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AMMONIAQUE

L’ammoniaque, ou alcali volatil, est une base énergique qui a la plus grande affinité pour tous les acides, et par suite une grande énergie chimique. De cette énergie chimique peut résulter son activité thérapeutique. Ce neutralisant de premierordre a toujours été employé sur une vaste échelle en médecine humaine comme en médecine vétérinaire, et il ne sera pas superflu de faire la revue de ses propriétés et de ses indications principales.

Les anciens connaissaient l’ammoniaque, qu’ils retiraient de la fiente des chameaux. Mais sa composition chimique n’est connue que depuis un siècle. Scheele, Priestley, Berthollet (1785) ont montré que le gaz ammoniac est une combinaison d’azote et d’hydrogène. En 1812, Bacelli (de Bologne) obtint sa liquéfaction en le soumettant à une pression déplus de 6 atmosphères; plus tard, Faraday devait obtenir sa solidification en se servant d’une pression de 40 atmosphères et d’un refroidissement de 80 à 90“. La formule chimique du gaz ammoniac est iVzbP. La solution, dite ammoniaque liquide, qui marque de 20 à 22“ à l’aréomètre Baumé, contient en poids au plus 20 p. 100 d’ammoniaque et 80 p. 100 d’eau.

L’ammoniaque est très répanduô dans la nature, où tous les corps organiques azotés en putréfaction la dégagent. Nousn’avons pas à envisager ici le rôle énorme qu’elle joue dans la vie des animaux et des plantes, les services immenses qu’elle rend à l’agriculture (nitrates, guano, sulfates, etc.). Notre but est beaucoup plus modeste, limité qu’il est aux choses de la médecine.

D’une façon générale, on peut dire que l’ammoniaque a des

propriétés irritantes locales très énergiques, qui peuvent aller jusqu’à la causticité et l’escarrification. Sur la peau, elle détermine des démangeaisons, une sensation de brûlure, de la rubéfaction, de la vésication.

Sur les muqueuses, l’irritation est encore plus vive et devient rapidement intolérable. Cette irritation s’observe du côté des yeux,, du nez, au simple dégagement du gaz ammoniac en solution aqueuse. Elle varie beaucoup suivant l’excipient. Par exemple, l’ammoniaque liquide, quand on l’applique même diluée à 1 p. 15ou 1 p. 20 sur la peau, la fait rougir et détermine assez rapidement de la vésication. La même dose d’ammoniaque incorporée à un corps gras (huile., etc.) sera très bien supportée. Si la préparation est fraîche, l’action irritante est au maximum; si elle est ancienne, con tenue dans un récipient mal fermé, elle est très réduite, parfois même nulle.

Il faut bien savoir cela quand on prescrit l’ammoniaque pour l’usage externe et exiger des préparations récentes.

Ingérée à l’état de concentration, l’ammoniaque agit encore comme un caustique énergique, détermine des escarres, des brûlures profondes et étendues. Convenablement diluée, elle est très bien tolérée, surtout si on a soin d’aromatiser , la préparation.

On a dit que le médicament, ainsi prescrit, avait une action stimulante, réchauiïante, sudorifique ; mais Delioux de Savignac l’a contesté. Il lui reconnaît, par contre, la propriété diurétique,, la propriété fondante, résolutive, incisive et la propriété antispasmodique.

L’action neutralisante à l’égard des acides est certaine. Quant à l’action sur le système nerveux, si elle peut être interprétée de différentes façons, elle n’est pas' moins évidente. L’ammoniaque peut être antispasmodique sans cesser d’être stimulante ; les deux actions ne sont pas exclusives, quoi qu’en pense Delioux de Savignac. Stimuler le système nerveux et le calmer en même temps semble paradoxal. IMais l’excitation morbide traduit la faiblesse plutôt que la force, et en relevant cette faiblesse, en apportant cette force ([ui manque à l’organisme, on calme les spasmes et les agitations maladives. On continuci’a donc à prescrire l’ammoniaque comme stiimdant nerveux diffusible aussi bien que comme sédatif et antisjjasmodique.

AMMOMAQüli.

L’ammoniaque liquide sera indiquée en cas d’alcoolisme aigu, d’ivresse; on en verse quelques gouttes dans une infusion de tilleul, de thé ou de café (V à X gouttes}.

Comme carminatif, il trouA^e son emploi dans le météorisme abdominal, les coliques A^enteuses, si communes chez les nourrissons dyspeptiques. Son action manifeste dans le météorisme des ruminants, où il agit probablement comme antiacide en neutralisant les gaz carboniques ou autres, porte à penser qu’il serait très efficace dans les indigestions de l’enfance.

L’inhalation de rammoniaque (quelques gouttes sur un mouchoir) peut être utile dans les accès d’asthme, dans les conAmlsions épileptiformes, etc.

Enfin l’ammoniaque est très employée comme topique neutralisant et antiseptique dans les piqûres d’insectes, les morsures de serpent, etc. S’il s’agit de morsure de serpent, on n’hésite pas à A^erser sur la plaie quelques gouttes de la solution ammoniacale non diluée, quitte à avoir un effet caustique ; car il importe de neutraliser le poison au plus vite. Dans le cas de piqûres de cousins, puces, punaises, etc., on fait des lotions avec l’ammoniaque très diluée ou l’on emploie un collodion ammoniacal ainsi formulé :

Collodiou 3 grammes.

Acide salicyliqiie 0 gr. 30

Ammoniaque XL gouttes.

Verser quelques gouttes sur les parties piquées ou mordues (Schwartz).

Comme stimulant interne et diaphorétique, on se servait autrefois d’une préparation tombée dans l’oubli [Esprit de Sylviiis), et on continue à employer une préparation analogue, quoique de composition plus simple [Liqueur ammoniacale anisée). Les deux se prescrivent à la même dose (V gouttes par année d’àge dans une tisane ou une potion) :

1° Esprit de Sylvius ou alcoolat ammoniacal aromatique :

Écorces fraîches d'orange et de citron .îa H)0 grammes.

A’anille —

Cannelle *•'> —

Girolle —

(Chlorhydrate d’ammoniaque \

Carbonate de potasse ( - grammes.

Eau de cannelle V

Alcool à 80“ J

2° Liqueur ammoniacale anisée :

Alcool 96 grammes.

Essence d’auis 3 —

Ammoniaque 24 —

La plupart des sels ammoniacaux jouissent d’ailleurs, pris à l’intérieur, de propriétés stimulantes et diapliorétiques. Parmi les plus énergiques, il faut citer le carbonate d'ammoniaque^ qui se prescrit à la dose de 5 à 10 centigrammes par année d’àge en potion :

1“ Carbonate d’ammoniaque 0 gr. 40

Potion gommeuse GO grammes.

Par cuillerées à café d’heure en heure (enfant de quatre à huit ans).

Le carbonate d’ammoniaque forme la base des sels anglais^ employés contre les défaillances, vapeurs^ etc.

2« Chlorhydrate d’ammoniaque 0 gr. 50

Sirop de cerises 20 grammes.

Eau de menthe 40 —

Même mode d’emploi.

Bézy a employé avec succès le cblorliydrate d’ammoniaque dans le rachitisme ;

Bicarbonate de soude 0 gr. 50

Chlorhydrate d’ammoniaque 0 gr. 20

Sirop de fleurs d’oranger 60 grammes.

Ces préparations sont souvent utilisées dans les catarrhes bronchiques, la grippe, etc.

Le citrate d'ammoniaque jouit des mêmes propriétés ; on le prescrit à la dose de 10 centigrammes par année d’âge :

\ t as

âa 0 gr. 30

Carbonate d’ammoniaque

Acide citrique

Eau distillée 5 grammes.

Sirop de limons 50 —

A prendre en quati’e ou cinq fois dans la journée.

\L acétate d' ammoniaque, beaucoup moins actif, peut se prescrire hardiment par grammes :

Acétate d’ammoniaque 5 grammes.

Oxymel scillitique 10 —

Sirop de fleurs d’oranger 10 —

Cognac '. 10 —

Eau de tilleul 60 —

A prendre par cuillerées (enfant de cinq ans).

AMMUNIAUUE.

hc phosphate d'ammoniaque^ le benzoate d'ammoniaque^ utilisés surtout contre la gravelle, pourraient trouver leur emploi chez les enfants qu’on soupçonnerait de lithiase rénale. On peut en donner 40 à oO centigrammes par année d’àge.

Comme antispasmodique, calmant, sédatif, les deux préparations ammoniacales usitées sont : le bromure d’ammonium et le valérianate d'ammoniaque.

Le bromure d' ammonium, sédatif nerveux et pulmonaire, applicable par conséquent aux quintes de coqueluche, à la laryngite striduleuse, comme aux névroses convulsives (épilepsie, hystérie, chorée, éclampsie), comme à l’insomnie, à l’excitation cérébrale, àl’énurésie nocturne, se prescrit à la dose de 10 à 20 centigrammes par année d’âge, soit seul, soit associé au bromure de camphre, de potassium, de sodium, au chloral. Ne pas oublier que c’est un irritant du tube digestif.

Bromure d'ammonium O gr. 50

Eau chloroformée 10 grammes.

Sirop d’oranges 80 —

Par cuillerées à potages toutes les deux heures (enfant de cinq ans).

Le valérianate d' ammoniaque est très actif et applicable aux étals spasmodiques, aux convulsions, à la tétanie, à l’excitation cérébrale. On le donne à la dose de o à 20 centigrammes par jour, suivant l’âge :

Valérianate d’ammoniaque 0 gr. 10

Glycérine 10 grammes.

Sirop de fleurs d’oranger 10 —

Eau de fenouil 50 —

Une cuillerée toutes les trois heures.

Daucliez l’a donné en lavement chez les filles nerveuses au moment de la puberté ;

Valérianate d’ammoniaque 0 gr. 30

Camphre pulvéï'isé 0 gr. 25

Jaune d’œuf I

Décoction de valériane 200 grammes.

Localement, on peut employer les préparations ammoniacales à titre révulsif ou antiseptique. La plus populaire des solutions ammoniacales révulsives et dérivatives est Veau sédative, dont la composition est la suivante :

Ammoniaque liquide

Sel marin

Camphre

Eau distillée

Esseuce de roses

100 grammes.

On trempe des compresses dans ce liquide et on les applique sur le Iront en cas de céphalalgie, de somnolence comateuse, etc. Si la solution est trop irritante, on l’étend de moitié eau. Elle pourrait en effet déterminer de la vésication.

On peut faire de la vésication rapide en employant le liquide vésicant de Guépin : Ammoniaque concentrée, 1 partie ; huile camphrée, 2 parties. On prend une feuille de ouate de la grandeur voulue, on la mouille avec le liquide précédent et on l’applique pendant dix ou quinze minutes sur la peau.

On a fait aussi de la vésication avec la pommade de Gondret :

Suif et axoüge Sli 1 partie.

Ammouiaque à 25® 2 parties.

Contre les douleurs rhumatismales ou autres, on peut faire des frictions ou des onctions avec les liniments ammoniacaux suivants :

l" Huile d’amaudes douces ou camphrée 90 grammes.

Ammoniaque 10 —

2“ Baume de Fioravauti / ^

Huile d olive l °

Alcool camphré 15 —

Ammoniaque 5 —

Liuiment excitant des hôpitaux.

Le baume opodeldoch, qui a une action analogue, est un mélange de savon animal et d’alcool ammoniacal camphré (4 grammes d’ammoniaque pour 125 d’alcool).

Contre les œdèmes des membres, le purpura, le prurigo chronique, etc., les enveloppements permanents de compresses imbibées de la solution résolutive suivante sont très efficaces :

3® Chlorhydrate d’ammoniaque 50 grammes.

Eau Q. S. pour 1 litre.

Enfin on employait beaucoup autrefois des pommades caustiques ou résolutives faites avec l’ammoniaque. La pommade de Gondret (suif et axonge, âà 32 grammes; ammoniaque, 64 grammes) était employée sur la partie antérieure de la tète rasée dans les cas d’amaurose. Les pommades suivantes étaient

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