‹ Les médecins au temps de Molière: moeurs, institutions, doctrinesChapitre 93 sur 222 · More iriumphabat, sed decernente senatu · texte numérisé non relu

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Millia sex olim quo duce cœsa forent.

( Uatat-'joie de Vantimoineé)

l'amour malade y DE BENSERADE. 203

de chimie, écrit- il à l'un de ses élèves.» — «Il n'y a pas de danger qu'il en sache jamais un mot! » s'écrie-t-il en parlant d'un autre. Contre les chimistes, contre a leur tyrannie barbaresque et leur forfanterie bézoardesque, » toutes les armes lui sont bonnes. Il ramasse tous les lazzis lancés contre eux dans le feu de la dispute.. Sous sa plume stibium deyient stygium; il n'appelle le vin émétique que vin énétique ou vin hérétique. Mais il se console en pensant a qu'il faut qu'il y ait des hérésies^ afin que les bons soient éprouvés. » Cette hérésie lui tient tellement au cœur, qu'elle vient parfois se mêler de la façon la plus comique à ses épanchements les plus intimes, et aux meilleurs mouvements de son âme. Son ami Belin lui a offert de l'argent pour un service rendu. Il lui répond par cette phrase à peu près intraduisible, en refusant l'argent au nom de l'amitié : c( Quae cum sit res sanctissima, abeat illud metallum, cum stibio^ in perditionem. »

Toutes ces petites maUces épistolaires ne sont pas bien dangereuses. L'antimoine continuait à faire son chemin dans le monde, mais lentement, péniblement; la résistance était opiniâtre. Le public s'intéressait de plus en plus à la lutte. En 1657, il eût été bien difficile de décider à qui resterait la victoire. Cette année-là on vit l'antimoine attaqué directement en pleine cour par Benserade, dans le ballet AqY Amour malade, dansé par le roi en personne.

Ce ballet allégorique a toute la fadeur que comportent et le genre, et l'époque à laquelle il fut représenté.

204 l'amour malade, de benserade.

Deux grands médecins, le Temps et le Dépit ^ ont une consultation sur la maladie dont Amour est affligé, en présence de la Raison qui lui sert de garde-malade. Ils ordonnent pour remède « le divertissement d'un ballet facétieux divisé en dix entrées comme en autant de prises , après chacune desquelles l'un de ces consultants chante quelques vers ; et, le ballet achevé^ Amour confesse aussitôt le soulagement qu'il a reçu. » — Or voici ce qui se dit dans cette consultation.

Le Dépit Ce mal, dont se rit le savant Galien,

Jusqu'à l'extrémité porte souvent les hommes,

Mais n'en fait plus mourir dans le siècle où nous sommes.

De l'antimoine, exprès de ma main préparé,

Y serait, ce me semble, un remède assuré,

Et, chassant de son sein l'humeur qui Tait sa peine,

Ce fâcheux mal d'amour se changerait en haine.

La Raison. Ce ne sera jamais de mon consentement

Que l'on lui fera prendre un tel médicament. Dont la force, nuisible à tout ce qui respire, N'apaise point un mal sans en causer un pire...

Ainsi c'était la Raison qui se chargeait de faire le procès à l'antimoine. Mais l'année suivaute un grand événement venait changer subitement la face des choses.

XIY. Pendant la campagne de 1658, le roi, qui avait alors vingt ans, tomba gravement malade à Mardyck, d'où il fut transporté à Calais. Le Journal de la santé, alors rédigé par Valot, donne une relation détaillée de cette maladie. Il n'y a pas moyen de s'y mé-

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