux malades affligés de quelque maladie aiguë, que premièrement je n'aie pris conseil de quelque docte médecin.

« Item de ne toucher aucunement aux parties honteuses et défendues des femmes, que ce ne soit par grande nécessité, c'est-à-dire lorsqu'il sera question d'appliquer dessus quelque remède.

(( Item de ne donner jamais aucune sorte de poison à personne , et de ne conseiller jamais à aucun d'en donner, pas même à ses plus grands ennemis.

c( Item de ne donner jamais aucune potion abortive.

ce Item d'exécuter de point en point les ordonnances des médecins, sans y ajouter ou diminuer, eu tant qu'elles seront faites selon Tari.

« Item de désavouer et fuir comme la peste la façon de pratiquer scandaleuse et totalement pernicieuse des charlatans, empiriques et souffleurs d'alchimie', à la grande honte des magistrats qui les tolèrent. Finalement,

1. Ce dernier article reflète la défiance générale qu'inspiraient alors les mystérienses pratiques de l'alchimie. — Le Célèbre procès de la Brinvilliers provoqua plus tard Un redoublenieat de mesures prohibitives.

LE CODEX. 33t

de ne tenir aucune mauvaise et vieille drogue dans ma boutique.

a Le Seignetir me bénisse toujours tant que j'observerai ces choses ! »

Il est à peine nécessaire d'ajouter que depuis la publication du Codex de la Faculté, il fut enjoint aux débitants de tenir chez eux toutes les substances qui y étaient inscrites. Afin d'assurer la bonne qualité des médicaments, il existait au cloître Sainte-Opportune un dépôt centrai, par lequel toutes les marchandises concernant la droguerie, qui entraient dans Paris, devaient passer, avant d'être livrées au commerce. Ekes devaient être exactement visitées et vérifiées par les gardes dans les vingt-quatre heures de leur arrivée. Enfin, les difficultés relatives au commerce, qui pouvaient s'élever entre les maîtres, étaient jugées par un tribunal spédal, composé des anciens du métier ayant passé par les charges, el réunis sur la convocation des gardes.

XlII. Voilà, certe?, eu égard au temps, urte organisation dé la pharmacie, qui laissait peu de chose à dé^ sirer sous le double rapport de la sécurité publique et de l'hounêteté du commerce. Aussi, à part quelques démêlés entre apothicaires et épiciers, dont je h'ai pas à m'occuperici, la corporation avait-elle eu une existence asscÉ prospère, jusqu'à la crise terrible qu'elle eutàtrâ»* verser lors de la querellé de l'antimoine. Cette question ^ qui, pour les médecins, n'était guère que scientifique^ louait ici un tout autre caractère \ elle touchail au tif

les intérêts matériels les plus évidents. Suivant la manière dont elle serait résolue, des existences nombreuses pouvaient se trouver compromises. — On peut demander à un pharmacien la probité, le respect des règlements, à la rigueur même une certaine déférence pour la médecine ; mais il serait par trop injuste d'exiger de lui des sympathies pour un système médical qui se borne à la saignée et à l'eau chaude. Il est aisé de comprendre quelles rumeurs devaient exciter parmi les apothicaires des médecins tels que Guy Patin, qui allaient répétant partout que la médecine la plus simple est la meilleure, que les drogues composées à grands frais ne sont bonnes qu'à ruiner les malades, et quelquefois à les empoisonner. Entre de pareils détracteurs de leur art, et Renaudot qui les comblait de caresses et promettait de leur envoyer des pratiques en foule, les apothicaires ne devaient pas hésiter. Mais en prenant son parti, ils devenaient rebelles, et la Faculté les enveloppait dans ses haines. Une révolte en amène une autre : plusieurs, non contents de cet acte d'indépendance, poussèrent plus loin les choses, et se mirent à donner, eux aussi, des consultations à huis clos. La tentation est si grande, pour qui vend les remèdes, de se mêler aussi de les prescrire! d'autant plus grande, qu'il n'est pas d'abus auquel le public se prête de meilleure grâce, toujours séduit par ces trois grandes raisons, que celui qui débite les médicaments doit mieux les connaître que tout autre; qu'il est plus expéditif d'avoir affaire à un seul qu'à deux ; enfin, et surtout, que la consultation du

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