ARROW-ROOT
L’arrow-root est une fécule extraite des rhizomes du Maranta indica et du Maranta arundinacea. Ces plantes sont surtout cultivées à la Jamaïque. Cette fécule est d’une grande finesse et permet de faire avec le lait des bouillies excellentes. Faite à l’eau, la bouillie serait trop peu nutritive, car elle ne contiendrait ni azote ni graisse. On peut la rendre plus riche, en y ajoutant d’autres substances; voici une formule, dit mélange de Husson, qui associe l’arrow-root à diverses substances d’une valeur réelle pour, l’alimentation du premier âge ;
Arrow-root j
Farine d’avoine V âa 500 grammes.
Sucre )
Sagou • 400 —
Cacao )
Phosphate de chaux précipité )
Vanille 1 gramme.
ARSENIC
Il ne sera question, dans cet article, que de l’usage interne de l’arsenic, les anciennes pâtes et poudres escharotiques arsenicales étant justement tombées en désuétude.
L’arsenic n’est pas employé en nature, mais seulement sous forme d'acide arsénieux, soit pur, soit combiné. C’est un poison extrêmement dangereux, qu’il faut manier avec prudence.
Cependant les enfants tolèrent mieux l’arsejiic que les adultes, et quand le médicament est nettement indiqué, on peut montrer une certaine hardiesse dans son emploi.
Les préparations arsenicales agissent sur tous les appareils organiques, dont elles excitent ou paralysent le fonctionnement, suivant la dose; mais elles ont une action élective pour le système nerveux (ju’elles modifient puissamment.
Tout le monde a entendu parler de ces arsenicophages, qui, par
l’usago habituel de l’arsenic, se procurent un teint toujours frais, une activité toujours présente, une respiration toujours libre, etc. Ils sont plus légers, plus alertes, et ils peuvent, sans fatigue apparente, se livrer à des marches forcées et à des ascensions laborieuses.
Il y a quelque chose de vrai dans cette description par trop mythique et légendaire. Mais l’arsenic a des inconvénients; pris à doses trop fortes ou trop prolongées^ il se fixe dans le foie, altère les reins et les principaux viscères, et détermine la dégénérescence graisseuse de leurs cellules.
A doses thérapeutiques, il facilite la respiration et la circulation, augmente les sécrétions urinaire, salivaire, biliaire, cutanée.
Il s’élimine en grande partie par les urines ; mais on l’a retrouvé aussi dans le lait, dans la salive, dans la sérosité d’un vésicatoire (Chatin). Il semble en somme se diffuser aisément dans l’économie entière, tout en se fixant avec prédilection dans le foie.
L’arsenic agit sur la peau, qu’il congestionne et excite à un degré variable suivant les doses ; il peut provoquer de ce côté des éruptions érythémateuses, urticariennes, vésiculeuses, et parfois des pigmentations qui rappellent celles déterminées par le nitrate d argent.
Il impressionne aussi les muqueuses, et détermine de l’érythème conjonctival, un goût métallique dans la bouche, de l’anorexie, des nausées, des coliques, de la diarrhée.
L’apparition de ces symptômes indique que la tolérance est dépassée et qu’il faut s’arrêter.
Indications et contre-indications. — Dans la première enfance, l’arsenic est bien rarement indiqué, et ce n’est guère qu’après l’âge de deux ou trois ans qu’on commence à le prescrire.
Toutefois, il ne faudrait pas hésiter à avoir recours aux préparations arsenicales chez un nourrisson qui présenterait de Vasürme^ de la tuberculose pulmonaire^ de la leucémie ou de la pseudo-leucémie^ du paludisme chronique héréditaire ou acquis.
Dans la seconde enfance, les indications de l’arsenic deviennent
plus nombreuses.
1“ Maladies générales inlectieiises ou dialhésiques.
Parmi les maladies générales qui réclament l’arsenic, il faut citer les fièvres paludéennes invétérées avec anémie profonde, grosse rate, cachexie, etc. C’est dans ces cas que Boudin employait
ARSENIC
à doses formidables la liqueur qui porte son nom et qu’il obtenait des succès éclatants.
Quand la quinine a échoué, quand la santé générale reste défaillante, il faut avoir recours aux préparations officinales d’arsenic ou aux eaux arsenicales (La Bourboule).
Dans la tuberculose, l’arsenic pourra rendre aussi des services, en stimulant l’appétit, en favorisant l’engraissement, en facilitant Ja respiration, et peut-être aussi en contrariant le développement des bacilles ; car l’arsenic est un antiseptique d’une réelle valeur. Il est indiqué surtout dans les formes chroniques, dans la tuberlose pulmonaire ulcéreuse.
L’anémie pernicieuse, la leucémie, la pseudo-leucémie, les maladies générales graves avec altération profonde du sang doivent être traitées avant tout par l’arsenic, soit par la voie buccale, soit par la voie sous-cutanée.
La chlorose elle-même, dans quelques cas, peut bénéficier d’une cure arsenicale, soit simple, soit combinée avec le fer.
Les autres variétés d'anémie, anémie lymphatique, anémie dyspeptique, anémie de croissance, se trouvent bien de la cure arsenicale modérée, et l’on voit ces maladies guérir après une ou plusieurs saisons à La Bourboule.
La scrofule, avec ou sans manifestations ganglionnaires, les adénopathies chroniques, les catarrhes scrofuleux des premières voies, les eczémas chroniques des scrofuleux se trouvent également bien de l’arsenic.
Certaines manifestations arthritiques, l’asthme en particulier, doivent être traitées par l’arsenic. J’en dirai autant de la maigreur et du diabète.
Le rhumatisme chronique progressif sera avantageusement traité par l’arsenic.
Enfin, dans toutes les tumeurs malignes de l’enfance (cancers et sarcomes), avant ou après l’intervention chirurgicale, on ne manquera pas de donner l’arsenic à haute dose, parce qu’il a semblé agir favorablement dans quelques cas, à titre d’antiseptique général.
2® Maladies du système nerveux. — On a conseillé l’arsenic dans différentes névroses, l’épilepsie, l’hystérie; mais c’est dans la chorée qu’il a donné les plus beaux succès entre les mains d’Aran, de F. Si redey, etc.
Pour réussir en pareil cas, il ne faut pas hésiter à aller jusqu’aux limites de la tolérance; les petites doses ne font rien, les fortes doses sont très efficaces.
3® Maladies de l'a-ppareil respiratoire. — J’ai déjà parlé de l’asthme qu’on peut considérer comme une maladie diathésique, et de la tuberculose pulmonaire qui est une maladie infectieuse. L’arsenic agit bien aussi dans les bronchites chroniques avec ou sans emphysème, dans les broncho-pneumonies à marche traînante, dans les pneumopathies qui succèdent à la coqueluche, à la rougeole, dans l’adénopathie trachéo-bronchique, etc.
4“ Maladies de la peau. — Les affections aiguës de la peau, les érythèmes, les eczémas aiguç du jeune âge, l’urticaire, le prurigo, ne se trouvent pas bien de la médication arsenicale. Au contraire, dans les eczémas torpides des scrofuleux, dans le lichen, dans le psoriasis, dans la furonculose, l’acné, etc., l’arsenic est parfaitement indiqué.
Les contre-indications sont peu nombreuses, mais assez nettes.
On ne devra pas donner l’arsenic dans les cas de néphrjte, d’albuminurie, de dyspepsie gastro-intestinale (diarrhée, vomissements, etc.). On s’abstiendra également dans toutes les maladies infectieuses aiguës à marche cyclique; ce serait ajouter vainement une intoxication médicamenteuse à une intoxication morbide.
Posologie. — Il faut poser quelques règles indispensables dans l’administration de l’arsenic.
Ce médicament ‘s’accumule dans certains viscères ; il ne faut pas le prescrire trop longtemps, mais avoir soin de le suspendre pendant huit ou dix jours après quinze jours d’usage.
De plus, l’arsenic est très irritant pour les muqueuses; il faut donc le diluer dans un véhicule abondant, et le fractionner.
. Donc fractionnement., dilution^ interruption., ces trois termes règlent l’administration prudente et vigilante de l’arsenic.
Les préparations usitées chez les enfants sont les suivantes ;
1® Liqueur de Fowler dont la composition est :
Acide argénieux
Carbonate de potasse
Alcoolat de mélisse —
Eau distillée 500 —
Cette préparation, très connue, est à base d arsénite de potasse',
M 5 grammes.
ARSENIC
elle contient un centigramme d'acide arsénieux par gramme (XX gouttes), soit 1/2 milligramme par goutte.
On la donnera, dans la seconde enfance, à la dose progressive de V, X, XV, XX gouttes par jour, diluées dans un julep de 120 grammes.
La liqueur de Fowler peut se donner en injections souscutanées, en remplaçant, comme le conseillait Peter, l’alcoolat de mélisse par l’eau de laurier-cerise :
Acide arsénieux.; ( „
Carbonate de potasse *
Eau distillée
Eau de laurier-cerise
Par quarts ou par demi -seringues de Pravaz 2 à 4 fois par jour (anémie pernicieuse, leucémie, etc.).
2° Liqueur de Pearson^ six fois moins forte que la précédente, est à base à' arséniate de soude :
Arséniate de soude ;... 1 gramme.
Eau distillée 600 grammes.
Six grammes ou 120 gouttes contiennent 1 centigi'amme d’arséniate de soude.
L’eau de La Bourboule, qui est à base d’acide arsénieux, de chlorure de sodium, de bicarbonate de soude, contient près de 28 milligrammes à' arséniate de soude par litre.
Elle peut être considérée comme de la liqueur de Pearson très diluée (à 1 p. 36).
La liqueur de Fowler se prescrivait par gouttes; la liqueur de Pearson se prescrira par grammes, l’eau de La Bourboule par quarts et par demi-verres.
Quand on veut prescrire une solution d’arséniate de soude facile à administrer, par cuillerées à café, on formulera :
.\rséniate de soudç 0 gr. 05
Eau distillée 250 grammes.
Hors les cas spéciaux, qui indiquent de fortes doses (anémie pernicieuse, leucémie, chorée), on ne donnera pas plus d’/m milligramme d’acide arsénieux par année d’âge et par jour.
Par exemple, un enfant de cinq ans ])rendra X gouttes de liqueur de Fowler, 3 grammes de liqueur de Pearson, etc.
0 gr. 10
10 grammes.
3“ Liqueur de Boudin, solution très diluée d’acide arsénieux (1 p. 1 000) :
Acide arsénieux 1 gramme.
Eau distillée 1000 grammes.
Cette solution se prescrit par dizaines de grammes dans la chorée des enfants ; Boudin la donnait largâ manu aux paludiques.
Pour traiter un enfant atteint de chorée grave par la liqueur de Boudin, on prescrit le premier jour, entre sept et quinze ans, 40 grammes de liqueur de Boudin dans un julep de 100 à 120 grammes. On fait prendre une cuillerée à potage toutes les deux ou trois heures, en recommandant de boire quelques gorgées de tisane ou de lait.
Aran voulait qu’on prît le remède au moment des repas ; cela favorise la tolérance.
• Le second jour, on donne 15 grammes, le troisième jour 20 grammes, puis 25, 30, 35 et 40 grammes, jusqu’à sédation complète. Après quoi on redescend la pente qu’on a gravie, de sorte qu’en dix jours, quinze jours au plus, l’enfant est saturé d’acide arsénieux et guéri de sa chorée.
Les enfants supportent ces fortes doses mieux que les adultes ; j’ai pu donner ainsi, à des enfants de huit ans, 3 centigrammes d’acide arsénieux par jour, sans aucun dommage. S’il survenait des nausées, des vomissements, de la diarrhée, des coliques, des pigmentations de la peau ou des ongles, on s’arrêterait.
Ainsi prescrit, l’acide arsénieux est un excellent remède de la chorée; il permet, parfois, de juguler des chorées graves et inquiétantes. Cependant il comporte des dangers et peut-être fautil le remplacer par le cacodylate de sodium (Voy. plus haut Ac^(/e cacodylique) qui a l’avantage d’une innocuité presque absolue.
4“ Les enfants en général prennent plus volontiers les préparations liquides que les solides. Cependant, les granules arsénicaux sont bien acceptés par eux; ce sont en somme de petits bonbons que les enfants avalent ou croquent avec plaisir.
On pourra donc se servir des granules de Dioscoride, qui contiennent un milligramme d’acide arsénieu.x :
Acide arsénieux 0 gr. 001
Mauuite et miel Q. S.
Pour un granule.
ARSENIC
En prendre 3, 4 ou 5 par jour en cas de dyspnée, de bronchite persistante, d’asthme, etc.
L’arséniate de fer, également en granules d’un milligramme, pourra se prescrire de la même façon, et à doses plus élevées; on pourra aller jusqu’à 10 ou IS granules par jour (chloro-névrose) ou faire des pilules contenant chacune 5 milligrammes d’arséniate de fer :
Arséniate de fer 0 gr. 005
Excipient avec glycérine Q, S.
Pour une pilule.
En somme, nous pouvons nous montrer très hardis dans l’administration de l’arsenic chez les enfants; c’est un poison dangereux, il est vrai, mais, à doses thérapeutiques, mieux toléré par les enfants que par les adultes.
Des doses trop fortes, trop longtemps continuées peuvent avoir des inconvénients plus ou moins sérieux; elles amènent du dégoût pour les aliments, de l’anorexie, des troubles digestifs graves, de la pâleur, de l’anémie.
Bôkay a vu un petit choréique, traité par la liqueur de Fowler (2o7 gouttes en vingt-huit jours), présenter une conjonctivite et un zona thoracique.
Lépine a cité le cas d’une jeune fille, qui, traitée par l’arsenic pour un eczéma, présentait une coloration pigmentée du tronc et des membres.
Pour ma part, j’ai vu un malade qui, après avoir pris, pendant quinze jours, des doses considérables d’eau de La Bourboule (4 à 5 grands verres par jour) présentait des éruptions furonculeuses, et une coloration ardoisée des ongles.
Chez une fille de quinze ans, traitée pour la chorée par la liqueur de Boudin, à la dose de 30, 3o, 40 grammes par jour, est survenu, après des phénomènes d’intolérance gastrique, un eczéma lichénoïde du dos des mains, qui a disparu après la cessation de la médication arsenicale.
Un auteur a cité un cas de névrite périphérique dû à l’arsenic.
Ces accidents d’intoxication chronique sont en réalité très rares et ne s’observent que dans les cas où l’on a négligé de suspendre l’administration du médicament pour en éviter l’accumulation.
Quant à l’empoisonnement aigu, il se manifeste avec éclat, par
des douleurs épigastriques, des vomissements, de la diarrhée, etc.
En pareil cas il faut se hâter de faire vomir le malade, de faire le lavage de l’estomac, et de prescrire comme antidote le sesqidoxyde de fer lujdralé, en poudre humide, et en quantité illimitée dans de l’eau chaude. Pour le préparer, on prend 100 grammes de perchlorure de fer liquide, 80 grammes de carbonate de soude, qu’on fait dissoudre dans 6 litres d’eau ; on passe et on recueille ce qui reste sur le linge.
A défaut du sesquioxyde de fer, on pourra faire ingérer du liniment oléo-calcaire, de la magnésie calcinée, ou un mélange ainsi composé :
Magnésie calcinée - 12 grammes.
Sulfate de fer pur 30 —
Eau 200 —
Par cuillerées tous les quarts d’heure..