‹ Les médicaments chez les enfantsChapitre 37 sur 385 · ANIS · texte numérisé non relu

ANIS

On entend par anis ordinaire, anis vert, semences d' unis, les fruits d’une ombellifère, la Pimpinella anisiim. C’est la seule partie de la plante qui soit employée en médecine.

On emploie les semences d’anis seules ou associées à celles de carvi, coriandre, fenouil [espèces carminatives). Avec o ou 10 grammes de ce mélange pour SOO grammes d’eau bouillante, on fait la tisane carminative. La tisane d’anis se prépare aA'ec 5 grammes de semences pour 500 (infusion). La poudre d’anis a peu de valeur, car l’huile essentielle se perd par suite de la dessiccation et de la pulvérisation. La teinture d’anis se prépare avec 1 gramme de semences pour 5 d’alcool à 80® (dose : 4 à 15 grammes). \d eau distillée d’anis peut se donner à la dose de 40 à 50 grammes en potion. \d essence d'a?iis sert à aromatiser les potions à la dose de quelques gouttes :

Essence d’.inis X gouttes.

Alcool à 9ü« 10 grammes .

Julep gommen.K 120 —

On peut l’associer à l’éther.

L’anis passe pour galactagogue ; il est surtout carminatit et trouve son emploi dans la dyspepsie llatulenlo, les coliques, le tympanisme, les diarrhées.

ANTIMOINE

Le rôle joué par les compositions antimoniées, en thérapeutique, a subi des fortunes diverses ; peu de médicaments ont fait verser autant d’encre que l’antimoine.

Prôné avec enthousiasme par ses partisans, il a été dénigré sans mesure par scs détracteurs.

ANTIMOINE

Des luttes homériques, dont nous rions aujourd’hui, se sont livrées à l’occasion de l’antimoine, aux xvi' et xvii' siècles.

Ce poison, dont les anciens avaient peu usé, eut pour parrain Paracelse ; il fit d’abord son chemin en Allemagne, et ne prit faveur en France que vers le milieu du xvi® siècle. C’est en vain que la Faculté de Paris se dressa contre lui et obtint du Parlement un arrêt d’interdiction (lo66). L’antimoine fit son chemin et les virulentes diatribes de Gui Patin ne prévalurent pas contre ses succès.

En 1620, Cornachinus (de Pise) fait connaître sa poudre, dite encore poudre de tribus ou cornachine, composée à parties égales de scammonée, de crème de tartre et d’oxyde blanc d’antimoine.

En 1631, l’émétique est découvert par Adrien de Mynsicht, et sa préparation est obtenue par Glauber (1648) avec la crème de tartre et le protoxyde d’antimoine cristallisé.

Le jeune Louis XIV tombe gravement malade à Calais ; ses médecins lui donnent du tartre stibié, il guérit. Cet éclatant succès met fin à l’ardeur des polémiques, et en 1682, Guillaume Lamy clôt la controverse par une étude remarquable et vraiment scientifique, dont toutes les exagérations sont exclues.

Le kerjnès (oxysrdfure d’antimoine hydraté) dont Glauber connaissait aussi la préparation, ne commença à se répandre qu’après la guérison d’un chartreux, en 1714, auquel le chirurgien La Ligorie avait donné le nouveau médicament [Poudre des C/iartreux). En 1720, le gouvernement achète le secret du remède au chirurgien La Ligerie, qui exploita ainsi une découverte dont il n’était pas l’auteur.

En 1800, Rasori, à Gênes, prescrit le tartre stibié à doses formidables et crée la doctrine du contro-stimulisme ; sa méthode est adoptée en France par Laënnec, puis par Louis.

Trousseau met à la mode Voxyde blanc d'antimoine ou biantimoniate de potasse, très employé encore aujourd’hui en médecine infantile.

Pour l’usage externe, le médecin anglais Bradley (1773) semble avoir employé le premier la pommade stibiée, que Autenrieth devait populariser en Allemagne (1802) et qui porte toujours le nom de pommade d’Autenrieth.

Quoique raiitimoine soit bien déchu de sa grandeur passée, il n’est pas encore banni de la thérapeutique et nous devons étudier

les trois formes principales sous lesquelles on continue à le prescrire : I® tartre stihié, émétique, ou tartrate antirnonio-potassique ; 2® kermès minéral, poudre des Chartreux, oxysulfure d’antimoine hydraté ; 3® oxyde blanc d'antimoine^ biantimoniate de potasse.

Action physiologique. — Pour résumer en quelques lignes l’action jiliysiologique des préparations antimoniées, nous considérerons surtout Vémétique, la plus connue et la plus énergique.

1® Le tartre stibié a une action locale irritante sur la peau et sur les muqueuses, quand le contact se prolonge un peu, et quand le médicament se présente sous forme soluble.

A la peau, l’application des pommades ou des emplâtres stibiés se traduit par une pustulation spéciale, par la production de petits éléments d’ecthyma, connue sous le nom de pustulation stibiée^ d'ecthyma stibié. Cette action irritante locale a été utilisée comme révulsion dans la coqueluche, les affections broncho-pulmonaires aiguës ou chroniques, les arthrites rhumatismales, les hydropisies, la gastro-entérite, la méningite tuberculeuse, la dysenterie, l’hépatite, etc.

Sur les muqueuses, le tartre stibié exerce aussi une irritation des plus vives, quand il est prescrit en solution trop concentrée ou à doses trop fortes, trop répétées. Là encore il se produit une pustulation stibiée, qu’on a retrouvée dans la bouche, dans la gorge, dans l’œsophage, dans l’estomac et l’intestin. Ce qu’on a appelé le choléra stibié est en relation parfois avec une gastroentérite pustuleuse par abus de l’émétique. On a même noté des hématémèses et du melæna.

On évitera ces actions locales excessives en diluant et fractionnant le médicament, et en faisant prendre une grande quantité de lait.

2® Actionindirecte ou à distance. — L’action locale et directe du tartre stibié est de moins en moins utilisée aujourd’hui; quant à son action thérapeutique générale, elle peut se résumer dans ces trois mots latins que Delioux de Savignac emprunte à Libavius : vomere, cacare., sudare.

Le tartre stibié est donc à la fois un vomitif, un purgatif, un , diaphorétique.

L’action vomitive est certaine ; elle se produit aussitôt que le médicament a impressionné les terminaisons du nerf pneumogas-

ANTIMOINE

trique dans l’estomac ; mais elle peut se produire quand le médicament est introduit dans les veines, alors même que l’estomac de l’animal en expérience aurait été enlevé et remplacé par une vessie de cochon (Magendie). Le médicament agit sur le centre vomitif du bulbe.

Quand on répète les doses, quand on associe l’opium au médicament, on peut éviter l’action vomitive, et obtenir la tolérance.

De même, si l’on dilue abondamment l’émétique (5 centigrammes par litre), éméticiue en lavage.^ l’action vomitive est remplacée par la purgation.

Quand la dose est faible, on peut n’avoir que des nausées, delà salivation, de l’hypersécrétion des glandes buccales, gastriques, intestinales, etc.

L’émétique produit la diarrhée, non seulement parce qu’il est un agent irritant, mais encore parce qu’il est un hypercrinique, un hypersécréteur. Il pénètre dans tous les viscères, dans le foie, les reins; il passe dans le sang, dans le lait, dans l’urine, dans la sueur.

A doses fortes, l’action purgative est énorme, et l’on peut avoir le tableau du choléra avec collapsus et algidité.

La diaphorèse, observée très nettement dans quelques cas, n’est pas constante.

Le kermès, l’oxyde blanc d’antimoine, à doses modérées, n’ont pas d’action vomitive, ni purgative, mais ils sont nauséeux et expectorants, en favorisant la sécrétion des bronches, en liquéfiant les mucosités, en stimulant les fibres contractiles des canaux bronchiques.

3® Action altérante., hyposthé7iisante ^ contro-stimulante . — Les antimoniaux sont des médicaments débilitants, ralentissant les mouvements du cœur et de la respiration, abaissant la fièvre, favorisant l’adynamie et le collapsus. A dose forte, ils exagèrent le pouvoir excito-moteur de la moelle, et provoquent des convulsions, des secousses tétaniques.

Ils sont altérants, à la manière de l’arsenic, se fixant comme lui dans le foie, dont ils peuvent amener la dégénérescence graisseuse.

Les contrepoisons de réméti({ue sont :• la noix de galle, le quinquina (infusion), le café, le thé, etc. Le tanin de la noix de galle est le plus actif des antidotes du tartre stibié.

Indic.vtioxs kï cOiNTiœ-i.MJic axions. — On a dit que l’antimoine,

et spécialement l’émétique, était trop déprimant pour les enfants, et qu’il fallait le réserver pour les adultes.

Je ne crois pas que l’âge soit une contre-indication absolue, surtout quand on emploie le médicament à dose modérée.

Les excès de la méthode rasorienne ont jeté sur l’émétique une défaveur qu’il ne mérite pas. L’abattement n’est pas plus grand par l’émétique que par l’ipéca, au contraire, et les doses que nous indiquerons plus loin offrent toute sécurité dans la médecine des enfants.

On s’abstiendra d’antimoine, et surtout d’émétique, dans les cas où l’adynamie est très prononcée, où les forces de l’enfant baissent, où l’iiyperstliénie est indiquée plutôt que l’bypostbénie, etc.

Dans les fièvres graves, adynamiques, dans la fièvre typhoïde, la scarlatine, la variole, la rougeole, pas d’émétique; pas d’émétique dans le catarrhe suffocant arrivé à la dernière période, dans la diphtérie infectieuse, etc. ; pas d’émétique dans la diarrhée infantile, la gastro-entérite aiguë, la tuberculose intestinale, etc.

Mais l’antimoine peut trouver place dans la médication des bronchites aiguës, de la pleurésie, de la pneumonie franche, de la grippe, du croup au début, de la coqueluche, de certaines formes congestives de phtisie pulmonaire, de l’embarras gastrique fébrile, etc.

L’émétique a donné de brillants succès dans la chorée de Sydenham, comme l’arsenic, dont on peut le rapprocher.

Dans le rhumatisme articulaire aigu, compliqué de pleurésie, de péricardite, l’émétique, entre les mains de M. Jaccoud, a fait merveille.

Enfin, dans l’empoisonnement saturnin, le fameux traitement de la Charité, qui a sauvé tant d’existences, doit son efficacité à l’émétique.

L’émétique n’abat pas plus les enfants que l’ipéca ; à coup sûr, il les secoue moins, et son emploi modéré ii’oITre aucun danger.

Quant au kermès, et surtout à l’oxyde blanc d’antimoine, leur usage en médecine infantile ne présente aucun inconvénient; ils sont très bien tolérés, surtout le dernier, par tes enfants de tout âge.

l’osor.ociK. — Comment et à quelles doses devons-nous prescrire les préj)arations d’antimoine chez les enfants?

ANTIMOINE

r Émétique, ou tartrate double d’antimoine et de potasse. Je n’oserai pas reprendre aujourd’hui les doses rasoriennes que Bouley, Gillette employaient contre la chorée ; il faudrait que le cas fût bien grave, bien rebelle aux autres médications, pour donner journellement, dans la seconde enfance, des doses croissantes de 20, 30, 40, SO centigrammes d’émétique.

.Mais on peut prescrire, sans inconvénient, dans une potion de 120 à loO grammes, comme vomitif ou éméto-cathartique, un demi- centigramme d’émétique par année d’àge :

Tartre stibié 0 gr. 05

Sulfate de soude 10 grauimes.

Sirop de groseilles 10 —

Eau distillée. 300 —

k preudre en deux ou trois gorgées, en une heure, le matin à jeun, pour un enfant de dix ans.

Certains enfants sont réfractaires à l’ipéca et vomiront avec quelques centigrammes d’émétique dans un demi-verre d’eau chaude :

Tartre stibié 0 gr. 03

Eau chaude 100 grammes.

k prendre en une fois pour un enfant de six ans.

.Autrefois, à l’hôpital des Enfants, on donnait la potion suivante, par cuillerées, aux enfants atteints de croup :

Émétique

Sirop d’ipéca

Oxymel scillitique. . .

Infusion de polygala

0 gr. 10 30 grammes.

Dans la coqueluche, J. Bergeron prescrivait de petites pilules contenant chacune :

Tartre stibié /

Extrait de belladone j

Excipient

On en donnera cinq à dix par jour.

1 milligramme.

Si l’on veut avoir une action purgative, sans vomissement, on prescrira l’émétique en lavage comme suit :

Tartre stibié 3 à 5 centigrammes.

Eau 500 grammes.

Prendre par demi-verres dans la journée.

l*oiu’ l’usage externe, on se sert, surtout dans lacoqueluciie, de la pommade d’Autenrieth :

Émétique tO grammes.

Axonge 30 —

On fait des frictions sur le dos, entre les épaules, avec gros comme un pois de cette pommade, et on obtient des pustules qui durent environ cinq jours (révulsion assez énergique), et laissent des cicatrices.

Cette révulsion est mitigée par l’emploi des emplâtres ou sparadraps stibiés qui sont faits, soit avec la poix de Bourgogne, soit avec l’emplâtre de ciguë, soit avec l’emplâtre diacliylon. Ou saupoudre avec 20, 30, 50 centigrammes de tartre stibié pulvérisé, avant d’appliquer l’emplâtre qu’on laisse plusieurs heures, une demi-journée, sur la peau.

Ce n’est pas seulement dans les affections des voies respiratoires qu’on a employé la révulsion stibiée, mais dans la méningite, la surdité, les maladies de foie, de l’intestin, du péritoine, dans les nævi, etc.

2“ Kermès^ ou oxysulfure d’antimoine hydraté, est une poudre rougeâtre, insoluble, qui peut se donner à la dose &'im centigramme par année d’âge ; il est beaucoup moins actif et moins dangereux que l’émétique.

On fait des pastilles qui contiennent un centigramme de kermès minéral chacune; en cas de bronchite, de coqueluche, etc., on pourra prescrire deux, trois, cinq pastilles ou tablettes de ce genre par jour, suivant l’âge des enfants. En potion, on formulera :

Kermès miuéral Ü gr. 05

Oxymel scillitique 10 grammes.

Sirop de fleurs d’oranger 10 —

Julep gommeux 100 —

A prendre par cuillerées de deux heures en deux heures pour uu enfant de cinq ans. Agitez à chaque prise.

Ou bien :

Looch blanc

Kermès minéral

Pour un enfant de dix ans.

C’est dans les affections des voies respiratoires qu’on emploiera de préférence le kermès. (Cependant Devergie l’avait jiréconisé contre le psoriasis et certaines autres dermopalbies ; et Campar-

120 grammes.

O gr, 10

ANTHRAROBINE.

don dit s’en être bien trouvé, à la dose de S milligrammes par jour, dans la couperose.

3“ Oxyde blanc d'antimoine, ou antimoine diaphorétique lavé, biantimoniate de potasse. C’est la préparation antimoniée la plus inoffensive et la plus recommandable par conséquent chez les enfants du premier âge.

On peut en donner 20 centigrammes par année d’âge, sans aucun risque, c’est-à-dire 1 gramme à cinq ans, 2 grammes à dix ans.

Trousseau prescrivait :

Looch Liane du Codex 150 grammes.

Oxyde blanc d’antimoine 4 —

Agitez, une cuillerée toutes les deux heures. ^

On peut formuler ainsi, pour un enfant de quatre à cinq ans :

Oxyde blauc d'antimoine 1 gramme.

Sirop de loin. 30 gramme=.

Eau distillée 70 —

Par cuillerées à dessert de deux heures en deux heures.

Comme éméto-cathartique, on pourrait fort bien donner, dans une cuillerée de lait ou d’eau sucrée, 2o à 50 centigrammes de la poudre de tribus ou cornachine :

Scammonée \

Crème de tartre | ââ parties égales.

Oxyde blanc d’antimoine )

Cette préparation, il est vrai, est fort oubliée ; mais sa composition est très rationnelle.

En résumé, l’antimoine ne mérite ni l’enthousiasme dont il a joui autrefois, ni le mépris qu’on lui témoigne aujourd’hui. Il peut encore, dans un rang modeste et elfacé, nous rendre quelques services en médecine infantile, non pas qu’il soit doué d’aucune vertu spécifique, mais par sesjpropriétés évacuantes, hyposlhénisantes et altérantes.

Ces propriétés, il les possède réellement et à un haut degré; le difficile est de les utiliser dans la pratique.

ANTHRAROBINE

C’est un produit de réduction de l’alizarine, se présentant sous forme de poudre blanc jaunâtre, altérable à la lumière et à

rhiiinidité. Elle est soluble dans la glycérine et l’alcool (1 p. 10).

Employée dans les dermatoses comme la chrysarobine, en pommade à 1 p. 10 (psoriasis).

ANTIPYRINE

L’antipyrine, qu’on a voulu appeler encore analgésine, dimétJujloxijquinizine^ phénijldhnéthylpyi'azolone^ a été découverte par Knorr, d’Erlaiigen. C’est un produit de synthèse chimique, le meilleur peut-être de tous ces nouveaux poisons que la pharmacopée allemande a lancés dans la thérapeutique humaine. D’après G. Grinon {Revue des médicaments nouveaux, 6® édition, 1899, chez Rueff), l’antipyrine s’obtient par l’action du chlorure de méthyle sur roxyméthylquinizine, qui donne ainsi V oxyméthylquinizine méthylée. La formule serait C“lPL\z-0.

Ce qu’il importe surtout aux médecins de savoir, c’est que l’antipyrine se présente sous forme d’une poudre blanche cristalline, très soluble, sans odeur, un peu amère, qui se colore en rouge brun par le perchlorure de fer, en vert par l’acide azotique nitreux. Elle a la propriété, précieuse dans certains cas, d’augmenter la solubilité de certains médicaments très employés chez les enfants, tels que la caféine, la quinine, etc.

Mélangée avec le salicylate de soude, elle forme la saiipyrine\ avec le chloral, elle forme une pâte liquide [chloral-antipyrine).

Ce qu'il faut savoir encore, c’est que l’antipyrine est un médicament peu dangereux, peu toxique, le moins dangereux peutêtre de tous les analgésiques antithermiques connus, celui qui attaque le moins les globules du sang, et qui ménage par suite le mieux la vitalité des sujets. Avec l’antipyrine, môme à haute dose, on est presque sûr de ne jamais nuire aux malades, et c’est là un grand point.

On a reproché à l’antipyrine de diminuer, d’arrêter parfois la sécrétion urinaire; ce danger serait à craindre chez les personnes qui ont un rein malade, chez les brightiques, chez les artérioscléreux; chez les enfants, il ne compte pas, car l’élimination de l’antipyrine se fait avec une rapidité extraordinaire.

Un de mes externes, M. Ilubrecht, a recueilli les urines d’un certain nombre de choréi([ues traités par l’antipyrine, et il a pu voirque ^élimination du médicament (réaction par le perchlorure

ANTIPYRINE

de fer) commençait pour ainsi dire immédiatement. Dans un cas, les urines, recueillies dix minutes après l’ingestion d’un gramme d’antipyrine, donnaient la réaction très nette de ce produit. Cette élimination continue ensuite pendant plusieurs heures pour s’achever après dix ou douze heures.

L’antipyrine a été encore accusée de déterminer des éruptions plus ou moins étendues, des rash scarlatiniformes. Nous avons vu quelquefois en efl'et des doses fortes d’antipyrine amener un érythème en larges placards, très caractéristique. Mais cet érythème pathogénétique n’incommodait pas les malades, n’avait pas de suites fâcheuses, et cédait aussitôt que le médicament était suspendu.

Quant aux vertiges, au collapsus, aux troubles gastriques, nous ne les avons pas relevés chez les enfants soumis à l’usage de l’antipyrine. Ne sait-on pas d’ailleurs qu’il faut 1 gr. 60 d’antipyrine par kilogramme d’animal pour provoquer des phénomènes toxiques? Ce médicament offre donc toute sécurité aux médecins d’enfants. Reste à déterminer ses indications et contre-indications, et sa posologie.

Indications et contre-indications. — Le nom donné primitivement à l’antipyrine indique qu’on l’avait d’abord considérée comme un antithermique, et c’est dans les alï’ections fébriles qu’il faut avant tout envisager son action. Cette action est indiscutable.

L’antipyrine abaisse la température des fébricitants, c’est un médicament de la fièvre.

Déjà, pour ce qui est de l’emploi de l’antipyrine chez les enfants, Moncorvo (Paris, 1886) aA’ait bien montré que ce médicament était un antipyrétique des plus fidèles et des plus sûrs. Si l’on veut bien reprendre ses observations, on ne tardera pas à s’assurer qu’il était dans le vrai.

Toutes les maladies aiguës fébriles, la fièvre typhoïde, la rougeole, la scarlatine, la variole, le rhumatisme articulaire aigu, la pneumonie . franche, la méningite, etc., etc., peuvent être attaquées par l’antipyrine et avec succès, si l’on a égard à l’élément fièvre qui caractérise toutes ces maladies.

Veut-on abaisser la température en pareil cas, il suffit de donner une bonne dose d’antipyrine, et aussitôt on A’oit la courbe lléchir del, 1,5, 2 degrés; l’abaissement commence dès la première heure, s’accentue dans la seconde, se maintient dans la troisième, même dans la quatrième, et souvent ce n’est que cinq

LES MEDICAMENTS CHEZ lÆS ENFANTS.

heures après qu’on voit la colonne lhermoniétrique remonter au niveau qu’elle présentait avant l’emploi du médicament.

Sans doute, la maladie aiguë n’en continue pas moins son évolution, et le cycle thermique s’achève, comme si de rien n’élait ; il n’en est pas moins vrai que, pendant quelques heures, on a soustrait de la chaleur et procuré une détente, un soulagement au malade. Voilà comment il faut comprendre l’action de l’antipyrine dans les fièvres.

Donc on pourra donner l’antipyrine dans tous les cas que je viens d’énumérer, s’il n’y a pas de contre-indication tirée de l’état des reins, de la faiblesse de l’enfant, de son état nerveux, etc. Eu cas d’albuminurie notable, d’urémie, de tendance au collapsus et à la cyanose, de délire, de vomissements, d’intolérance gastrique, on s’abstiendra.

Mais, dans les états fébriles, on ne devra demander à l’antipyrine qu’une chose, pour ne pas avoir de déception, à savoir V abaissement passager de la température du malade.

Quelqnefois l’antipyrine ne produit pas cet abaissement espéré, et il ne faut pas insister ; on s’adressera alors soit à la quinine^ soit à l’eau froide.

L’impuissance de l’antipyrine se voit surtout dans les cas graves, compliqués; elle est d’un fâcheux pronostic.

Si l’antipyrine est peu efficace contre certaines fièvres qui, comme la malaria, ont trouvé leur remède spécifique, la quinine, elle a, par contre, une supériorité sur la quinine dans la fièvre des tuberculeux.

Donnée quelques heures avant les accès vespéraux de cette pseudo-intermittente des phtisiques, elle les prévient ou les atténue, sans porter atteinte aux fonctions organiques du malade.

Chez un jeune phtisique qui présentait des oscillations considé- Tahles, de 37“ à 40“, du matin au soir, j’ai pu, grâce à l’antipyrine, abaisser de 2 degrés l’amplitude de ces oscillations.

Dans les maladies du système nerveux, l’antipyrine peut rendre de très grands services; c’est un médicament nervin, qui agit à la fois comme analgésique et comme antispasmodique.

Contre la migraine, contre les névralgies de la face, on prescrira hardiment l’antipyrine, et on obtiendra presque toujours un soulagement.

Dans les convulsions de l’enfance, on pourra essayer l’antipy-

ANTIPYRINE

rine, en lavement surtout, l’enfant ne pouvant avaler facilement ; le D' Monteuuis aurait obtenu, par les lavements d’antipyrine combinés avec les enveloppements froids des jambes [hottes mouillées), des succès remarquables en pareil cas.

Dans la chorée, l’antipyrine, donnée à haute dose, agit d’une façon rapide et permet de triompher de l’agitation des malades mieux que tout autre médicament.

Dans toutes les affections spasmodiques des centres nerveux (chorée, contractures, athétose, accès épileptiformes, tétanie), on ne manquera pas d’essayer l’antipyrine. On l’essaiera aussi contre le spasme de la coqueluche.

Pour ce qui est des névralgies, l’antipyrine agit mieux et plus sûrement sur les manifestations douloureuses de la tête que sur celles des membres. L’expérimentation nous rend compte de ce fait.

Le D’’ Langlois a montré en effet, par des expériences faites sur les chiens, que l’antipyrine agissait sur les centres nerveux, et principalement sur les centres supérieurs ; et la clinique a confirmé ces données expérimentales, en montrant que l’action analgésiante de l’antipyrine s’exerçait de préférence sur les nerfs d’origine bulbo-protubérantielle. Peut-être même l’action antithermique de l’antipyrine se rattache-t-elle à son action sur les centres nerveux régulateurs de la chaleur en même temps qu’à ses propriétés vaso-dilatatrices (Voy. la thèse de E. Delisle, Étude sur V antipyrine , Paris 189S).

L’action modératrice sur le système nerveux devait faire employer l’antipyrine dans le diabète; et en effet elle est indiquée dans certaines formes de glycosurie persistante, chez les enfants nerveux et excitables.

En applications locales, l’antipyrine est hémostatique et on pourrait l’employer contre les hémorragies traumatiques ou spontanées et en particulier les épistaxis.

On a voulu aussi utiliser l’action d’arrêt que possède l’antipyrine sur la sécrétion des glandes. C’est ainsi qu’on voit des nourrices perdre parfois leur lait à la suite de l’ingestion d’une ou plusieurs doses d’antipyrine.

Dans les diarrhées de Penfance, dans celles surtout de la première enfance, le D" IL Saint-lMiilippe (de Bordeaux) a préconisé l’antipyrine, à laquelle il reconnaît le pouvoir de calmer les

douleurs, les spasmes intestinaux, et de modérer les sécrétions de la muqueuse. Il lui accorde môme une certaine valeur antiseptique.

A tous ces titres, l’antipyrine pourrait rendre des services dansles diarrhées simples de la première enfance, et il n’y a pas d’inconvénient à la prescrire.

Dans l’incontinence essentielle d’urine chez les jeunes sujets,^ l’antipyrine peut également réussir.

On voit que l’antipyrine a un champ d’application très vaste en médecine infantile, lleste à étudier le mode d’administration et les doses du médicament.

PosoLOGtE. — L’antipyrine peut se prescrire par la bouche, par le rectum, par la voie sous-cutanée. Je parlerai d’abord de ces deux derniers modes d’introduction, qui sont les moins usités.

L’administration de l’antipyrine en lavement n’est justifiée que dans les cas où l’enfant ne peut avaler le médicament, ou le vomit obstinément. Soit un enfant en proie à des convulsions, à des spasmes tétaniques, ou dont l’estomac est intolérant ; on pourra prescrire un lavement qui devra être gardé et par conséquent très petit :

Eau bouillie tiède 50 à 100 grammes.

Autipyi’ine 1 à 2 —

Laudanum de Sydenham I goutte.

Pour un lavement qu’on administrera à l’aide d’une poire en caoutchouc ou d’une petite seringue. Ce lavement pourra être renouvelé.

Si l’on veut agir vite, on peut introduire Tantipyrine dans le tissu cellulaire sous-cutané avec la seringue de Pravaz. On prescrira la solution suivante :

Antipyrine 4 grammes.

Eau de laurier-cerise 4 —

Eau distillée C —

Une à quatre seringues de Pravaz par jour suivant l’âge.

Quelquefois on associe l’antipyrine à la quinine, surtout pour faciliter la solubilité du sel quinique.

Chlorhydrate basique de quinine 3 grammes.

Antipyrine 2 —

Eau distillée Q. S. pour 10 centimètres cubes.

Une seringue de Pravaz contient alors 20 centigrammes d’antipyrine et 30 centigrammes de chlorhydrate de quinine.

ANTIPYRINE

Mais c’est par la voie buccale que l’antipyrine est prise couramment. Son goût n’est pas mauvais et peut être aisément masqué par un sirop, surtout par le sirop d’écorces d’oranges qui est un bon véhicule de l’antipyrine. L’usage des paquets ou des cachets est très restreint dans l’enfance, et ce n’est qu’à des sujets déjà grands qu’on pourrait donner l’antipyrine sous cette forme.

S’il s’agit d’un tout petit enfant, atteint de diarrhée simple, qu’onveuttraiterpar la méthode de M. Saint-Philippe, on presérira à son exemple :

Antipyrine

Sirop simple

Eau distillée de tilleul

I an 50 grammes.

Une cuillerée à café toutes les deux heures avant la tetée ou le repas ; à partir d’un an, on double la dose.

Dans la seconde enfance, contre la chorée par exemple, il faut procéder à doses massives, non fractionnées. J’ai pour habitude de prescrire SO centigrammes par année d’âge (soit 3 grammes à six ans, 4 grammes à huit ans, 5 à dix ans, 6 grammes à douze ans).

Cette dose quotidienne doit être prise en trois ou quatre fois, de façon que l’enfant ahsorhe en une fois 1 gramme, 1 gr. SO et même 2 grammes d’antipyrine.

On prescrira :

Eau distillée 200 grammes.

Sirop d’écorces d'oranges 100 —

Antipyrine 20 —

En prendre de trois à six cuillerées par jour suivant l’âge.

Ces doses fortes peuvent être continuées pendant huit, dix, quinze jours et davantage. J’ai vu des choréiques prendre ainsi en deux ou trois semaines 100, 120, ISO grammes d’antipyrine, sans en être incommodés.

Si l’antipyrine est mal tolérée et détermine des douleurs d’estomac, on l’associera au bicarbonate de soude ou on la fera prendre dans de l’eau de Vichy.

Si l’on veut attaquer l’incontinence essentielle d’urine, dont les paroxysmes sont surtout nocturnes, on donnera l’antipyrine le soir, quelques heures avant le coucher, de façon que l’enfant prenne, en deux ou trois heures, 3 à 4 grammes d’antipyrine.

On peut associer l’antipyrine à la caféine, pour rendre cette

dernière substance soluble, et ajouter l’extrait de réglisse pour dissimuler l’amertume du remède ;

Antipyrine 2 grammes.

Caféine 1 gramme.

Extrait de réglisse C grammes.

Sirop de menthe 20 —

Eau distillée GO —

Une cuillerée à soupe d’heure en heure.

Si l’on veut faire des injections hypodermiques, on pourra prescrire :

Caféine ) „

Antipyrine 5 ^ grammes.

Eau distillée Q. S. pour 10 centimètres cubes.

Chaque seringue de Pravaz contiendra 20 centigrammes de caféine et 20 centigrammes d'antipyrine.

ANTISEPSIE INTESTINALE

Il est beaucoup question, depuis une vingtaine d’années, d’antisepsie intestinale ; le mot et la chose ont fait fortune, grâce surtout aux travaux du professeur Ch. Bouchard, de Paris. Ce n’est pas qu’on ne fît, depuis longtemps, très longtemps, la désinfection du tuhe digestif ; mais cette antisepsie, on la faisait sans le savoir, sans le dire, empiriquement.

Les purgatifs, les lavements, dont nos pères usaient et abusaient en toute occasion, et que Molière tournait en ridicule, n’agissent pas seulement par leur action mécanique et déplétive, mais encore et surtout par l’élimination des poisons et des matières putrides accumulées dans l’estomac et les intestins.

11 faut bien savoir qu’en prescrivant un purgatif quelconque ou un éméto-cathartique on assure l’antisepsie intestinale.

Mais cette antisepsie par les évacuants ne saurait être répétée indéfiniment, sans dommage pour les malades, et M. Bouchard a rendu un véritable service à la thérapeutique médicale, en permettant de faire une antisepsie intestinale indépendante des évacuations profuses et des spoliations acharnées qu’on se permettait autrefois.

C’est en étudiant la valeur antiseptique et la toxicité des substances insolubles, telles que la naphtaline et les naphtols, que

A N I' I S I-; P s 1 INTESTINALE.

Bouchard a donné le branle an fiiror antisepticus, qui entraîne aujourd’hui la généralité des médecins.

Mais auparavant il fallait montrer que le tube digestif est un laboratoire de poisons, que ces poisons sont éliminés rapidement par les émonctoires naturels et surtout par le filtre rénal ; que la rétention de ces poisons dans l’organisme peut se faire sentir quand le rein fonctionne mal. Cette démonstration a été donnée par Bouchard dans ses études sur la toxicité urinaire, et sur les effets secondaires de la dilatation de l’estomac.

Veut-on atteindre et diminuer celte toxicité urinaire et prévenir l’empoisonnement de l’organisme, il est logique de s’attaquer à la source même de l’auto-intoxication, au tube digestif.

Ainsi la doctrine de l’antisepsie intestinale a vu le jour.

Essayée d’abord chez les adultes, dans la fièvre typhoïde, dans l’ectasie gastrique, l’antisepsie intestinale a bientôt pris une place énorme dans la thérapeutique infantile; car, dans la première enfance, les troubles digestifs jouent un rôle de premier ordre, et les indications de l’antisepsie intestinale se posent tous les jours, impérieuses et urgentes.

.le vais passer en revue les indications de l’antisepsie intestinale chez les enfants, les principaux agents pharmaceutiques employés, le mode d’administration et le dosage de ces médicaments.

Indications. — Les antiseptiques sont avant tout indiqués dans les maladies du tube digestif; mais nous verrons qu’ils peuvent trouver leur emploi dans les maladies d’organes plus ou moins éloignés ou dans certaines maladies générales.

1® Maladies du tube digestif. — Les antiseptiques sont indiqués, au moins les antiseptiques insolubles, dans toutes les maladies du tube digestif, depuis la bouche jusqu’à l’anus. Sans parler de la nécessité et des avantages de l’antisepsie buccale dans les dilîérentes stomatites ou dans les fièvres éruptives, je rappellerai que certains antiseptiques, comme le salol, ont fait merveille dans le traitement de l’amygdalite aiguë et de l’angine pblegmoneiise. On fera donc l’antisepsie intestinale dans les angines aiguës.^ soit pour neutraliser les poisons déglutis, soit pour agir localement sur l’organe malade.

Toutes les maladies de l’estomac, depuis V indigestion., Rembarras gastrique., jusqu’à la dilatation de l'estomac et la dyspepsie.,

quelle qu’en soit la forme et quelle qu’en soit la cause, appellent l’antisepsie intestinale.

L’antisepsie intestinale s’impose enfin dans toutes les maladies de l’intestin, depuis la diarrhée simjyle jusqu’au choléra infantile.

On n’oubliera pas la pérityphlite, la dysenterie., la colique dysentéri forme., la constipation.

Dans ce dernier cas, on associera aux antiseptiques des doses suffisantes de poudres laxatives ou purgatives (rhubarbe, jalap, scammonée, magnésie).

2° Maladies du foie. — Le foie peut être considéré comme une annexe anatomique et physiologique du tube digestif ; le foie est constamment menacé par les microbes et les poisons du tube digestif qui peuvent l’atteindre, les premiers par le canal cholédoque, les seconds par la veine porte. L’antisepsie intestinale est donc indiquée à un double titre, curatif et prophylactique. Uictère catarrhaf la colique hépatique, la congestion du foie, la cirrhose, indiquent formellement l’antisepsie intestinale.

Cette antisepsie sera d’autant plus indiquée que le foie sera plus malade ; car cet organe est un. destructeur de poisons, et il faut suppléer à sa tâche, quand la maladie le rend incapable de la remplir.

3“ Maladies des reins. — Le rein est le premier émonctoire de l’organisme; c’est par lui que s’éliminent la plupart des poisons introduits ou élaborés dans le tube digestif; aussitôt que les reins sont malades, congestionnés, enflammés [albuminurie, néphrites aiguës ou chroniques, hématuries), à la moindre menace déurémie, il faut insister sur l’antisepsie intestinale, avec d’autant plus d’énergie que la sécrétion rénale sera plus compromise.

4“ Maladies de l'appareil circulatoire. — Quand le cœur est touché d’une façon sérieuse, quand la compensation est rompue entre la lésion et l’activité fonctionnelle du myocarde, à la période déasystolie des endocardites, dans la cyanose congénitale, dans les myocardites et péricardites, quand ces maladies ont déterminé un trouble circulatoire assez intense pour compromettre la circulation gastro-intestinale, pour mettre obstacle aux fonctions sécrétoires des glandes gastriques, intestinales, pancréatiques, aux fonctions excrétoires du foie et des reins, alors il est urgent

ANïISEPSlli: INTESTINALE.

de neutraliser au plus vite les poisons du tube digestif par les antiseptiques chimiques.

5“ Maladies de l'appareil respiratoire. — Les maladies du poumon, la broncho-pneumonie , pneumonie la tuberculose.! les pleurésies, peuvent donner des indications semblables par un mécanisme analogue, sans parler des relations que paraissent avoir certaines broncho-pneumonies infantiles avec les microbes de l’intestin (broncho-pneumonies d’origine intestinale, bacterium coli commune).

Dans tous ces cas, il est prudent et il peut devenir urgent de faire l’antisepsie intestinale. Il y a une autre raison, chez l’enfant, qui justifie l’antisepsie dans les affections du poumon et des bronches ; l’expectoration de tous les produits broncho-pulmonaires (on sait qu’ils sont souvent infectieux et toxiques) se fait dans l’estomac. II est indiqué de tarir cette source d’empoisonnement.

6“ Maladies du système nerveux. — Les maladies des centres nerveux, les méningites, la thrombose des sinus, les convidsions, qui paralysent l’intestin, amènent la constipation et tendent à accroître les putréfactions gastro-intestinales, indiquent l’emploi des antiseptiques. On peut se demander même quelquefois si certaines manifestations nerveuses, telles que convulsions, spasme de la glotte, tétanie, terreurs nocturnes, ne sont pas sous la dépendance de l’auto-intoxication, et, dans tous ces cas, il ne faut pas manquer d’administrer les antiseptiques usités, en même temps qu’on rectifiera les erreurs de régime.

7“ Maladies de la peau. — Chez l’enfant, plus encore que chez l’adulte, la peau est un émonctoire, et il faut penser à l’élimination cutanée des poisons élaborés dans le tube digestif. Beaucoup de dermatoses aiguës ou chroniques de l’enfance, V eczéma sec ou impétigineux, V eczéma séborrhéique, les érythèmes, Vurticaire, le prurigo, le strophulus, l’ocncet la furonculose , sont très souvent en relation avec des troubles passagers ou permanents delà digestion. Dans tous ces cas, il est indiqué d'agir, par les antiseptiques intestinaux, sur le tégument interne, sur la muqueuse gastrointestinale, pour améliorer ou guérir les efllorescences du tégument externe, de la peau. Pour moi, il y a un élément toxidermique à point de départ stomacal ou intestinal dans la plupart des maladies cutanées infantiles, et l’antisepsie intestinale doit être mise au premier plan dans la cure de ces maladies.

Maladies générales, dyscrasujucs. — Le rachitisme^ la chlorose^ Vanémie pernicieuse^ si souvent précédés ou accompagnés de troubles digestifs, commandent l’emploi des antiseptiques, pour faire disparaître une source d’épuisement et de dénutrition. Lesenfants atteints de ces maladies doivent être traités comme des dyspeptiques, qu’ils sont en réalité pour la plupart.

9° Maladies infectieuses. — Les maladies infectieuses aigues,- \q. fièvre typhoïde., les fièvres éruptives., [agrippe, la diphtérie, etc.,, qui troublent si profondément les fonctions digestives, quand elles n’introduisent pas elles-mêmes, directement, des poisons dans l’estomac ou l’intestin, commandent l’usage des antiseptiques. Elles le commandent d’autant plus qu’elles atteignent avec prédilection le foie et le rein, paralysant ainsi la destruction et l’élimination des poisons déjà formés. (Voy. la thèse du D'' Para,. De l'antisepsie intestinale dans la fièvre typhoïde chez l'enfant).

Comme on le voit, il est bien peu de maladies dans lesquelles l’antisepsie intestinale ne puisse être indiquée ou justifiée par la physiologie pathologique et par la clinique. Qu’on use donc largement des antiseptiques, mais à la condition qu’ils soient inoffensifs pour l’organisme. Quels sont donc ces antiseptiques?

Choix des antiseptiques. — Les naphtols p et a, étudiés par Bouchard et ses élèves, sont des antiseptiques insolubles d’une réelle valeur; mais leur goût atroce et leur action irritante les ont fait peu à peu abandonner par les médecins et surtout par les médecins d’enfants. Nous ne pouvons pas donner les médicaments en cachet, chez les jeunes enfants, et dès lors nous sommes amenés à chercher des antiseptiques insipides ou d’un goût facile à masquer. Voilà pourquoi le naphtol a été détrôné par le bétol, le salol, le benzo-naphtol, le dermatol, etc. Cependant on peut prescrire les naphtols granulés, contenant environ 1 p. 4 de principe actif; sous cette forme, ils peuvent être acceptés par les enfants.

Le bétol, obtenu par la réaction de l’acide salicylique sur le naphtol p, est une poudre insipide, insoluble dans l’eau et la glycérine. Mêlé au sucre, il sera facilement accepté par les petits enfants, soit dans du lait, soit dans de l’eau. C’est un bon antiseptique intestinal à conserver en médecine infantile. On peut l’associer au bismuth, à la magnésie, au bicarbonate de soude» voire au calomel.

Le salol, également insoluble, est une poudre blanche obtenue

ANTISEPSIE INTESTINALE

par la réaction de l’acide salicylique sur le phénol; c’est un salicylate de phénol, susceptible de se décomposer dans l’intestin en ses deux éléments primitifs, d’où la possibilité d’urines noires, quand on donne de trop fortes doses. Le salol exhale une odeur assez agréable, mais forte et répugnante pour certaines personnes.

Le benzo-naphtol est une combinaison insoluble et insipide d’acide benzoïque et de napbtol p ; c’est un excellent antiseptique intestinal qui peut être prescrit, sans danger, à doses assez fortes (1 à 2 grammes par jour suivant l’àge). On peut l’associer à d’autres antiseptiques, au bismuth, aux alcalins, etc.

Les composés du bismuth, soiis-nitrate de bismuth^ salicylate de bismuth, sous-gallate de bismuth (dermatol), sont aussi d’excellents antiseptiques intestinaux, insolubles comme les précédents, peu toxiques (au moins le sous-nitrate) et offrant, par suite, une grande sécurité dans leur emploi. D’ailleurs, ne sait-on pas que le bismuth est employé depuis longtemps déjà dans le traitement de la diarrhée, contre laquelle il agit vraisemblablement à titre antiseptique? On pourra donc continuer à prescrire, soit isolément, soit associés à d’autres antiseptiques, les sels de bismuth que je viens dbndiquer.

Le calomel, purgatif renommé, vermicide, cholalogue, etc., est regardé aussi comme un excellent antiseptique de l’intestin. Mais ce sel mercuriel est assez toxique et ne doit être employé qu’à doses minimes chez les petits enfants; c’est par centigrammes qu’il faudra le prescrire (1 à S centigrammes par paquet), en ne dépassant pas, en un jour, la dose de 20 à 50 centigrammes, suivant l’àge de l’enfant et en restant bien souvent au-dessous de 20 centigrammes. En général, je ne dépasse pas 5 centigrammes par année d’âge.

Certaines substances solubles ou liquides passent pour avoir une action antifermentescible et sont journellement prescrites à ce titre dans les diarrhées de l’enfance : par exemple, Vacide chlorhydrique, Vacide lactique, la résorcine, la créosote.

L’acide chlorhydrique et la créosote doivent se prescrire par gouttes ( II à V dans la journée) ; la résorcine se donnera par décigrammes (20 à 50 centigrammes par jour), et l’acide lactique par grammes (2 grammes en moyenne dans une potion sucrée).

Ces médicaments peuvent bien convenir à certaines formes de dyspepsie ou de diarrhée, mais leur emploi est moins étendu que

celui des antiseptiques précédemment énumérés. Les meilleurs antiseptiques sont les antiseptiques insolubles qui parcourent, sans disparaître, toute l’étendue du tube digestif; ils doivent être toujours réduits en poudre très fine, pour multiplier les contacts avec la muqueuse intestinale.

Enfin, après les antiseptiques chimiques introduits par la boucbe, il convient de citer les lavages de l’estomac soit avec l’eau stérilisée simple, soit avec une eau alcaline, soit avec une solution antiseptique ; les grandes irrigations de l’intestin avec des solutions antiseptiques faibles ; ces moyens plus mécaniques qu’antiseptiques rendent parfois de très grands services, comparables à ceux que nous rendent les vomitifs et les purgatifs.

Formulaire de l’antisepsie intestinale. — Le mode d’administration et les doses des divers antiseptiques intestinaux doivent varier suivant l’àge des enfants auxquels on s’adresse. Pour les enfants très jeunes ou indociles, il ne faut pas songer aux cachets qui rendent tant de services dans la médecine des adultes. C’est à peine si l’on rencontrera de temps en temps un enfant assez grand et assez raisonnable pour se prêter à, ce mode d’administration.

Force nous est donc de donner les antiseptiques insolubles en petits paquets délayés dans un véhicule agréable (eau sucrée, lait sucré, sirop) au moment de l’ingestion, ou suspendus dans une émulsion, un loocli, une potion gommeuse, qu’on aura soin d’agiter avant de s’en servir. Mais je préfère les petits paquets faits d’avance et bien dosés, qui permettent une administration plus méthodique et plus aisée.

Les antiseptiques insolubles (naphtol, napbtaline, benzo-naphtol, bétol, salol, bisniutb) devant être donnés par doses répétées à intervalles réguliers dans la journée (un paquet toutes les deux ou trois heures, six à huit paquets par jour), on fera confectionner d’avance un certain nombre de ces paquets: vingt, trente, soixante, si besoin est.

Quand le moment sera venu, on versera le contenu d’un paquet dans une cuiller à café ou à dessert (suivant l’àge), contenant un peu de lait ou d’eau sucrée, on mêlera aussi bien que possible, et on introduira de gré ou de force le mélange dans la bouche do l’enfant.

S’il s’agit d’un nourrisson, on se livrera à ces manœuvres avant la tetée, pour ne pas provoijuer de vomissements.

ANTISEPSIE INTESTINALE

La naphtaline, le naplitol a et p, pour les raisons que j’ai indiquées, ne seront pas prescrits chez les enfants du premier âge; ils seront réservés, quand on croira devoir les préférer aux autres antiseptiques, pour la seconde enfance.

Avant un an, on donnera surtout le henzo-naphtol, le bétol, à la dose journalière de 5 centigrammes par mois d’âge; un enfant de six mois recevra 30 centigrammes de médicament, un enfant de douze mois pourra en prendre 60 centigrammes. Au-dessus d’un an, on pourra augmenter de 10 centigrammes par année d’âge : 70 centigrammes à deux ans, 80 centigrammes à trois ans, 90 centigrammes à quatre ans, 1 gramme à cinq ans, Igr. 30 à dix ans, 2 grammes à quinze ans.

Si l’enfant a de la diarrhée, on associera le bismuth (sous-nitrate ou salicylate) à dose au moins égale, sinon plus forte. S’il y a constipation, on mêlera avec la magnésie; on peut ajouter aussi un peu de bicarbonate de sonde;

Benzo-naphtol 0 gr. 05

Salicylate basique de bismuth 0 gr. 10

Bicarbonate de soude 0 gr. 10

Pour 1 paquet, en faire 5 semblables que l’enfant prendra de deux heures en deux heures dans la journée (enfant de cinq à six mois).

Salol 0 gr. 10

Magnésie calcinée 0 gr. 10

Sucre en poudre 1 gramme.

Pour 1 paquet, eu prendre G semblables, dans une cuillerée d’eau ou de lait (enfant d’un an).

Bétol 0 gr. 15

Sous-nitrate de bismuth..... 0 gr. 20

Bicarbonate de soude 0 gi’- 20

Pour 1 paquet, en prendre 6 semblables dans la journée, de deux heures en deux heures (enfant de trois à quatre ans).

Ewald associe la résoi'cine au henzo-naphtol :

Benzo-naphtol )

Salicylate de bismuth > 0 gr. 10

Résorcine )

Pour 1 paquet à prendre de deux heures eu deux heures, jusqu’à concurrence de G par jour (enfant de un à deux ans).

Le D'^ IL Saint-Philippe, voulant faire avorter l’angine phlegmoneuse, a prescrit le salol à doses beaucoup plus fortes que celles indiquées plus haut.

Chez un enfant de trois à six ans, il ne craint pas de donner

jusqu’à 4 grammes do salol eu vingl-quatre heures, dans une potion gommeuse.

Sans aller aussi loin, on pourrait prescrire :

Salol en poudre 2 grammes.

Émulsion gommeuse 100 —

Agiter avant de s’en servir, et prendre par cuillerées à soupe de deux heures eu deux heures (enfant de quatre à six ans).

Le D'' Moncorvo, dans les cas de diarrhées infantiles, se loue beaucoup également du salol, qu’il donne à la dose de 13 centigrammes à 1 gr. .30 et môme 2 grammes par jour, dans une potion uommeuse.

La naphtaline, un des premiers antiseptiques intestinaux étudiés par Bouchard, conserve encore quelques partisans. Je la prescrivais jadis de la façon suivante :

Naphtaline 1 gramme.

Sucre en poudre 10 grammes.

Essence de hergamotte V gouttes.

Faire 20 paquets, en donner 5 à 10 par jour suivant l'àge de l’enfant.

Baginsky conseille de la donner associée au calomel, l’iiii détruisant les bactéries que l’autre a laissées vivre; ils se compléteraient l’un par l’autre.

On prescrira :

Naphtaline 0 gr. 10

Calomel 0 gr. 01

Sucre en poudre 0 gr. 20

Pour 1 paquet, en prendre 5 à G par jour (en.faut de deux à trois ans).

Le D'' Filatow associe la naphtaline au bismuth :

Naphtaline 0 gr. 12

Sous-nitrate de bismuth 0 gr. 18

Pour 1 paquet, en prendre un toutes les trois heures (enfant de deux à trois ans).

Quand on donne la naphtaline en potion, il ne faut pas manquer d’aromatiser fortement cette dernière :

Naphtaline 0 gr. 50

Mucilage dégommé 50 grammes.

Eau distillée “40 —

Essence de menthe V gouttes.

Par cuillerées à café de deux heures en deux heures (enfant de un à trois ans).

11 faut se délier de la naphtaline et de sa toxicité ; elle a produit la cataracte chez les animaux; on la prescrira à doses faibles.

ANTISEI'SIK INTESTINALE.

■ Le dermatol (soiis-gallate de bisiniilli) jouirait d’une certaine efficacité dans les diarrhées infantiles; on le prescrira à la dose de 2o à oO centigrammes par jour en paquet ou dans une émulsion gommeuse :

Dermatol 0 gr. 05

Bicarbonate de soude 0 gr. 10

Craie préparée 0 gr. 10

Pour 1 paquet, 5 par jour (enfaut de deux à trois ans).

Dermatol 0 gr. 50

Émulsion gommeuse 100 grammes.

Par cuillerées à soupe de deux heures en deux heures (enfant de cinq à dix ans).

Le calomel a de grands avantages qui compensent sa toxicité : il est purgatif, vermicide, antiseptif|ue, et il agit sur le foie, c’est le quinquina du foie; enfin il est diurétique. C’est surtout dans les diarrhées infectieuses qu’il trouve son emploi ; on le prescrira toujours à doses réfractées, soit seul, soit associé aux autres antiaseptiques.

Calomel , 0 gr. 02

Sucre en poudre 0 gr. 50

Pour 1 paquet, en prendre 5 à G par jour dans un peu d’eau ou de lait (enfant de un à trois ans).

Ne jamais donner, en môme temps que le calomel, l’iodure de potassium et autres substances chimiques.

Le thymol et le menthol ont été préconisés comme antiseptiques intestinaux ; ils sont peu usités en France.

Il en est de môme du paracrésolate de soude, poudre blanche, un peu amère, que Demme employait dans le rhumatisme et les infections intestinales à la dose de 10 centigrammes toutes les deux heures, pour un enfant de deux à trois ans. Cet antiseptique n’a pas fait ses preuves.

Parmi les antisepticjues liquides, les plus employés sont : l’acide lactique, l’acide chlorhydrique, la créosote.

L’acide lactique se donne à doses fortes, par cuillerées à café d’autant plus rapprochées que le cas est plus grave; il convient surtout aux nourrissons atteints de diarrhée verte infectieuse {Ilayem) :

Acide lactique 2 grammes.

Sirop de framl)oises •iO —

Eau distillée 8Ü —

Une cuillerée à café toutes les heures ou toutes les treuto minutes.

L’acide chlorhydrique se prescrit par gouttes ;

Acide chlorhydrique dilué IV gouttes.

Sirop de cannelle 20 grammes.

Eau distillée 00 —

Une cuillerée à café d’heure en heure dans les diarrhées infectieuses; s’il n’y a que de la dyspepsie, on se contentera de deux à trois cuillerées par jour, avant le repas.

La créosote se prescrit aux mêmes doses :

Créosote IV gouttes.

Sirop de guimauve 20 grammes.

Eau distiliée 40 —

Une cuillerée a café de deux heures en deux heures.

Comme moyens adjuvants de l’antisepsie intestinale, on fera les lavages ou irrigations de l’intestin avec des solutions faibles de chloral (1 p. 1000), de borate de soude(5 p. 1 000), de naphtol (1 p. 4 000), de sublimé (1 p. S 000 ou 10 000).

Le lavage de l’estomac compte aussi comme adjuvant parfois très efficace de l’antisepsie intestinale.

Enfin les purgatifs et les diurétiques (caféine, digitale, scille, nitrates alcalins) concourent aussi, en favorisant l’élimination des toxines, à l’antisepsie générale de l’économie.

ANTISPASMINE

C’est un mélange de narcéine sodiqueetde salicylate de soude, sous forme de poudre blanche, soluble dans l’eau. Demme (de Berne) l’a employée chez les enfants dans la coqueluche, la laryngite striduleuse, les toux spasmodiques, etc. On peut la donner à la dose de 1 centigramme par jour et par année d’âge :

Antispasmine 0 gr. 05

Sirop de tolu ■ 15 grammes.

Eau distillée ’ 45 —

Par cuillerées à café d’heure en heure (enfant de quatre à cinq ans).

ANTITOXINE DIPHTÉRIQUE, TÉTANIQUE, etc. (Voy. SÉRUMS)

APIOL

L’apiol est extrait des semens du persil (yt)0ZM?7i petrosdimim). C’est un liquide huileux, jaune brun, insoluble dans l’eau, soluble

Page 1