MÉMOIRE DE M. LE DOCTEUR ANDRIEUX, DE BRIOUDE
NI. Coppée, rapporteur.
Messieurs,
Sous le titre : Des médecins cantonaux ou de circonscription, M. le docteur Andrieux, de Brioude, vous a présenté une série de lettres inédites, adressées à M. Chèvremont, préfet du département de la Haute-Loire.
Notre confrère M. Andrieux a pratiqué successivement la médecine à Paris et à Brioude. Il a vu que si, dans une grande ville, il y a pour les pauvres la ressource des hôpitaux, dans les communes rurales par contre, les malades indigents sont généralement mal soignés. Ilàlous-uous de le dire, ce n’est pas le médecin qu’il faut en accuser. L’auteur trouve les causes de l’abandon presque complet de ces malades, dans l’incurie et l’insouciance des campagnards mêmes.
Quand il nous dépeint le paysan négligeant sa santé, ne soignant pas ses maladies, parce qu’il n’en a pas le loisir, et surtout parce que cela coûte de l’argent, on ne peut méconnaître que trop souvent les choses se passent de celle manière, et cela non seulement en France, mais également en Belgique. Aussi la conclusion à laquelle arrive l’auteur, estelle fondée; c’est la nécessité de créer des médecins que le paysan sait ne pas devoir payer.
L’auteur passe successivement en revue les différents systèmes pour secourir les malades pauvres des campagnes. C’est ainsi qu’il parle des secours en commun et des secours à domicile. Il ne repousse pas l’idée d’établir des hôpitaux et des hospices cantonaux, mais à l’instant il signale l’obstacle insurmontable, contre lequel viennent se heurter les meilleurs projets : la question d’argent. En peu de mots il montre que le système d’hôpitaux proposé par M. Danvin, est trop vaste, et par cela même impraticable. La proposition plus restreinte de M. le comte de Lambel, serait d’une exécution plus facile; mais elle est loin de répondre à toutes les exigences, car elle se réduit à demander des asiles pour les vieillards. Le système présenté naguère par le Bulletin thérapeutique, pèche encore par les difficultés nombreuses qu’il rencontrerait dans la pratique. M. Andrieux finit par rejeter letablissemeut d’hôpitaux et d’hospices; ces asiles, suivant lui, constituent des primes offertes à l’imprévoyance. L’auteur propose la création de médecins gratuits pour les pauvres : ce sont les médecins cantonaux ou de circonscription. Ce système fonctionne depuis cinquante ans dans le département du Bas-Rhin; tout récemment il a été essayé avec succès dans d’autres départements.
Nous ne pouvons suivre l’auteur dans les détails d’administration qu’il donne; nous devons nous borner à dire que les idées fondamentales de son système sont vraies, et que les conclusions, qu’il en déduit, sont logiques. Si jamais un système analogue devait être inauguré en Belgique, nous estimons que le travail de M. le docteur Andrieux pourrait être consulté avec le plus grand fruit. Nous nous plaisons surtout à reconnaître dans ce mémoire une connaissance profonde des besoins de l’humanité, et les inspirations généreuses d’un philanlrophe éclairé.
En rendant hommage au talent distingué de l’auteur, nous regrettons vivement de ne pouvoir vous proposer l’insertion de son travail, en entier, dans vos publications, pour le motif que ces Lettres s’occupent plutôt, surtout les dernières, de questions d’administration et d’intérêt professionnel, que de médecine proprement dite. Mais votre Commission saisit avec empressement une occasion de rendre justice au mérite de l’écrivain, en vous proposant, à l’unanimité, d’inscrire le nom de M. le docteur Andrieux, de Brioude, sur la liste de nos membres correspondants.
Gand, typographie de L. IIebbblvkck.