LE DOYEN
entre les confrères ; si quelqu'un d'eux a commis une faute grave, la signaler à Tanimadversion de tous, et requérir contre lui les peines disciplinaires, depuis la simple amende jusqu'à l'exclusion : telles sont les principales fonctions du doyen.
Il doit en outre inscrire sur de grands registres appelés Commentaires de la Faculté tous les faits intéressant la corporation, qui se passent pendant le cours de son administration. Ces registres sont de grands infolio reliés en parchemin, qui appartiennent aujourd'hui à la bibliothèque de l'École de médecine, et qui contiennent une foule de documents curieux. Le compte rendu de chaque décanat commence ainsi :
In nomine omnipoteniis Dei Pairis, et Filii et Spirilus sancti. Incipit commentarius rerum in decanaiu ^^* gestarum.
On y trouve, outre le chapitre des comptes de la gestion, la liste des docteurs en vie, celle des réceptions, et des questions proposées aux candidats * ; une notice nécrologique sur les membres décédés; l'exposé des différentes contestations qui ont pu se présenter, etc., etc.
J'en extrais de suite, à titre de spécimen, et comme fidèle peinture de la haute importance attachée au décanat, l'anecdote suivante : En 1663, le plus vieux des
1. La liste de ces questions, rangées par ordre de date, a été publiée» en 4752, par le doyen Baron, et peut donner une trèsbonne idée de Tétat de la science et du mouvement des idées pendant une période de plus de trois siècles.
26 l' ANCIENNE FACULTÉ.
docteurs, ou, comme on disait, Vancten de la cornpagnie, Merlet, qui s'était maintes fois signalé par son zèle contre les ennemis de la Faculté, tomba gravement malade. L'illustre Antoine Morand, alors doyen en fonction, alla lui rendre visite peu de temps avant ses derniers instants. « Maintenant je puis mourir content, puisqu'il m'a été donné de voir une dernière fois le doyen de la Faculté, » s'écria d'une voix défaillante le vieillard. Valot, premier médecin du roi, vint aussi le voir, n tâchait de lui donner de l'espoir : a Je demande à Dieu de tout mon cœur qu'il daigne vous conserver parmi nous, et vous laisser longtemps encore, ô vénérable chef de notre compagnie ! la dignité suprême que vous exercez si bien. » — « Je ne puis souffrir, interrompit le mourant, de pareils hommages. Ancien de l'école, le rang que j'y occupe est fort élevé sans doute, mais il n'est pas le premier. Au doyen seul appartient le pouvoir suprême, et vous n'ignorez pas en quelles dignes mains il est aujourd'hui placé. » Sur quoi Morand ajoute dans sa notice funéraire : « sublime parole ! véritable chant du cygne, de la part d'un homme vraiment sage et doué de toutes les perfections ! Jamais il n'eut de frivoles pensées ; jamais il ne se montra superbe dans la fortune, jamais il ne nourrit dévalues prétentions... Qu'il repose dans la paix du Seigneur ! » 11 est vrai que c'est un doyen qui parle ainsi, et que son témoignage n'est pas tout à fait désintéressé. Mais le trait n'en est pas moins caractéristique* Au dehors, le rôle du doyen ne se bornait pas à cou-