‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 190 sur 222 · ÀTTACHSIIBHT DE MOLIÈRE POUR U TRADITION · texte numérisé non relu

ÀTTACHSIIBHT DE MOLIÈRE POUR U TRADITION

n'en sent pas moins chez lui le culte et la pratique de la vieille langue française ; ses modèles, s'il en a, ce sont Rabelais, Montaigne, auxquels il aime à emprunter jusqu'à des archaïsmes faciles à reconnaître. Bien plus, s'il est de son temps une nouveauté qui ait pour elle le privilège de la vogue, c'est bien le langage précieuii ce sont les concettij les fadeurs des raffinés de l'hôtel de Rambouillet ; et cependant il ne craint pas, au risque de mettre contre lui la moitié des beaux esprits, d'attaquer de front cette manière ridicule, pour ramener la langue à sa simplicité primitive. C'est lui-même qui parle, lorsqu'il fait dire à Alceste :

Le méchant goût da stède en eela me fait peur ;

Not pères, tout grouierB, Pavaient beaucoup meilleur !

Pourquoi donc en médecine fait-il tout le contraire? Ah ! c'est quHci la science a ses droits, c'est qu'il sent bien qu'il n'y a pas de doctrine, si ancienne qu'elle soit, qui soit plus respectable que la vérité ; c'est que la /tradition cesse d'être légitime quand elle commence à être la routine ; c'est qu'en un mot la science ne vit qu'à la condition de marcher sans cesse, et que le moment où elle s'arrêtait, croyant avoir dit son dernier mot, était aussi celui où il fallait lui signifier cette loi fatale : ou avancer ou mourir.

Ajoutons que, dans son attachement même aux traditions et à l'esprit de la vieille France, Molière trouve une raison de plus pour s'attaquer de préférence aux médecins; car il ne fait en cela que suivre une des plus

Page 1