OLIVIER
L’olivier commun (Oléacées) est un arbre fruitier très répandu dans le sud de l’Europe et le nord de l’Afrique. Les parties employées en médecine sont les feuilles, l’écorce, les fruits, l’huile qu’on retire de ces fruits et le suc qui s’écoule du tronc de l’arbre..
Les feuilles et l’écorce sont amères et astringentes. On s’en est servi comme succédané du quinquina dans les fièvres intermittentes (teinture d’écorce, extrait, 2 à 4 grammes en potion ; poudre de feuilles, décoction de feuilles, gomme d’olivier). L’huile d’olive (Voy. ce mot) a été employée à l’intérieur et en lavement. On s’en est servi également en frictions et onctions dans les fièvres éruptives.
Décoction de feuilles ou d’écorce (15 à 30 grammes p. 500) \ poudre de feuilles ou d’écorce (4 à 10 grammes en suspension dans un julep) ; teinture d’écorce à 1 p. 8 (2 à 4 grammes en potion) ; extrait alcoolique [id.) ; sirop d’écorce (20 à 30 grammes).
L’huile d’olive entre dans la composition de plusieurs emplâtres, onguents et liniments (cérat de Galien, baume Samaritain, etc.).
OPIUM
L’opium est un des médicaments les plus difficiles à manier chez les enfants ; l’espèce humaine est un réactif très sensible de ce poison tiré du pavot somnifère, et cette sensibilité est d’autant plus grande que l’individu est plus jeune. On ne saurait donc être trop prudent dans l’administration des opiacés, quels qu’ils soient, et l’emploi de cette précieuse drogue doit être soumis à des règles claires, précises et autant que possible invariables. Je vais passer en revue les maladies dans lesquelles l’opium se trouve indiqué, celles qui repoussent son intervention, après quoi je dirai quelques mots des diirérentes formes médicamenteuses usitées, pour terminer par les doses et les formules les plus rationnelles et les plus pratiques.
Indications et contre-indications. — L’opium trouve ses principales indications dans les maladies du tube digestif. C’est en vain qu’on voudrait le bannir du traitement des diarrliées infantiles, on n’y parviendra pas. Il rend trop de services chez les enfants de tout âge atteints de coliques, d’entérite aiguë, d’entérite chronique pour qu’on renonce jamais à son emploi. El s’il est vrai que les diarrhées infantiles sont souvent infectieuses, ce que j’admets parfaitement, cela ne veut pas dire que l’antisepsie soit capable à elle seule, et dans tous les cas, d’enrayer les progrès du mal. L’opium sans doute n’a pas d’action sur les microbes pathogènes, il ne les tue pas, il ne les endort peut-être même pas, mais il calme la douleur, il atténue ou fait cesser les contractions intestinales, il s’oppose aux mouvements réflexes, aux convulsions secondaires, et il donne ainsi le temps à l’organisme de triompher des microbes et d’éliminer les toxines.
Quelle que soit d’ailleurs l’explication qu’on donne des bienfaits de l’opium dans les maladies du tube digestif, ils sont incontestables et nous devons continuer à prescrire les opiacés dans toutes les manifestations douloureuses de l’abdomen comme dans les diarrhées profuses, dans les simples gastralgies comme dans le choléra infantile.
L’opium est indiqué dans les différentes variétés de périlyphlile et d’appendicite, avec ou sans perforation, dans la péritonite aiguë ou les exacerbations aiguës de la péritonite chronique, etc. En
OPIUM
somme l’opium est indiqué dans presque tontes les maladies des viscères abdominaux. Chez les nourrissons qui souffrent de coliques avec constipation, l’opium devra céder la place aux laxatifs et au changement de régime.
Dans les maladies de l'appareil respiratoire chez les enfants, les indications de l’opium sont moins générales et moins pressantes. Une faudra pas traiter indifféremment tous les enfants qui toussent par les opiacés.
La bronchite capillaire, la broncho-pneumonie, la pneumonie franche, contre-indiqiient absolument l’usage de l’opium, c|ui aurait le défaut d’augmenter l’abattement de l’enfant, et de diminuer l’énergie qui lui est nécessaire pour débarrasser ses bronches de leurs sécrétions. L’opium, à son action paralysante, joint ici le grave inconvénient d’entraver les fonctions rénales et intestinales, c’est-à-dire de s’opposer à une dérivation salutaire. L’opium en effet diminue le taux des urines, il ferme le rein, il ferme aussi l’intestin en produisant la constipation. Or, dans les maladies infectieuses, aussi bien les pneumonies que les fièvres typhoïdes, éruptives, etc., il faut chercher à accroître la sécrétion urinaire et à libérer l’intestin. On ne donnera donc l’opium ni dans la fièvre typhoïde^ ni dans la rougeole, ni dans la scarlatine, ni dans la diphtérie, ni dans la variole, quoique M. du Castel ait préconisé le traitement élliéro-opiacé des varioleux adultes. On ne donnera pas non plus l’opium dans la pleurésie, ni dans la phase asystolique des maladies de cœur, parce qu’il s’opposerait à la diurèse qu’on recherche;
Par contre, s’il faut abattre les spasmes, atténuer les quintes d’une bronchite spasmodique, d’une coqueluche, d’une phtisie avec hémoptysie , l’opium pourra rendre des services.
Dans les névroses, la chorée, Xhystérie, Vépileps'ie, Vagitation neiœeuse, l’opium peut être indiqué.
L’opium est contre-indiqué dans les maladies de la peau en général, et en particulier dans les affections prurigineuses, eczéma, urticaire, prurigo ; il provoque en effet des congestions cutanées, des sueurs qui aggravent les dermopathies.
Lst-il besoin d’ajouter que l’opium ne doit être employé chez les enfants qu’à bon escient et pour des motifs sérieux ? On ne peut que blâmer les mères, s’il y en a, les gardes ou les nourrices qui, pour faire cesser les cris et l’agitation des bébés, prennent l’iiabi-
tilde de leur faire absorber des narcotiques (sirop d’opium ou décoction de têtes de pavot).
tin n’est jamais autorisé à se servir de l’opium pour un motif aussi futile; car, si la nourrice assure momentanément son repos, elle nuit à l’enfant dont la santé doit être respectée avant tout. C’est dire que l’administration de l’opium, chez les enfants plus encore que chez les adultes, doit être absolument réservée aux médecins, seuls juges de l’opportunité d’une intervention aussi délicate.
Pharmacie de l’opilm. — L’opium est le suc épaissi provenant de l’incision des capsules du Papaver soinniferum album ; le meilleur opium nous vient de Smyrne, il doit titrer la dixième partie de son poids de morphine. C’est avec ce suc épaissi qu’on fait toutes les préparations opiacées, usitées en pharmacie, c’est de ce suc qu’on extrait la morphine, la codéine, la narcotine, la narcéine, etc.
Chez l’enfant, on s’abstiendra le plus possible de ces alcaloïdes, et on leur préférera les extraits, teintures, vins, élixirs, sirops que je vais indiquer.
Avant d’étudier les préparations magistrales ou officinales qui ^ présentent un dosage rigoureux et presque mathématique, je dois signaler l’usage assez répandu dans le peuple des têtes de pavot indigène. On concasse ces têtes desséchées et on en fait des dé- ' coctions, sans doute peu dangereuses pour les adultes, mais qui j peuvent le devenir pour les bébés. Il faut interdire aux nourrices la pratique déplorable qui consiste à étouiïer les cris des enfants qui leur sont confiés à l’aide des infusions ou des décoctions de pavot.
En donnant la décoction de pavot, on ne sait ce qu’on fait, on est exposé à faire trop ou trop peu ; le dosage est impossible.
J’en dirai autant d’un sirop autrefois très connu et aujourd’hui ^ tombé en désuétude. C’est le sirop de pax'ot blanc qui, fabriqué * selon l’opinion indigène, ne présentait aucune garantie posolo- , gique. Il contenait en effet des (jiiantités d’opium très variables • suivant les pays d’origine, la saison, etc. \
On peut prescrire, chez les enfants de tout lïge, mais plus parti- ,
ciilièrement chez les enfants déjà grands, l’opium en nature, la ,
poudre d'opiimi brut qui contient la moitié de son poids d’extrait ;
thébaïque. j
OPIUM
On peut donner cette poudre mêlée au lait, à la confiture, etc.
L’opium en poudre entre dans la composition d’une préparation excellente et très usitée, la poudre de Dower, dont voici la formule actuelle (Codex 1884) :
Poudre de sulfate de potasse i grammes.
— de nitrate de potasse i —
— d’ipéca I —
— d’opium l —
Cette poudre, diaphorétique et calmante, contient la dixième partie de son poids d'opium; 50 centigrammes de poudre de Dower répondent à 5 centigrammes de poudre d’opium. C’est une dose d’adulte qu’il faudra baisser considérablement chez les enfants. Elle ne peut guère s’employer que dans la seconde enfance.
L’ancienne formule de la poudre de Dower (Codex 1866) était encore plus forte, car la poudre d’opium était remplacée par l’extrait desséché :
Sulfate de potasse 4 grammes.
Nitrate de potasse 4 —
Poudre de réglisse. 1 —
— d’ipéca I —
E.vlrait d’opium desséché et pulvérisé 1 —
C’est une préparation trop forte pour les enfants.
11 en est do môme des pilules faites soit avec la poudre d’opium, soit avec l’extrait.
La pilule de cynoglosse qui contient 1 p. 100 d’extrait d’opium pourra se donner à des enfants grandets ; on prescrira une pilule de 5 ou 10 centigrammes (5 milligrammes ou 10 milligrammes d’extrait d’opium.
Los préparations les plus usitées en médecine infantile sont : D les vins composés, teintures, élixirs d’opium; 2“ les sirops d’opium ou d’alcaloïdes de l’opium.
La teinLiire iJuîhaiquc ou teinture d’extrait d’opium est peu usitée; elle se prépare en faisant agir 120 grammes d’alcool à 60 degrés sur 10 grammes d’extrait tliébaïque. Son titre est trop fort pour les enfants; 1 gramme contient environ 8 centigrammes d’extrait d’opium).
La préparalion la plus connue osL le vin d'opium composé ou laudanum de Sydenham :
XX gouttes, qui pèsent euviroii 1 gramme, contieuueut 0 gr. 05 d’extrait d’opium.
Je n’ai pas à parler des mixtures plus fortes (laudanum de Rousseau, deux fois plus fort que le Sydenham, et gouttes noires quatre fois plus fortes).
Mais une mention spéciale est due à V élixir parégorique du Codex (Dublin) ou teinture d’opium camphrée, préparation à titre faible, très précieuse pour les enfants, et dont voici la composition :
Extrait d’opium 3 grammes.
Acide benzoïque 3 —
Huile volatile d’anis 3 —
Alcool à 60" GaO —
On filtre. 10 grammes de cette teinture représentent environ 5 centigrammes d’extrait d’opium.
C’est dire que l’élixir parégorique est 10 fois plus faible en poids que le laudanum de Sydenham; en volume, il est encore plus faible, car, s’il faut au moins XX gouttes de laudanum pour faire 1 gramme, il en faut environ L d’élixir parégorique.
Donc, en volume, l’élixir parégorique est 25 fois plus faible que \ le laudanum de Sydenham; si l’on prescrit I goutte de lauda- j num, on pourraprescrire XXV gouttes d’élixir, sanscourir le risque j d’une action plus énergique. 1
Mais il faut avoir soin de prescrire V élixir parégorique sans épithète ou l’élixir parégorique du Codex, car il existe d’autres élixirs d’une composition toute ditférente et qu il est parfaitement superllu, pour ne pas dire dangereux, d’employer en médecine in- | failli le. j
Parmi les vieilles préparations opiacées qu’on pourrait conser- ver, ligure le diascordium, électuaire dans la composition duquel entrent 18 substances, et qui contient par gramme un demi-centigramme d’extrait d’opium. Cette préparation aurait l’avantage, souligné par M. Potain, de ne pas livrer l’opium à une absorption immédiate, et de lui permettre d’arriver dans rintestiu.
Parmi les sirops, il faut retenir:
Opium coupé en morceaux
200 grammes.
Safran incisé. . .
Cannelle ,
Girofle
Vin de grenade
IGOl) —
OPIUM. 451
! 1° Le sirop diacode qui, bien que ne contenant qu’un centi-
j gramme d’extrait ihébaïque par 20 grammes, doit être dilué chez I' les jeunes enfants ;
2® Le sirop thébaique ou sirop d’opium, quatre fois plus fort, t doit être réservé pour les adultes. Le sirop de karabé nest que du E sirop thébaïque additionné de 60 centigrammes de teinture de succin par 100 grammes ;
3® Le sirop de morphine^ contenant un centigramme de chlorhydrate de morphine pour 20 grammes, est trop actif et ne doit être prescrit que dans la seconde enfance ;
4® Le sirop de codéine^ contenant 4 centigrammes par 20 grammes, est moins redoutable;
b® Le sirop de narcéine^ qui contient 2 centigrammes d’alcaloïde par 20 grammes, a été prescrit parfois dans la coqueluche.
Après les sirops doivent prendre place des pâtes, qu’on ne doit par regarder comme de simples bonbons, et dont il faut surveiller l’emploi. La de lichen contient en effet 2 centigrammes d’extrait d’opium par 100 gi’ammes; la pâte peclorale^ 2 centigrammes et demi ; la pâte de réglisse^ de même.
Formulaire de l’opiüm. — Quand on prescrit la poudre d’opium brut, soit en paquet, soit en suspension dans un julep, on doit se souvenir que cette poudre, deux fois moins active que l’extrait thébaïque, l’est cependant suffisamment chez les enfants pour exiger un dosage minutieux et prudent. La poudre d’opium ne trou- 1 vera son emploi que dans la seconde enfance, à la dose d’un cen- ^ tigramme par cinq années d’âge, soit 1 centigramme à cinq ans, ^ 2 centigrammes à dix ans, 3 centigrammes à quinze ans ; ce sont là
i des doses de début ; avec l’accoutumance, on pourra aller plus loin.
' Je suppose un enfant de cinq à dix ans^ qui a des douleurs d’esi tomac, de la gastralgie, ou des coliques intestinales dues à une 1 indigestion ou à une dyspepsie habituelle. Gn pourra prescrire ;
Bicarbonate de soude
Craie préparée
Poudre d’opium
Pour 1 paquet, qu’on prendra avant ou lait ou d’eau sucrée.
après les repas, délayé dans uu
Eau distillée
Eau de fleurs d’oranger
Sirop de coings
Poudre d’opium
(Inc cuillerée à dessert d’heure en heure.
La poudre de Dower (association de l’ipéca et de l’opium), qui est à la fois calmante et diaphorétique, peut trouver son indication dans certaines bronchites de la seconde enfance.
Elle se prescrira à la dose de 5, 10, 20 centigrammes suivant l’àge, soit ü centigrammes par année (2o centigrammes à cinq ans^ 50 centigrammes à dix ans, etc.).
Poudre de Dower 0 gr. 25
Julep gommeux GO grammes.
Agiter avant de s’en servir, et prendre en trois ou quatre fois dans la journée (4 cuillerées à soupe).
Le laudanum de Sydenham est d’un usage courant en médecine infantile ; il est sans danger quand on le prescrit à doses minimes et fractionnées (1 à V gouttes réparties sur toute la journée). En lavement, l’impossibilité du fractionnement fait qu’on ne doit pas dépasser 1 ou II gouttes. En général, on peut compter I goutte de laudanum de Sydenham par année d’àge ; à six mois, on ne donnera, pour commencer, qu’une demi-goutte. Un enfant de deux à trois ans a des coliques avec diarrhée; on prescrira volontiers :
Laudanum de Sydenham II gouttes.
Sirop de ratanhia ,. 20 grammes.
Sirop de fleurs d’oranger 10 —
Eau bouillie • 60 —
Sous-nitrate de bismuth 2 —
Agiter avant de s’en servir ; une cuillerée à dessert d’heure eu heure.
En lavement, on donnera I goutte de laudanum pour 60 ou 100 grammes de véhicule ; le tout sera injecté à l’aide d’une petite poire en caoutchouc et gardé le plus longtemps possible :
Laudanum de Sydenham I goutte
Eau amidonnée CO grammes.
Pour un lavement.
Quand on emploie des doses plus fortes, on doit surveiller l’enfant de très près et suspendre l’administration du médicament à l’apparition du myosis, du ralentissement de la respiration, de la cyanose, etc. L’élixir parégorique du Codex étant dix fois plus faible en poids, et au moins vingt fois plus faible eu volume, on peut aisément le donner, chez un enfant de deux à trois ans, à la dose de XX gouttes par jour.
Élixir parégorique XX gouttes.
Sirop de cachou 20 grammes.
Eau de fleurs d’oranger 10 —
Eau distillée 80 —
Par cuillerées à café d’heure en heure (enfant de deux à trois ans).
OPIUM
Quand, pour arrêter une diarrhée, on prescrit le diascordium associé au bismuth, on saura que ce vieil électuaire contient, par gramme, o milligrammes d’extrait d’opium ; on ne dépassera donc pas 1 ou 2 grammes dans la seconde enfance ;
Diascordium 1 gramme.
Sous-nitrate de bismuth 1 —
Sirop de grande consoude 30 —
Eau bouillie 80 —
Une cuillerée à café d’heure en heure (enfant de trois à cinq ans), agiter avant de «’en servir.
Le sirop diacode est un peu fort pour les jeunes enfants, il doit ûtre donné par grammes (1 à 2 grammes par année d’âge) :
Sirop diacode 5 grammes.
Sirop de fleurs d'oranger 15 —
Eau distillée 60 —
Une cuillerée à café de deux heures en deux heures (enfant de quatre à cinq ans).
On peut l’associer au bismuth :
Sirop diacode 4 grammes.
Sous-nitrate de bismuth 1 —
Sirop de fleurs d’oranger 20 —
Eau 60 —
Une cuillerée à café d'heure en heure pour un enfant de trois à quatre ans (agiter avant de s'en servir).
On ne prescrit presque jamais le sirop de morphine, ni le sirop thébaïque, trop fort pour les jeunes sujets.
Mais on donne souvent le sirop de codéine, alcaloïde mieux toléré par les enfants que la morphine.
J. Simon l’associe au sirop de belladone dans les bronchites 4|uinteuses :
Sirop de codéine : 5 grammes.
Sirop de belladone 10 —
Eau distillée 80 —
Une cuillerée à café d’heure eu heure (enfant de cinq ans).
Le sirop de narcéine se prescrira aux mêmes doses (1 gramme de sirop par année d’âge).
Les pâtes pectorales, de lichen, de réglisse, dont certains enfants sont très friands, ne leur seront pas données à discrétion, mais par petits fragments de 1 à 2 grammes, en ne dépassant pas 10 grammes par jour.
En procédant suivant ces préceptes, il est presque impossible de nuire aux enfants et encore moins de les intoxiquer.
Cepenclanl on peut être appelé à combattre l’empoisonnement accidentel par l’opium. 11 faut savoir que certains médicaments, l’atropine par exemple, passent pour être des antidotes do l’opium ; le permanganate de potasse seraitaussi un de ces antidotes, d’après un médecin américain.
On pouvait présumer l’antagonisme de la belladone et de l’opium, en voyant la première dilater la pupille et le second la rétrécir.
Mais l’action élective du permanganate de potasse pour lamorpliine ne pouvait être prévue. En cas d’empoisonnement par un sel de morphine, le D'’ Moor, de New-York, conseille d’administrer 50 centigrammes de permanganate dissous dans 200 à 250 grammes d’eau et de répéter cette dose trois ou quatre fois de suite, à des intervalles d’une demi-heure.
S’il s’agit d’une intoxication par l’opium ou le laudanum, on acidulera la solution manganique avec du vinaigre.
La première chose à faire, quand on est appelé auprès d’un enfant intoxiqué par l’opium, est de lui donner du café par la bouche ou de lui faire des injections hypodermiques de caféine. En même temps on fait la respiration artificielle, on répand de l’oxygène au-devant delà bouche, on fait des tractions rythmiques de la langue (procédé de Laborde). La flagellation du visage, l’électrisation du phrénique, sont encore à essayer.
OPOTHÉRAPIE OU ORGANOTHÉRAPIE
On désigne sous le nom d’opothérapie (Landouzy), z-zz (suc), la thérapeutique par les extraits d’organes animaux (glandes thyroïdes, capsules surrénales, etc.).
Pour le corps thyroïde, les capsules surrénales, on choisit surtout le mouton; pour le foie, Gilbert et Carnot recommandent le porc.
Autant que possible, les organes doivent être pris sur des animaux sains, plutôt jeunes que vieux. Ils ne doivent pas être cuits ni stérilisés à une liante température. Crus, ils sont plus actifs, mais ils doivent être employés très frais. La dessication permet de les conserver. D’Arsonval a préconisé la stérilisation par l’âcide carbonique sous pression; il l’a appliquée aux extraits glycérinés de pancréas, etc. Mais cette stérilisation est imparfaite.
OPOTHÉRAPIE OU ORGANOTHERAPIE.
L’addition de chlorure de sodium a été utilisée par Gilbert et Carnot; on peut avoir recours à d’autres antiseptiques. La question est à l’étude.
Au début, on employait les extraits d’organe en injections souscutanées. C’est ainsi que Brown-Séquard a prescrit le suc testiculaire; c’est ainsi que d’autres auteurs ont utilisé le suc panci’éatique dans le diabète, le suc thyroïdien dans le myxœdème, le suc surrénal dans la maladie d’Addison, le suc ovarien dans la chlorose. Mais on n’a pas tardé à s’apercevoir que l’ingestion do tous ces sucs ou des organes auxquels ils sont empruntés agissait autant sinon mieux que l’injection hypodermique. La voie stomacale est aujourd’hui la plus suivie; on peut, dans quelques cas, recourir à la voie rectale (lavement) ; la voie hypodermique est réservée aux cas exceptionnels.
Les modes de préparation varient : extraits frais peu usités, organes pulvérisés après dessication dans le vide à une température de 20 à 30 “ (pilules, tablettes), extraits aqueux, alcooliques, glycérinés, etc.
i^^ous allons envisager successivement les différents organes employés.
1“ Corps thyroïde. — Cette glande est toxique et son emploi doit être surveillé. Elle a une action des plus nettes sur la croissance des myxœdéinateux, des arriérés, des infantiles.
Le triomphe de la médication thyroïdienne est dans le myxœdème. L’enfant, en quelques jours, sort de sa torpeur, son intelligence s’éveille, ses masses œdémateuses se résorbent, sa croissance fait des progrès. Accessoirement, on s’est servi du corps thyroïde dans l’obésité, le rachitisme, le nanisme, les fractures mal consolidées, les dermatoses chroniques, etc. Le D''C1. Dukes (Brit. med. jow-n.^ .3 mars 1898) chez un enfant de treize ans, qui en paraissait huit, pâle, torpide, arriéré, a prescrit une tablette de 30 centigrammes d’extrait thyroïdien pendant un mois, puis deux le second mois. La pâleur disparaît, l’enfant grandit, prend des forces, etc.
Voici la technique du traitement thyroïdien ; la méthode, qui consiste à grefler la glande fraîche dans le péritoine ou sous la peau (Schid, Bircher, Kocher, Lannelongue) est abandonnée aujourdhui. De môme fa méthode des injections sous-cutanées (Murray) d’extrait aqueux, glycériné ou alcoolique. Reste l’intro-
duction par le tube digestif (Herzen, IIowitz-Mackensie). Si l’on se trouve en présence d’un jeune myxœdémateux qui ne peut avaler, on lui donnera des lavements d’extrait aqueux ou glycérine de corps thyroïde (Ilerzen). S’il peut avaler, on aura recours sans hésiter à la méthode inaugurée en 1892 par Ilowitz (Copenhague), qui le premier guérit un myxœdémateux en lui faisant avaler des sandwiches de thyroïde hachée. On peut administrer la glande fraîche, crue, hachée, étendue sur du pain, sucrée, mêlée de chocolat, délayée dans du bouillon tiède, du lait, etc. Elle ne doit pas être cuite. On se sert de glandes de mouton ; on en donne pour commencer un quart ou un demi-lobe (2, 3, 5 grammes) suivant l’âge. On continue pendant cinq, six, sept jours; puis on laisse reposer le malade pendant quatre jours ; on recommence ainsi pour continuer pendant des mois. A la première menace d’intolérance ou de saturation (tachycardie, fièvre), on s’arrête. La glande séchée et pulvérisée est généralement employée, soit en poudre (on en donne alors o ou 10 centigrammes 2 ou 3 fois par jour dans du lait), soit en pastilles comprimées. On a essayé d’isoler le principe actif de la glande, et on trouve dans le commerce la Ihyroiodine de Baumann, le ihyraden Knoll, etc.
La thyroiodine ou iodolhyrine a été préparée par Baumann, en faisant digérer la glande dans une solution acide de pepsine ; on évapore et on ajoute du sucre de lait. Le nom de Ihyroïdine est réservé aux extraits glycérinés.
Vigier a préparé des capsules contenant 10 centigrammes de glande fraîche, pulpée et mêlée au charbon et au borate de soude. On en donnerait aux enfants de 1 à 3 par jour.
S’il s’agit des pastilles de thyroiodine, on commencera par une demi-pastille, ou par une pastille, et on ne dépasse que rarement deux pastilles par jour. Les pastilles Knoll sont dosées à 30 centigrammes de thyroiodine.
Dans tous les cas, il faut être très prudent et surveiller attentivement les enfants en traitement ; le pouls sera noté avec soin, les températures rectales seront relevées matin et soir; on sera prêt à interrompre la cure à la moindre excitation cardiaque, à la moindre poussée fébrile.
2” Thymus. — Le thymus a jusqu’à ce jour été peu employé; il semble avoir des propriétés comparables à celles du corps thyroïde et peut-être, chez les nouveau-nés dépourvus de cette dernière
OPOTHÉRAPIE OU ORGANOTHÉRAPIE. 4b7
glande, prévient-il l’apparition du niyxœdème par une véritable action de suppléance. Quoi qu’il en soit, un auteur anglais, le D'' ïMacalister, a traité avec un succès partiel un enfant atteint de myopathie pseudo-hypertrophique par le thymus (ris d’agneau) à la dose d’un lobe par jour. La glande doit être donnée fraîche et crue. Le D"" Pitres (de Bordeaux), chez un myopathique de f dix-sept ans, a essayé le même traitement sous la forme de pas-
a assez long pour qu’on pût se prononcer sur la valeur de ce traitement.
3“ Testicule. — Le suc testiculaire n’a que peu d’applications en d médecine infantile; on l’a pourtant essayé en injections sous-
' cutanées, dans l’épilepsie, l’idiotie, etc. Vigier a préparé des
*. capsules orchitiques à 20 centigrammes (2 à 3 par jour).
4“ Ovaires. — Le suc ovarien a été prescrit dans l’anémie, la ! chlorose, les troubles de la menstruation chez les jeunes filles. " On emploie encore l’ovaire en poudre desséchée ou en tablettes, ; comme le corps thyroïde.
La dose est de 10 à 20 centigrammes par jour.
Les capsules de Vigier contiennent 20 centigrammes de substance ovarienne de brebis.
Spillmann et Etienne, chez six chlorotiques, ont obtenu d’assez ( bons résultats ; mais il faut compter avec l’intolérance et la réacfi tion fébrile. On a prescrit encore l’ovaréine contre l’ostéomalacie, l’hystérie, la maladie de Basedow. Les glandes génitales annexes {mamelles, prostate), les parotides, ont été l’objet de quelques tentatives à peu près infructueuses.
Capsules surréxales. — ■ L’organothérapie par les capsules surrénales a été appliquée presque uniquement à la maladie d’Addison; dans la plupart des cas, les résultats ont été éphémères ou négatifs. Dans quelques cas, il y a eu diminution de l’asthénie, de la mélanodermie. Dans un cas de Béclère (capsules crues et hachées de mouton pendant un mois, injection d’extrait glycériné pendant trois mois et demi), il y a eu guérison. Voici la formule donnée par d’Arsonval pour les injections d’extrait glycériné :
Capsules surrénales 10 grammes.
Glycériue à 30” 10 —
Les capsules sont divisées en fragments et mises à macérer
vingt-quatre lieiires clans la glycérine. On ajoute o grammes d’eau bouillie et salée à raison de 2o grammes de chlorure de sodium par litre. Stérilisation au moyen de l’acide carbonique sous pression, après filtration sur papier. On injecte chaque jour 1 à 2 centimètres cubes du mélange dilué de parties égales d’eau bouillie.
Chez l’enfant, les résultats sont encore douteux. Schilling (de i\uremberg) a donné à un enfant de quatorze ans, addisonien, tous les jours, la moitié, puis la totalité d’une capsule surrénale crue d agneau, sous forme de fin hachis, pendant trois mois de suite. La couleur bronzée disparut entièrement, l’aslbénie diminua, ; le poids augmenta de 15 kilogrammes. On crut à la guérison, j mais, trois mois après, mort avec diarrhée et vomissements. A j l’autopsie, caséification des capsules surrénales. La maladie { bronzée dura trois ans (de quatorze à dix-sept ans). Ce cas montre , tout au moins que les capsules surrénales sont inofTensives et peuvent être continuées très longtemps sans inconvénient. On peut aussi donner la glande desséchée en pastilles ou en capsules de 5 à 10 centigrammes. 1
J’ai traité, pendant quelques semaines, un garçon de quatorze | ans, addisonien depuis deux ans, par l’ingestion quotidienne j d’une capsule surrénale de mouton, hachée et crue. La médi- ] cation n'a cause aucun trouble et j’ai pu concevoir quelque temps | l’espoir d’une guérison. Mais le malade a disparu, je ne sais ce I qu’il est devenu. |
G“ Reins. — Le tissu rénal a été essayé par Dieulafoy dans le i mal de Brigbt, avec un semblant d’amélioration. Entre les mains 1 d’autres observateurs, les extraits rénaux ont été très infidèles. Chez l’enfant, L. Concetti, avec des pastilles de Knoll dites rena- ( f/cn, a obtenu des succès notables: diminution rapide de l’albuminurie, diurèse, relèvement de l’état général. j\Iais ne s’est-il pas ' trouvé en présence de ces formes de néphrites bénignes qu’on . renconti’e heureusement avec une certaine fréquence chez les enfants? i
L. Concetti donnait 1 à 4 grammes de renaden mêlés au but, en 4 à 5 fois dans la journée. Le traitement fut continué dix à vingt jours dans les formes aiguës (3 cas), plusieurs mois dans les formes chroniques (3 cas). Dans un de ces cas, l’enfant a pris, en sept à huit mois, 900 grammes de renaden^ ce qui prouve que
OPOTHÉRAPIE OU ORGANOTHÉRAPIE.
cette substance est tout au moins inoffensive. Dans les cas aigus, guérison rapide; dans les autres, amélioration. L. Concetti conclut, réserves faites quant au petit nombre des cas, que l’organotbérapie rénale est excellente dans les néphrites et que le renaden de Knoll est sans danger.
Le D'’ de Lignerolles (Thèse de Lyon, 1898), a injecté le sérum de la veine rénale d’une jeune chèvre chez les urémiques (20 cent, cuhes) et a observé de notables améliorations ; cessation de la céphalée, des troubles nerveux, des vomissements, de la dyspnée, de Tanasarque, diminution de Talhuminurie, augmentation de la diurèse, etc.
7“ Pa>xréas. — C’est dans le diabète, et plus particulièrement le diabète maigre, dit pancréatique, qu’on a employé les extraits de cette glande. J’ai pour ma part usé sans succès, dans un cas de diabète aigu maigre, d’un extrait glycériné de pancréas que m’avait obligeamment fourni le D"" d’Arsonval. Le D'" de Cérenville a employé le pancréas de mouton haché (30 grammes par la houche) et l’extrait (injection de 2 grammes), sans succès notable. D’après Gilbert et Carnot, il y a des cas où l’extrait pancréatique agit sur le sucre, l’extrait hépatique restant impuissant, et inversement.
8° Foie. — D’après Gilbert et Carnot, l’opothérapie hépatique ne s’applique pas à tous les cas de maladies du foie; elle convient aux petites insuffisances hépatiques et aux lésions jeunes. Les meilleurs résultats ont été obtenus avec le foie frais, puis avec le foie total. Les extraits peptiques et papaïniques sont très recommandables. L’association des extraits hépatiques et pancréatiques est bonne, d’apres Gilbert et Carnot. Les diabétiques s’en trouvent très bien.
L’extrait hépatique agit pour augmenter la capacité de l’organisme vis-à-vis du sucre et pour diminuer la glycosurie alimentaire; il fait cesser l’indicanurie symptomatique d’une insuffisance hépati([uc et augmente la proportion d’urée.
9" Moelle des os. — La moelle des os et aussi les autres organes lymphoïdes (rate, ganglions) jouent un rôle dans l’hématopoièse et sont par suite indiqués dans tous les cas où cette fonction est en défaut : anémie, chlorose, anémie pernicieuse, leucémie et pseudoleucémie, etc, La rate a été utilisée surtout dans le paludisme, isolément ou concurremment avec la moelle osseuse. On
peut employer l’extrait de moelle et les medulladen d’origine allemande.
Mais la moelle fraîche de veau est préférable ; on peut s’en procurer aisément partout. Elle sera employée crue et aussi fraîche que possible. Elle est inolTensive, aucune réaction fâcheuse n’est à craindre.
On triture à froid une cuillerée à soupe de moelle fraîche avec trois cuillerées d’eau. On filtre et on donne dans le lait pour vingt-quatre heures. Combe, Audéoud ont obtenu, grâce à ce traitement, des succès remarquables dans les cas d’anémie avec mégalosplénie. Chez un garçon de dix ans, atteint de pseudoleucémie, j’ai utilisé ce procédé avec un succès relatif. La médication peut être continuée indéfiniment.
De Cérenvillea donné la poudre de rate desséchée dans un cas d’anémie malarienne avec grosse rate : guérison, disparition de la splénomégalie en quelques semaines. Cohnstein prépare un extrait aqueux de rate évaporé à consistance sirupeuse et additionné de sel (1 à fi grammes dans le lait ou le bouillon).
10“ Poumons. — On sait que, dans les affections suppuratives des voies respiratoires (pleurésie purulente, bronchectasie, bronchorrhée), il y a des troubles trophiques qui se traduisent par l’hypertrophie des phalangettes.
Autrefois on prescrivait le mou de veau (poumon) aux phtisiques. Démons et Binaud (Bordeaux) ont eu l’idée d’employer les injections de suc pulmonaire dans les cas d’ostéo-artbropalhies pneumiques. Ils ont enregistré un résultat favorable. De même Arnozan dans 6 cas; de même Cassaet, Brunet, dans les bronchites chroniques, la tuberculose pulmonaire, etc.
L’expectoration diminuait dans presque tous les cas, et l’état général des malades s’améliorait. Mais la méthode n’a pas encore donné de résultats assez probants pour qu’on puisse la juger.
11“ Intestin. — Gilbert et Carnot ont essayé des extraits intestinaux préparés par M. Choay, dans diverses entérites. Ces extraits ont paru déterminer une légère diarrhée. Peut-être seront-ils indiqués dans la fièvre typhoïde, le choléra, etc. La question est â. l’élude.
12“ Tissu nerveux. — Sous le nom de Irans fusion nerveuse. G. Paul a préconisé les injections de cervelle de mouton chez les neurasthéniques, chlorotiques, etc. Il a été peu imité.