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Les médecins statisticiens devant la question homoeopathique

Le livre de M. Tessier â^mrs-Teir^^d émoi le publie mér dical de Pdris. Dans la situation actuelle des esprits sur la réforme hahnemannienne, il ne pouvait en être autrement. L'impartialité et la bonne foi des uns l'ont accueilli comme une épreuve décisive en faveur de cette réforme, ou, du moins, comme une œuvre consciencieuse et d'une gravité extrême ; l'ignorance ou le préjugé des autres l'ont repoussé d'instinct ou de parti pris. Les indififérents l'ont laissé passer en silence; les intolérants l'ont flétri comme un scandale. Quant à cette classe d'esprits qu'il est de mode, de no^, jours, d'appeler consciencieux et sévères, qui croient l'être en réalité, à force d'abriter leurs noms et leurs travaux derrière ces deux titres, attaqués directement dans les principes et la méthode qu'ils ont cherché à imposer comme les colonnes d'Hercule

(1) Journal l'Union médicale,, u. des 25, 29 juin et 9, 25, 25 juillet 1850.

['z] Recherches cliniques et expérimentales sur le traitement de la pneumonie et dit choléra, suivant la m-éthode de Hahnemann. Paris, Baillière, 1850.

aux limites de la science moderne, leur silence eût pu passer pour l'aveu d une défaite ou d'un accueil favorable fait à la brochure entière de M. Tessier. Ils se sont donc fait un devoir d'y répondre, et, partant, d'entamer une controverse sur la doctrine et les faits purement cliniques de ce livre.

Au nom de l'école dite des Numérisles, dont il est un des représentants les plus considérables, M. Valleix s'est chargé d'ouvrir la discussion et de formuler la critique.

Au nom de la réforme de Hahnemann, que nous croyons une œuvre sérieuse et le point de départ d'une ère nouvelle pour la matière médicale et la thérapeutique, nous venons, à notre tour, dans la mesure de nos forces, et malgré notre insuffisance, soutenir ce débat et défendre le travail de M. Tessier, notre maître.

M Valleix est un homme connu en médecine par son talent, sa position et les services réels qu'il a rendus à la science. Son nom et ses antécédents, ses lumières et sa probité scientifique jusqu'ici sans conteste, nous avaient fait espérer de lui une .discussion sérieuse, approfondie, loyale. Mais, force nous est de l'avouer tout d'abord, sans restriction et sans détour, nous nous étions étrangement abusé; et si jamais désappointement fut complet et sans mesure, c'est bien le noire, après la lecture de sa prétendue réfutation.

Sa critique, en effet, n'est, dans le fond et dans la forme, que l'expression du préjugé et de la passion, deux choses qu'on regrette toujours, pour ne pas dire plus, de voir entrer dans le domaine de la bonne foi, de la raison et de la vérité. A défaut d'arguments sérieux et d'une polémique conduite avec mesure et avec science, il ne nous a offert qu'un incohérent asseuiblage^'asserlions gratuites, de fins de non recevoir, d'erreurs médicales grossières, de faits dénaturés, d'opinions faussées ; le tout orné et embelli d'injures à l'adresse des disciples de Hahnemann, et d'insinuations calculées à celle de son collègue, contre lequel il s'est permis des excès dont il doit avoir aujourd'hui sans doute le plus grand regret.

Ce jugement préalable pourra paraître très-sévère ; le public médical jugera s'il est fondé. C'est là tout ce qui importe

à l'intérêt de la vérité scientifique, le seul dont il convienne de se préoccuper. En médecine, comme en toute autre science, les hommes, leurs préjugés et leurs passions ne comptent pas ; les principes, la vérité et la raison y sont tout. Ceux-là seuls la servent dignement, qui, abjurant ces préjugés et foisanl taire ces passions, mettent à son service tout ce qu'ils ont de bonne foi, d'mtelligence et de savoir. Hors de là, on est fatalement réduit à se faire soi-n.ême et le point de départ et le terme de la vérité ; puis, pour défendre cette situation purement personnelle, on se crée une logique d'expédients, et l'on fait de iargumenlation de circonstance.

Telle a été l'attaque de M. Valleix. Pour le prouver, il suffirait de citer les principaux arguments de sa critique, et d'en signaler l'esprit et le caractère général. C'est tout ce qu'il faudrait pour faire apprécier aux lecteurs la nature de sa controverse. Mais nous comprenons autrement que lui les devoirs de la polémique dans un problème de science. -Nous allons d'abord discuter sa thèse par le côté le plus sérieux qu'elle puisse offrir, en respectant intégralement toute la série de ses arguments. Quant aux fables inventées pour infirmer des résultais qu'il ne pouvait combattre scienlifiquement, notre réponse sera ce que M. Valleix a voulu qu'elle fût. Par l'un et l'autre genre d'argumentation, nous espérons clairement démontrer que sa science et sa dignité se sont brisées contre le livre de son collègue, et, partant, contre la réforme de Hahnemann, à laquelle il aspirait surtout, disait-il, de couper court.

Question de doctrine. ■— L'homœopathie est-elle absurde?— Peut-elle être proscrite à priori?— Solution de M. Tessier. — Opinion de M. Valleix.

Tout le monde sait qu'il n'a pas tenu à l'école des observateurs consciencieux et métliodtqiies que la vérification clinique de la méthode de lîahnemann ne fût proscrite administrative-

ment dans les hôpitaux de Paris. L'acharnement de leurs efforts et leurs violences de toutes sortes pour empêcher la discussion scienliBque et l'examen de cette doctrine par les faits, n'ont acquis qu'une notoriété trop malheureuse pour la dignité de notre art et le respect de l'autorité des maîtres en médecine. Quelle croyance, en effet, peut-on avoir à la sincérité de ces professions de foi absolues envers l'observation, comme le seul critérium de la vérité médicale, quand les apô* très de cette observation donnent au monde le spectacle affligeant de cette contradiction entre leurs principes et leur conduite, entre leurs paroles et leurs actes? Si la nature humaine n'était là , avec ses préjugés et ses passions, pour l'expliquer, il serait impossible de comprendre une si monstrueuse inconséquence. Mais non, les numéristes ont été logiques dans leurs procédés. Infaillibles par nature, tout ce qui n'est pas vérité en eux et par eux n'est digne que de mépris et de dédain ; donc pas de discussion : à priori, sans examen et sans motif, Hahnemann et ses disciples sont absurdes ; donc, proscription de leurs théories. Possesseurs exclusifs de la vraie méthode d'observation, nul autre qu'eux n'a le droit de la pratiquer : donc, au nom de cette propriété privilégiée, ils dénieront, par la force et par la contrainte, ce droit de vérifier la vérité ou l'erreur d'une idée ou d'un fait qui ne soient pas leur fait ou leur idée. Stat pro ratione volunias.

Heureusement pour l'honneur et l'intérêt de la pratique do notre art, noblement fidèle à sa tradition de respect pour la liberté médicale, l'administration des hôpitaux de Paris refusa de s'associer à ce déni monstrueux de justice scientifique, et de le consacrer par la contrainte. Ce ferme appui prêté par elle, dans cette circonstance, à la liberté d'examen, sera sa gloire, comme il sera la honte de ces aveugles promoteurs de l'intolérance et de l'a proscription de parti pris. La réforme de Hahnemann put donc être soumise au contrôle de l'observation et de l'expérience, et jouir ainsi, pour la première fois, du droit commun de toute idée à une vérification publique.

Or, dans cette réforme, comme en tout autre problème de médecine, il y a deux choses : l'idée, ou le principe nouvea»

qui la constitue; et puis l'application ou les faits par lesquels on en contrôle la réalité et la valeur pratiques. En d'autres termes, il y a la partie doctrinale et la partie expérimentale; et, par conséquent, deux procédés logiques, fort distincts, correspondant à ces deux points de vue du problème, et en vertu desquels on affirme sa solution vraie ou fausse. En homme logique, M. Tessier, avant de rejeter la doctrine, a voulu l'examiner ; avant de nier les faits qu'il entendait proclamer de toutes parts, il a voulu les vérifier. Ce sont, et cet examen et cette vérification expérimentale, qu'il a soumis à la méditation de ses confrères dans le livre qu'il a publié.

Une question première était donc à résoudre. La doctrine de Habnemann ayant été, jusqu'ici, toujours proscrite, parce que toujours on la décrétait d'absurdité à priori et par intuition, M. Tessier s'est, tout d'abord, posé ce preaiier théorème : « L'homœopalhie est-elle, oui ou non, à priori, une absurdité? « A la solution de ce problème, il a consacré la préface du livre, véritable chef-d'œuvre d'exposition lumineuse, de discussion élevée, toute-puissante d'intelligence et de logique, comme il convient à toute question de principes qu'on veut traiter avec conscience. Pour être jugée à sa valeur, cette préface doit être lue et méditée. Une analyse de critique ne peut qu'en amoindrir les proportions, et donner une idée fort incomplète du degré de précision et d'argumentation vigoareuse que l'auteur y a déployé.

Toutefois, on nous pardonnerai d'en esquisser l'économie avec quelques détails, et d'en citer quelques passages importants. C'est le moyen le plus propre à poser nettement les points en litige et les questions à résoudre, à faire ressortir le rôle respectif des deux adversaires, enfin à caractériser la valeur de leur argumentation réciproque.

« Toutes les objections se réduisent donc, dit M. Tessier, à une seule affirmation : iliomœopnthie est une absurdité. Le reste est de la déclamation pure ; c'est affaire de littérature désagréable à l'usage des esprits vulgaires. Nous allons doue examiner la question de savoir si la méthode thérapeutique de Hahnemann est ou n'est point absurde.

« On ne peut, en effet, poser le problème autrement sur le terrain de la théorie. Celle-ci ne peut nous en apprendre davantage. L'expérience, ou, comme on dit aujourd'hui, la pratique, permet seule de déterminer le degré d'ulilité d'une méthode. Ainsi leur rôle respectif est bien précis ; l'étude théorique nous montre si une doctrine est conforme au bon sens médical, d'une part ; d'autre part, l'étude clinique et expéri» mentale, appuyée sur ce premier résultat, procède à la détermination de la valeur pratique de celte doctrine. On n'a jamais fait autrement en médecine, et ceux qui, de nos jours, repoussent comme insensée la pratique de l'homœopathie, ont condamné d'avance dans leur esprit, et d'après une appréciation théorique, la doctrine de Samuel llahnemann. Nous allons donc suivre la marche qu'ils ont suivie eux-mêmes, seulement en nous tenant en garde contre les préjugés et les passions, conmie ils auraient dû le faire, afin de rester dans la voie scientifique.

« La doctrine de Samuel Hahnemann a la prétention de constituer une réforme générale de la thérapeutique; donc elle doit donner une solution nouvelle des questions fondamentales en thérapeutique. Or, ces questions fondamentales sont :

« -i ** La détermination scientifique des propriétés des agents extérieurs appelés médicaments ;

« 2° La classification de ces agents ;

« 5" La manière de poser les indications;

a A"* La manière de remplir les indications posées.

« La thérapeutique n'étant autre chose que la science des indications des médications et de leurs rapports, il est évident que les quatre questions comprennent toute cette science. »

A la première de ces questions, voici la solution donnée par Hahnemann. « Le fondement de la thérapeutique étant la connaissance du mal à guérir d une part, et de l'autre celle du remède, la première condition pour obtenir catégoriquement cette dernière, c'est de déteni.iner par rexpérience les effets constants que chaque agent produit sur l'organisme sain Pour étudier ces effets spéciaux et caractéristiques de

chaque substance, celle-ci ne doit être mêlée à aucune autre, sans quoi on ne saurait à laquelle attribuer les phénomènes produits. — Les expérimentations doivent être faites sur des sujets de sexe, d'âge, de tempérament différents, en tenant compte des circonstances accessoires qui peuvent exercer une influence quelconque. Il faut noter dayis chacune, non-seulement tous les phénomènes produits,, mais encore leur ordre de succession, leur forme, leur durée, leur localisation spéciale sur tel système ou tel organe. — Tel est, en abrégé, le point de départ de Hahnemann j telles sont les règles à suivre qu'il indique pour fonder une matière médicale régulière. Où est donc l'absurdité dans ce principe et ce procédé d'expérimentation ? »

M. Valleix n'en dit rien.

Quant à la classification des agents thérapeutiques, il n'est si mince praticien qui ne sache que d'Hippocrate à nos jours, à travers toute la tradition médicale, elle n'a jamais reposé que sur l'arbitraire et la confusion. « Hahnemann, dit M. Tessier, fit de la principale classification traditionnelle une critique passionnée, mais en même temps très-juste, en montrant que presque tout médicament pouvait entrer dans la plupart des genres et des classes ; et que, d'un autre côté, il possédait des propriétés non déterminées dans ces diverses catégories d'effets médicamenteux. »

A l'exemple de Murray, Hahnemann a suivi la division en trois règnes, empruntée à l'histoire naturelle (règne minéral, végétal, animal), et, pour chacun de ces règnes, l'ordre purement alphabétique des substances.

Où donc encore trouve-t-on de l'absurdité dans une telle division?

M. Valleix n'en dit rien.

Passons aux sources des indications. « Ce qui distingue le médecin de l'empirique, dit M. Tessier, c'est que ce dernier traite les malades saus se rendre compte de ce qu'il fait, tandis que le premier n'agit point sans un motif. L'indication, en effet, suivant Galien, est l'évidence de ce qui commande l'intervention de l'art. Aussi la méthode des indications est-elle

la méthode traditionnelle, celle des grands médecins de tous les temps et de tous les pays. Quiconque s'en écarte, par présomption ou par ignorance, tombe rapidement dans une routine aveugle, ou dans un scepticisme sans honneur, parce qu'il est sans excuse.

« Hahnemann pose , comme indication , l'ensemble des symptômes que présente la maladie.

« On peut reprocher à cetîe méthode d'être trop absolue et en même temps d'être incomplète... »

Mais en quoi et pourquoi est-elle absurde?

M. Valleix n'en dit rien.

Enfin, « pour remplir une indication, il faut avoir établi un hen ou un rapport entre l'indication et la médication; ensuite on doit procéder à l'application du moyen indiqué. »»

Hahnemann proclama le choixde ce moyen etde cette application comme une vérité purement empirique, et la formula dans ce principe expérimental, pur résultat de l'observation: similia similibus curantur. « Que peut signifier cette formule, si ce n'ast que les médicaments guérissent les phénomènes morbides semblables aux phénomènes produits par ces mêmes médicaments sur l'homme sain? Rien de plus clair et de plus simple que cette pensée. C'est une forme générale qui établit d'une manière précise le rapport des indications aux médications positives. Ainsi exprimée, cette loi de similitude est vraie ou fausse, mais elle est claire ; elle offre aux discussions et aux vérifications cliniques et expérimentales un terrain précis. »

Où sont, encore une fois, et l'extravagance et l'absurdité?

M. Valleix n'en dit rien.

Si la méthode hahnemannienne, dans la solution nouvelle qu'elle appoi'te à ces questions fondamentales de toute thérapeutique, n'offre aucun des caractères d'absurdité dont on la gratifie chaque jour si généreusement, comment justifier la répulsion dont on la frappe?

En présence de cette exposition catégorique qui précise si nettement le seul et vrai problème à discuter, puisqu'il constitue le fondement réel de la doctrine, M. Valleix la passe sous

silence. Sa critique n'en fait nulle mention et la réfute moins encore. « C'est, dit-il, une série d'arguments qu'il serait facile de réfuter. » Puis il passe outre, et tout est dit. Le procédé, comme on voit, est très-commode assurément. Il est à la portée de toutes les intentions et de tous les esprits. C'est seulement dommage qu'il ne prouve rien, et qu'il soit le fait d'un observateur consciencieux et méthodique.

Mais à ce dernier principe expérimental de la similitude que Hahnemann avait posé comme la pierre angulaire de sa médication rationnelle, se rattache étroitement une question secondaire, celle des doses et de leur action. Dès le début de sa découverte, le grand réformateur, en s'efforçant de prouver la vérité du principe par les faits, remarqua qu'en opposant un agent approprié à la maladie naturelle, toutes les fois que le remède était convenable, à doses ordinaires, il déterminait une aggravation des symptômes. Dans la crainte d'un danger, il atténua les doses. Les effets thérapeutiques persistant, malgré ces atténuations, il arriva par degrés aux dilutions, et c'est ainsi qu'il aboutit à la posologie nouvelle. Aux objections sans nombre qu'elle souleva sur la possibilité d'action de ces infinitésimaux, il répondit par les faits, et là il demeura invincible; mais, plus tard, il voulut la justifier par la théorie de la dynamisalion, et là commença ce singulier amalgame de vérités et d'erreurs, de réalités et d'exagérations sur lesquelles ses détracteurs passionnés s'appuyèrent pour démontrer l'absurdité et le mysticisme de la doctrine tout entière.

Toujours est-il que Hahnemann ne conçut pas d'emblée et à priori cette action des doses atténuées et qu'il y fut conduit par l'observation. Toujours est-il que, par des faits sans nombre, il mit leur efficacité hors de doute, et que tous ceux qui, après lui, en ont appelé à de sérieuses expériences, ont confirmé ces résultats. Dégagée de toute théorie, cette question, qui fut toujours le point de mire des détracteurs de Ihomœopathie, se réduit à ces deux points: F Jusqu'à quel degré une partie quelconque d'un médicament peut-elle être divisée et produire une action? 2» comment cette partie ainsi divisée se comporte- t-elle à l'égard de l'organisme? 11 est évident que

leur solution ne peut être fournie que par l'expérimentation physiologique ou pathologique.

Or, les faits qui démontrent la persistance d'action de beau coup de substances à travers les divisions où la raison humaine a tant de peine à les poursuivre, sont, d'après les homœopathes, tellement nombreux et précis, qu'ils forcent l'adhésion. Ces faits et ces observations sont-ils vrais, oui ou non? chacun peut-il cliniquement en contrôler la valeur? Voilà tout le problème à résoudre. En quoi et pourquoi est-il donc absurde ? Et que répond M. Valleix à cet appel au contrôle des faits et de l'observation la plus vulgaire ? Ce qu'il répond : « C'est une rêverie... » Et il passe outre. C'est encore là un procédé logique très-commode. Mais on peut mettre à prononcer une telle sentence le laconisme le plus dédaigneux, l'aplomb le plus superbe et le plus magnifique sangfroid, il n'en résultera jamais qu'un expédient à l'usage des observateurs consciencieux et méthodiques.

Donc, jusqu'ici, la tâche de M. Valleix n'a pas été fort difficile. Le silence systématique et complet dont il a couvert l'argumentation de M. Tessier n'est un modèle ni de logique, ni de bonne foi; et il a eu grand tort de prétendre à couper court à la contagion des illusions et des rêveries halinemanniennes, en n'opposant à cette contagion que des préservatifs scientifiques de cette nature et de cette énergie.

Ce n'est pas du tout. Non content d'avoir ainsi échappé à la seule discussion importante, M. Valleix va plus loin dans sa méthode de réfutation facile. Après l'avoir tronquée , il amoindrit et déplace la thèse de son adversaire. Il la présente à ses lecteurs non comme reposant sur cette argumentation première que nous venons d'exposer, mais comme n'ayant pour appui et pour base que des considérations extrinsèques à l'essence de la question, et que M. Tessier n'ajoute qu'à ce titre à ses premiers arguments, les seuls directs, les seuls catégoriques.

Voici comment :

Par l'examen réfléchi des solutions nouvelles qu'elle fournit aux questions de la thérapeutique, M. Tessier avait prouvé

que la doctrine de Hahoemann ne présentait à priori aucune absurdilé. Il pouvait fermer là toute discussion. C'était plus qu'il n'en fallait pour légitimer le droit de tout pathologisle à la vérifier cliniquement. Mais, ne voulant laisser aucun refuge au préjugé ou à la prévention, il pose et réfute à sa manière les considérations extrinsèques à la formule de la doctrine en elle-même, et qui, sous forme d'objections, ont pu sèrArir de prétexte à la proscription de toute vérification expérimentale. Ces objections, d'après lui, se résument sous trois chefs principaux : l'étrangeté et l'invraisemblance des idées et des faits avancés par Hahnemann ; ses erreurs, ses contradictions et ses lacunes ; enfin la forme logique dont il a revêtu ses idées, la forme de doctrine et de théorie ; ce qui constitue son plus grand crime aux yeux de Vécole positive qui domine aujourd'hui en médecine, et qui proclame que toute vérité est dans les faits additionnés et comptés.

« Or, dit avec raison M. Tessier, c'est le sort de toutes les grandes découvertes d'être étranges et invraisemblables à l'heure de leur apparition. En médecine, ce fut celui de l'anatomie, de la circulation du sang, du quinquina, de l'antimoine, de la saignée, de la vaccine, et, de nos jours encore,

de l'auscultalion, etc » Ces découvertes sont étranges,

parce qu'avant leur apparition elles étaient inconnues ; elles sont invraisemblables, parce que, étrangères à l'ordre des croyances établies, elles rompent l'habitude des idées régnantes et l'ordre logique des méthodes et des principes accrédités. Mais, de celte impression naturelle d'invraisemblance qui peut excuser une hésitation première, conclure à une répulsion et une négation absolues, ce n'est et ne sera jamais permis à la logique d'un savant.

Quant aux erreurs et aux contradictions, Hahnemann en a commis beaucoup et de bien grandes ; qui le nie? Mais n'est-ce pas le sort commun à toutes les vérités de ce monde de ne jamais naître et se développer pures de tout mélange? Et, en médecine, quels sont donc ou le livre ou l'auteur qui n'en fourmillent ? D'ailleurs , qui a signalé et réfuté ces erreurs du fondateur del'homœopathie? Ses détracteurs? Non,

car ils n'en ont jamais fait mention. Ses élèves? Oui , et chose étrange ! à rencontre du spectacle ofifert par le progrès de toutes les doctrines, à rencontre surtout de^ l'exemple offert par telle secte médicale de nos jours, loin de languir servilement dans la naïve admiration du maître, ils l'ont tous attaqué et combattu avec cette indépendance et ce courage que la possession de la vérité peut seul inspirer. Ces erreurs ne sont donc pas un motif légitime de répulsion.

Le troisième motif a reçu, sous la plume de M. Tessier, de trop longs développements pour que nous puissions même l'analyser. Il forme le sujet de Y introduction de la brochure. Gomme l'école des statisticiens et des numéristes Si proscrit avec plus d'aveuglement et de fureur que toute autre les recherches cliniques sur la valeur pratique des idées de Hahneinann, il importait par-dessus tout de discuter ses titres à ce droit absolu de proscription. L'auteur a disséqué pièce à pièce et mis à nu ces prétentions à se déclarer elle-même l'observation incarnée, l'observation scientifique^ et la négation, comme vérité, de tout ce qui n'est pas elle et par elle. Il a instruit en règle le procès de cette école, et il est fort à craindre qu'elle ne se relève jamais des coups qu'il lui a portés. Après avoir démontré que sa prétendue réforme est une utopie et la négation pure et simple de l'art médical, M. Tessier conclut qu'elle est fort mal venue à proscrire toute théorie du domaine de la science et de l'observation, lorsqu'elle a ellemême des titres aussi négatifs à y occuper une place.

Ce complément donné par M. Tessier à son examen des principes et de la méthode de Hahnemann, considérés en eux-mêmes, avait sans doute un haut degré d'importance et de valeur ; mais enfin , ce n'était qu'une importance secondaire et une valeur de complément.

Or, savez-vous comment M. Valleix comprend les devoirs de la critique et les remplit avec sincérité? Non content, comme je l'ai déjà dit, d'éviter avec méthode les points fondamentaux de la discussion, il essaye, avec non moins de gravité et de conscience, de démontrer à ses lecteurs que toute la thèse de son rival se résume dans ce hors-d'œuvre de con-

sidérations et d'objections. Puis il se met en mesure de leur opposer des considérations à lui propres. Les voici tout entières :

u Comment admettre, dit-il, que les doses de Hahnemann ne sont pas sans analogie dans la nature? Quel est le fait qui le prouve? Est-ce l'aclron des virus? celle des miasmes?... Mais les miasmes et les virus donnent aux véhicules qui les renferment des qualités particulières ; mais il faut une quantité infiniment plus considérable de ces matières que ne le comportent les prescriptions homœopathiques... «

De sorte que, selon M. Valleix, les preuves de l'action des doses infinitésimales ne reposent pas sur les faits cliniques précis, authentiques, comme le proclament tous ceux qui ont expérimenté sérieusement, mais sur l'analogie des substances diluées avec les virus et les miasmes. Quelle dérision (J) !

« M. Tessier, continue-t-il, ne veut pas qu'on repousse le système de Hahnemann à priori; nous disons, nous, qu'il est des erreurs tellement évidentes, qu'on peut, sans être un esprit faible, les repousser à priori ^ et la méthode de Hahnemann est dans ce cas. Si on vient à vanter à M. Tessier les merveilles du somnambulisme, de la seconde vue, se croirat-il obligé de se hvrer à une longue expérimentation, avant de dire que tout cela est absurde et très absurde?

« Il se plaint de l'esprit de notre époque qui repousse les théories... Non, il n'est pas exact de dire qu'on les repousse systématiquement... Les innovations, on les aime aujourd'hui comme on les a toujours aimées. Mais^ si l'homme a un penchant invincible pour le mensonge, il est encore des limites qu'il ne franchit pas, et l'homoeopathie est au delà de ces limites...

« Nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire de nous arrêter plus longtemps aux arguments que M. Tessier a jugé à propos

(4) Notons en passant que M. Valleix considère les miasmes et les virus comme àesêtres concrets, et, parlant, comme mensurables et divisibles. D'une qualité, d'une propriété spéciale à certains produits morbides ou à des agents naturels, il fait une substance. L'hypothèse ne lui inspire pas une répugnance aussi absolue qu'il veut bien le dire, surtout quand il la prend à son service. Plus loin, elle va faire les principaux frais de sa critique.

— -18 ^ de nous donner pour nous prouver, à priori^ que la méthode de Hahneraann n'est pas absurde. Des arguments ! des raisonnemenls! qui est-ce qui n'en a pas à son service? Est-ce que les astrologues, les sorciers et les nécromanciens n'en avaient pas? etc. Tous ces discours nous touchent donc trèspeu, et il faut aller au fait. Si l'expérience prouve que Thomœopathie réussit, vous n'avez pas besoin de vous donner tant de mal pour chercher à nous démontrer que la méthode n'est point absurde. Elle réussit, il suffit. Si elle ne réussit pas, à quoi servent tous les raisonnements? — Pressés que nous sommes d'arriver à la partie clinique de l'ouvrage, nous n'insisterons pas davantage sur ces préliminaires de médiocre intérêt. »

C'est là toute l'argumentation de M. Valleix dans son élévation, sa rigueur et sa puissance. Que le lecteur juge maintenant et compare.

On conviendra qu'il faut s'armer d'un grand courage pour que la plume ne tombe pas des mains à transcrire des facéties pareilles, et qu'elle ne les frappe pas du seul nom qui leur convienne. Et c'est un homme sensé, un esprit sérieux, un observateur soi-disant consciencieux et méthodique, qui a pu s'oublier au point de descendre si bas dans son rôle de critique I

N'insistons pas plus longtemps sur ces préliminaires de médiocre intérêt. D'un côté, nous avons vu un appel à la discussion calme et loyale ; de l'autre une réponse de fauxfuyants; ici une exposition large, élevée, réfléchie; là une critique altérée d'expédients et de graves puérihtés. L'un discute et proclame dignement ce qu'il croit être la vérité ; l'autre déclame, injurie et bafoue.

Qu'y a-t-il d'étonnant? M. Valleix ne croit pas à la raison humaine! Ne vous l'a-t-il pas dit : « Des arguments I des raisonnements I eh 1 qui donc n'en a pas à son service ? » Donc anathème à la raison ! C'est l'arme des magnétiseurs, des nécromanciens et des sorciers! Comment voulez-vous qu'il se compromette à faire usage de pareils instruments ? Des fins de non-recevoir, des assertions gratuites, quelques méchantes

épîgrarames, ahl parlez-nous de cela ! c'est là la, vraie logique et la vraie science! Avec cela vous lui parlez théorie et doctrine, il vous répond : rêverie et absurdité ! Vous lui parlez observations, fails cliniques, expérience, il vous répond : mes faits, mon expérience, mon observation! à la bonne heure! mais les vôtres! erreurs, absurdités! — Mais n'anticipons pas sur la discussion ultérieure, et concluons sur cette première question.

De l'examen comparatif des thèses opposées de MM. Tes^ sier et Valleix , il résulte clairement : ]° que, jusqu'à preuve du contraire, M. Tessier a péremptoirement démontré la nonabsurdité, à priori^ de la doctrine de Hahnemann ; 2° que M. Valleix, sans examen, sans raisons et sans preuves j persiste à la déclarer absurde et indigne d'occuper un instant l'attention d'un esprit sérieux.

Pour arriver à ces conclusions, il n'a fallu ni se perdre dans les abstractions, ni se hérisser de syllogismes, deux choses qui inspirent un si profond dégoût à M. Valleix ; il a suffi de constater et de comparer. Nous n'avons pu, cependant, nous empêcher entièretnent de raisonner, au risque d'èlre mis par M. Valleix au rang des astrologues et des sorciers. On conviendra pourtant qu'il n'est pas besoin d'être réputé l'un ou l'autre pour lui signaler la cause réelle de son impuissance et le mobile de sa conduite; c'est que, placé systématiquement sous le point de vue exclusif de ses croyances scientifiques, il a pris ces croyances pour terme unique de comparaison ; et il a eu besoin de nier ce qu'il ignorait, parce que cela troublait l'ordre étabU de ses idées.

Donc M. Valleix ne sait rien et ne veut rien savoir de la doctrine de Hahnemann. Mais si, au heu de tant la dédaigner, il s'était donné la peine de l'étudier un peu, sans l'adopter peut être, il en eût parlé tout autrement; sa critique, du moins, y eût tout gagné, au lieu d'y tout perdre. Il n'a donc parfaitement prouvé qu'une chose, c'est qu'il crvîi croire que rhomœopathie est absurde, étant certain pourtant au fond qiiil nen sait rien, et qu'il n'a le droit d'en rien dire.

Résultats cliniques de l'application de l'homœopathie au traitement de la pneumonie par M. Tessier. — Critique de M. Vaileix; énoncé de sa thèse.

Pour réfuter une doctrine, le premier devoir d'un crilique, c'est de la posséder à fond. Pour avoir droit de la rejeter comme absurde, la première condition, c'est au moins d'avoir signalé ce qui, dans ses principes ou sa méthode, répugne irrésistiblement à la raison humaine. M. Vaileix, ignorant de tout point et méprisant à pi^iori celle de Hahnemann , n'a pu porter sur sa valeur qu'une condamnation gratuite. Envers et contre cette proscription sans motif, elle demeure donc parfaitement intacte au sein de sa formule théorique, et la logique médicale, loin de la déclarer un long tissu de rêveries et d'illusions, l'accepte et la proclame digne d'égards et d'examen.

Mais, dans toute science qui, comme la médecine, est en même temps, par sa constitution et sa nature, un art, une pratique, une réalisation, ce n'est pas tout qu'une réforme soit démontrée théoriquement légitime et possible. Reléguée dans le domaine pur de la spéculation, si conforme à la raison qu'elle puisse y paraître, toute vérité y demeurerait éternellement un idéal plus ou moins brillant et hardi ; mais enfin ce ne serait toujours qu'une abstraction sans portée, une spéculation sans importance, si elle ne pouvait pas descendre de cette région de la théorie sur le terrain de l'application pratique. Pour être médicale, il faut qu'à l'expérience elle donne des résultats précis, qu'à la pratique elle se montre efQcace et utile; il faut que, selon le mot de Bacon, elle porte ses fruits, qu'elle réalise un progrès, qu'elle enrichisse l'art d'une découverte importante comme elle a ouvert à la science pure une voie nouvelle. En médecine, ces deux caractères de la vérité sont indissolubles; ils y sont corrélatifs, complémentaires l'un de l'autre, et se donnent mutuellement leur signification et leur valeur.

Or, la réforme thérapeutique de Hahnemann, conforme à la raison en théorie, est-elle vraie en pratique? Mise au contact des faits, fournit-elle des résultats? Vérifiée par l'expérience, appliquée au lit du malade, est-elle utile, est-elle efficace? Tel est le problème le plus important à résoudre, et dont la solution est la plus décisive pour la détermination de la valeur thérapeutique de la nouvelle doctrine.

Fort de son droit et de son courage, et malgré les petites tempêtes que la passion souleva, dit-il, autour de lui, M. Tessier s'est livré publiquement à ces recherches cliniques; et c'est leur résultat authentique, précis, vérifiable dans deux maladies sérieuses, qu'il expose au public dans son livre.

Il a choisi tout d'abord une maladie à caractères tranchés, à marche connue, d'un diagnostic facile et d'une gravité sanctionnée par toute la tradition médicale et l'expérience universelle de tous les cliniciens ; nous voulons dire la pneumonie. C'était, comme on le voit, se placer hardiment sur un terrain propre à asseoir un jugement régulier j c'était soumettre l'homœopathie à une épreuve décisive. Depuis trois ans, M. Tessier n'a traité toutes les pneumonies reçues dans son service que par des doses infinitésimales ; et le résultat général de cette vérification, c'est que toutes celles qui sont entrées avant la suppuration du poumon, ont été guéries. Le livre que nous analysons et qui contient le procès-verbal de ces premières recherches, renferme 4-1 observations, dont 58 guérisons et 5 morts. Deux de ces dernières sont entrées à l'agonie de la suppuration , et doivent, par conséquent, demeurer en dehors d'une discussion consciencieuse. Quant à la troisième, elle n'a pas été exclusivement traitée par la méthode de Hahnemann. Elles seront plus loin l'objet de considérations particulières .

Au reste, en publiant les premiers résultats de cette vérification expérimentale dont les recherches ultérieures ont donné la confirmation constante, M. Tessier observe qu'il n'a voulu prouver qu'une chose, à savoir : que les médicaments homœopathiques exercent une action manifeste sur les symptômes, la marche et la terminaison de la pneumonie. Pour

cela, il s'est borné au simple rôle d'historien. Sans analyse détaillée, sans études cliniques proprement dites , il a exposé les faits tels que les ont recueillis ses internes, et a laissé ces faits seuls parler à Tintelligence et à l'appréciation du lecteur. Or, après avoir lu sans prévention, sans parti pris, cette série d'observations, nul médecin consciencieux ne pourra s'empêcher d'adhérer à cette conclusion générale de l'auteur. Si, par l'expérimentation clinique, la méthode de Habnemann fournit de si heureux résultais dans le traitement de la pneumonie; au lieu de la proscrire arbitrairement , en vertu d'une pré^ tendue science infuse, c'est un devoir pour les médecins de l'étudier sérieusement, et de la soumettre au seul et légitime critérium de la vérité en médecine , aux recherches cliniques et à l'expérimentation.

Telle est la seule conséquence que M. Tessier ait cru pouvoir déduire de ses recherches. Par un sentiment de prudente réserve, il s'est refusé à juger d'une manière absolue la valeur de la méthode de Hahnemann, même sur le terrain de la pneumonie, oii les données lui ont paru si nettes et si précises. Son but unique a été « de convaincre ses confrères de la nécessité de ne point condamner la réforme de Hahnemann à priori... et de provoquer des recherches cliniques sur sa portée et sa valeur... »

Nous avons laissé M. Valleix à bout de déclamations à la fin de la discussion sur la doctrine, jetant l'anathème à la logique et à la raison, parce qu'il ne pouvait en obtenir même un prétexte à sa proscription de la théorie pure de Hahnemann. « Des arguments ! des raisonnements ! tout cela, disaitil, tout cela nous touche très-peu. Si l'expérience prouve que l'homœopathie réussit, vous n'avez pas besoin de vous donner tant de mal pour chercher à nous démontrer que la méthode n'est pas absurde. Si elle réussit, il suffit. Si elle ne réussit pas, à quoi servent tous les raisonnements? » Donc pas de raisonnement ; des faits; c'est le seul critérium infaillible de la vérité; ce sont les seules preuves admissibles.

Viennent donc les faits de M. Tessier réclamés avec tant d'impatience. « Voilà sans doute en masse, dit M. Valleix, un

résultat heureux ; mais ce n est qu'après avoir étudié les détails qu'on peut se prononcer avec quelque certitude. Et d'abord discutons le diagnostic, etc.. Pour la solution des questions thérapeutiques, il faut nécessairement s'en rapporter à C étude attentive des faits particuliers... »

Comprenne qui pourra cette distinction radicale entre le raisonnement qui touche fort peu M. Valleix d'une part, et de l'autre cet appel et cette invocation absolue à l'étude attentive des faits I Serait-ce que dans cette école des staticiens où l'on répèle sans cesse et où l'on fait sonner si haut les mots ronflants de méthode exacte, de faits, d'observation rigoureuse^ on n'aurait pas une idée bien exacte de ce que sojit la méthode, t'observât' on ^ les fait:^ ? A ri'en juger que par les procédés de M. Valleix, on serait porté à le soupçonner peut-être. Mais passons. Ce serait une tâche au-dessus de nos forces et une digression que d'aborder cette question de la méthode et de l'expérience en médecine.

Sur le terrain des faits, M. Valleix n'est plus dans ce monde inconnu et fantastique des doctrines dont il a vaguement entendu parler et dont il ne daigne pas s'occuper. Ici, il peut compter, peser, mesurer et étudier un peu. Étudions donc et discutons désormais, sans plus nous souvenir de son innocente sortie contre la raison humaine.

Or, ainsi étudiés, examinés et discutés par M. Valleix, les faits cUniques de pneumonie ne lui paraissent rien prouver en faveur de la réalité d'action du traitement auquel les malades ont été soumis. Les malades ont guéri, c'est vrai ; les observations sont légitimes pour la plupart, il en convient encore. Mais, s'il ont guéri, le traitement n'est pour rien dans cette heureuse terminaison : La pneumonie abandonnée à ellemême, dans L'immense majorité des cas, se termine, en vertu de sa tendance naturelle, pur une prompte guérîson. S'ils ont guéri, c'est que, dans tous les cas observés et cités par M. Tessier, la maladie était sans gravité réelle : « Tout médecin qui a l'habitude des malades verra au premier coup d'œil que ce sont des pneumonies qui devaient nécessairement guérir. » L'argumentation de M. Valleix est là dans ces deux proposi-

lions. Toutes les preuves, toutes les considérations qu'il invoque, toutes les éludes auxquelles il s'est livré, se réduisent et se résument dans ces deux points : guérison naturelle de la pneumonie; bénignité des cas cités dans la brochure de M. Tessier.

Nous allons donc examiner ces deux propositions en discutant un à un tous les arguments sur lesquels il a prétendu les éîablir. Nous ne suivrons pas strictement l'ordre de sa polémique. La marche de son argumentation est saccadée^ entortillée, confuse; et l'on dirait, en le Usant, que, convaincu de la faiblesse de sa thèse, il a voulu suppléer à la force et à la clarté de ses preuves par le désordre et le pêle-mêle suivant lesquels il a tout présenté. Il voudra bien sans doute nous permettre de rélablir l'ordre et la précision dans sa critique, d'imprimer à sa thèse une forme, de lui donner un corps logique ; deux choses dont il l'a privée au grand détriment de la clarté et de la méthode indispensables en toute discussion. Après l'avoir réduite , comme nous l avons fait, à ses deux points fondamentaux, nous allons distribuer ses arguments suivant leur ordre hiérarchique et dans un enchaînement régulier. La controverse en deviendra plus lumineuse, et les conclusions, quelles qu'elles soient, s'en déduiront avec plus de netteté.

Thèse de M. Valleix. — ^Première proposition : Les cas de pneumonie cités par M. Tessier sont de forme bénigne. — Erreur matérielle de cette assertion.

« Il faut remarquer d'abord, a dit M, Valleix, que, dans la très-grande majorité des cas observés par M Tessier, la maladie n'avait pas de gravité réelle. Tout médecin qui a l'habitude des malades verra au premier coup d'oeil que c'étaient des pneumonies qui devaient nécessairement guérir. »

Cette remarque du critique est en effet d'une assez grande importance pour qu'il l'ait mise en avant tout d'abord. Cette

assertion, si elle était vraie, jugerait d'emblée toute la question. Il suffisait de la prouver, et tout le travail de son collègue eût croulé par sa base. Mais cette affirmation n'est, sous la plume de M. Valleix , qu'une de ces manières poétiques de parler, à l'usage des lecteurs de VUnion méduale. Il a cru que personne n'oserait le contredire de peur de passer pour n'avoir pas l'habitude des malades ; il a cru que, dans une mauvaise cause, il suffit de payer d'audace pour paraître avoir raison. Malheureusement, les témérilés de M. Valleix dépassent toutes les bornes. Celte assertion étant la clef de voûîe de tout son édifice, il aurait dû au moins, ne fût-ce que par respect pour lui-même, donner quelques raisons, bonnes ou mauvaises, à l'appui. Mais du tout. Après cet énoncé, M Valleix dit : cela posé... et il passe outre le plus tranquillement du monde.

Heureux les esprits sévères ! Cette manière de procéder est sans doute inhérente au procédé nuniér'icpie.

Nous avons donc à rétablir la vérité et à montrer que les pneumonies traitées par M. Tessier étaient d'une gravité rédie. Pour cela, nous allons dresser sous les yeux de tous ceux qui ont Vliabitude du malade le tableau suivant, où se trouvent indiqués les caractères principaux de toutes les observations.

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De la base au som.

du poumon g.

Les deux poumons.

Poumon gauche 2/5

2/ssuii. du iioumon

droit.

Les deux p., surtout

le gauche.

Tout le poumon g.

Toulle poum- droil.

Poumon g. 2/5 sup Base du poumon g.

Sommet du poum. g.

Tout le p. gauche.

Poumon gauche en

eiiiicr.

Toulle p. droil.

l'ounion droil, 2/5

sup.

2/5 inf. du p. droit.

SommetdD p. droit.

Les deux poumons.

Sommeldupoum.g.

Poumon droil, 2/3 inf.

Poumon gauche, milieu.

Les deux poumons.

Poumon droit, 2/5

sup.

Poumon gauche, en

cuiier.

l'outlepoum.droit.

Tout lepoum. droil.

Poumon gauche, milieu.

Les deux poumons.

Sorametdup. droil.

2/5 inf, du poumon

gauche. Poumon droit, en

entier.

Poumon droit, 5/4

sup.

l'oui le poum. droil.

Poumon gauche en

entier.

Poumon droit en

entier.

Poumon droit en

entier.

Toutlepouin-droit.

2/5 inf du poumon

sauche .

Poumon ga',:rhe, en

avant.

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