IMAGINATION
L’imagination est une mémoire exaltée, embellie par le sentiment ; elle ne montre jamais que le côté merveilleux de la nature animée ; par son secours , nous rassemblons les objets qui avaient disparu de notre entendement, et nous leur donnons selon notre volonté les plus agréables formes.
Alibert, Physiologie des Passions.
L’imagination est la mère nourricière, l’agent, la force motrice de tous les membres isolés de l’organisme intellectuel ; elle est comme un pont jeté entre le monde de la matière et le monde de l’intelligence.
Feüchtersleben, Hygiène de l'Ame.
Celui qui naît avec une imagination vive, errante et sans but, et que les parents ne cherchent pas à modérer, a mille chances pour une de voir la folle du logis s’installer en souveraine dans son cerveau, et de subir toute sa vie ses déterminations irréfléchies et volatiles.
Lauveugne, De l’Agonie et de la Mort.
On dit et on répété que l’imagination est la folle du logis. C’est là une idée beaucoup trop exclusive, qu’on doit considérer moins comme une vérité que comme une' saillie. Assurément, il faut se méfier des prestiges de
J’iniâginaiion; il y a de funestes poisons dans sa coupe brillante : mais aussi, quel doux et salutaire breuvage quand la raison en tempère l’ardeur! Distinguons donc, selon la rigueur logique, l’imagination sensée de l’imagination délirante. Corneille, Racine, Pope, Àddison, Métastase, eurent la première; Alfieri, Rousseau, Byron, Zacharie, Werner, furent les victimes de la seconde.
Réveillé-Parise, Physiologie et Hygiène des Hommes livrés aux travaux de l’esprit.
Puisque l’imagination peut devenir la folle du logis, le jugement devrait toujours en être le mentor.
Pescüret, La Médecine des Passions.
Parce que dans son vol l’imagination s’est parfois égarée, devons-nous mépriser ses vues hardies, ses vives lumières ?
Réveillé-Parise, Etudes de l'Homme.
La véritable imagination doit être considérée comme un sens moral exquis, qui fait voir au delà de la portée ordinaire, qui donne une grande impulsion à l’intelligence, une sorte de pénétration intuitive, par cela même, le pressentiment de la vérité à venir, des choses accomplies et des choses possibles; c’est, pour ainsi dire, une seconde vue qui, dans beaucoup de cas, peut être considérée comme le sens intime du vrai, fmaginer, c’est en effet voir les types non pas des objets à créer, car la vérité est de toute éternité, mais à découvrir les phénomènes de la nature.
Le môme, ibid.
On dirait que l’imagination est la force du Créateur
18ü LUS MÉDECINS MORALISTES.
prêtée pour un instant à la créature ; l’homme la reçoit, il
ne la mesure pas, elle est en lui, elle n’est pas à lui.
Le même, ibid.
L’imagination a son domaine en dehors du monde réel; de l’exercice régulier ou irrégulier de cette faculté capricieuse, dépendent le bonheur et le malheur de la vie humaine.
Feuchtersleben, Hygiène de L'Ame.
Puisque l’imagination n’est que le côté rêveur de la faculté de sentir, puisqu’elle est féminine de sa nature, elle ne doit jamais, si elle veut être utile, oublier son caractère essentiellement passif. C’est le feu de Vesta, dont la douce flamme, entretenue avec un soin jaloux, porte la lumière et la vie, mais qui, une fois déchaînée, dévore tout sur son passage.
Le même, ibid.