‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 154 sur 222 · LE MÉDECIN CHARITABLE · texte numérisé non relu

LE MÉDECIN CHARITABLE

muii què les formules où entraient vifigt ou trente sUbiStâncès *; le graud Sydenhâm lui-même ti'a pas échappé à ce défaut. 11 y avait donc là une réforme à faire : tin tel abus avait pour premier incotiYéoietit de dévaliser les malades. Protester, comme on le fit, contre cette manie déplorable, purger une fois pour toutes cette officine d*Augîas, et réduire la thérapetithique à la fameusse devise : Pauca^ sêdsektta et probata remédia^ c'était assurément chose utile et loUablé. Que la réaction dépassât quelquefois les justes Umites, ce n'eôt paâ

1 . Je prends an hasard, comme exemple, la liste des substances entrant dans la composition d*un électuaire que Sennert déclare SOUTerain contre les maladies du cœur (PraaHi medka, )6d9, liv.II):

Émeraude, Gardamome,

Hyacinthe, Roseau aromatique,

Saphir, Nard,

Or et argetit pur en feuilles, Galanga,

Perles, Musc,

Buglosse, Camphre,

Mélisse, Os du cœur de cerf,

Fleurs Û% boiirra6he« Ambre,

Basilic, Corail blanC|

Zédoaire, — rouge,

Lychnis blâtic et rouge, Bois de santal,

Girofle^ Roses,

Bois d'aloès. Oxyde de zinc,

Gingembre, Myrobolan,

Cinnnmome, Terre sigillée.

Vers à soie piles, non torréfiés,

GubèbP, Sucrez le tout.

Veau de-vie blanche de Dresde, dont le môme auteur préconise l'emploi dans les lipothymies ^ ne comprend pas moins lieeent iiit'huit substance^.

là ce qui doit nous surprendre; mais il est regrettable d*avoir à ajouter que cette réforme salutaire, à laquelle Guy Patin eut une grande part, fut entreprise bien moins dans une vue d'utilité publique, que dans le but misérable de porter un coup mortel aux apothicaires. Le Médecin charitable^ qu'on peut considérer comme un manifeste de la Faculté, s'efforçait, à chaque ligne, de démontrer que leur office était absolument inutile, que les bonnes femmes pouvaient aisément y suppléer à peu de frais ; et pour achever la démonstration, il plaçait en regard des tarifs usuels de la pharmacie le prix de revient des substances le plus habituellement employées. La comparaison n'était pas faite pour encourager les acheteurs. — La correspondance de Guy Patin révèle à chaque pas ce plan de campagne. Lui-même avait eu sa part dans la collaboration. Le traité De la Conservation de la santé par un bon régime est entièrement de lui. C'est une œuvre médiocre, et dont il ne se vantait guère» Mais, s'il demandait à ses amis le secret sur ce chapitre, il n'en mettait pas moins d'ardeur à propager le succès de l'ouvrage, et surtout à en recommander l'application. c( Insinuez le séné dans les familles, écrivait-il aux médecins de province; il ne vous faut qu'un an à ruiner tous les apothicaires. » Et il cite l'exemple de Paris : « C'en est fait des apothicaires ; le peuple est lassé de leur tyrannie barbaresque et de leur forfanterie bézoardesque... ils ne trouvent plus guère de besogne que pour les étrangers logés en chambre garnie ; leur métier est si sec que personne n'a envie de s'en mêler

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