‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 75 sur 222 · LA RÉACTION · texte numérisé non relu

LA RÉACTION

qu'aux novateurs eux-mêmes, ce qu'on allait tirer de leurs découvertes. D'ailleurs, les auxiliaires qui leur venaient en aide n'étaient pas faits pour le rassurer. Que Bartholin, ou tel autre, entreprissent de rayer d'un trait de plume la moitié de la physiologie et de la patho« logie, ce pouvait être une boutade ingénieuse. Mais qu'allait devenir la science, si ces prétentions étaient prises au sérieux ? Le bon sens de Riolan se révoltait contre de pareils excès. N'ayant pas l'étendue de génie nécessaire pour comprendre qu'une vérité bien établie n'est jamais sérieusement mise en péril par une autre vérité, et que la difficulté de les concilier ne prouve que les bornes de notre esprit, il crut de bonne foi que le salut était dans une résistance énergique à toutes les nouveautés; il se rejeta violemment vers le passé, dépensa toutes les ressources de sa dialectique à se tromper lui-même, plutôt que de faire des concessions qui l'eussent entraîné plus loin qu'il ne voulait, et épuisa sa vie dans cette misérable tâche , indigne de son talent. C'est là le caractère de sa controverse. Sans doute, lui aussi fait des expériences, ou plutôt il refait, en les dénaturant, celles qu'on lui oppose. Mais il fait surtout des raisonnements. Toute son argumentation se ramène à une prétendue réduction de l'absurde. Voyez plutôt comment, en parlant de Pecquet, il combat la licence des opinions modernes ^ : si Pecquet a raison, si le chyle

1 . Opuscula anatomica nova, judicium novum de venis lacteii tam mesentericis qtiam thoraciciSf adversus Thomam Bartholinum. 1689.

168 RIOLAN.

ne va pas au foie, celui-ci n'est plus le siège des facultés naturelles, n'est plus chargé de la sanguification. Le voilà donc réduit à l'oisiveté, ou, ce qui est pis, à quelque infime ministère! C'est donc à tort qu'on lui attribue la diarrhée hépatique, la cachexie, l'hydropisie ; c'est \ tort que l'on cherche à combattre ses obstructions et ses engorgements ; Hippocrate et Aristote, qui ont cru à son importance, n'ont donc fait que divaguer!

Mais voici qui est plus grave : le chyle, venant directement de l'intestin, va donc arriver impur, indigeste, non élaboré dans les veines sous-clavières, de là dans le cœur. Le cœur, ce noble siège de la chaleur vitale, n'est plus dès lors qu'une ignoble cuisine, chyli cacabus^ ollaque coquinaria. Que va-t-il faire pour se débarrasser de ce chyle? L'enverra-t-il au poumon par le ventricule droit? il va alors en infecter l'organe de la respiration. Le lancera-t-il dans l'aorte par le ventricule gauche? Ce sera pis encore. Quis sanœ mentis credat solium animœ in suo conclavi culinam corporis exercerez et omnes impuritates alvinœ regionis eo transferri? Riolan voit déjà ce chyle, dont il a tant de peur, pénétrer jusqu'au cerveau par les artères carotides, envahir ce viscère et y compromettre sérieusement la fabrication des esprits animaux. Bref, c'est la vie ellemême, qui serait compromise par le nouveau système... Ergo^ le chyle doit aller au foie comme par le passé.— Et pourtant , le canal thoracique existe ; Riolan l'a vu ; Pecquet le lui a montré. Alors il se perd en hypothèses : peut-être ce canal est-il destiné à îourmv là partie fi-

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