I. Mark Twain, op. cit., p
Jankt. — Médic. ['.svcli. fi
déjà eu l'occasion de le remarquer à propos des miracles, un tel succès, bien plus considérable que celui de Lourdes, ne serait pas intelligible s'il n'y avait pas dans les méthodes thérapeutiques de Mrs. Eddy quelque influence bienfaisante et malgré toutes les critiques très nécessaires je suis convaincu que la (c Christian science » a apporté des notions utiles dont la thérapeutique morale doit tirer parti.
Il semble résulter de ces remarques que la thérapeutique métaphysique de Quimby, de Mrs. Eddy et de leurs successeurs se rapproche étrangement de la thérapeutique par les miracles. Nous retrouvons un même traitement uniforme appliqué à tous les cas possibles, la même incertitude dans les constatations, la même ignorance des conditions particulières qui jouent un rôle dans les transformations constatées. Il y a évidemment de l'analogie : les deux thérapeutiques dérivent l'une de l'autre et cela est bien mis en évidence par le caractère religieux que cojiserve encore la Christian science.
Cependant il serait injuste de confondre complètement ces deux pratiques et de ne pas voir le progrès qui s'est accompli en passant de l'une à l'autre. Dans les miracles l'opérateur et le malade agissent complètement à l'aveugle : ils savent qu'ils ont affaire à un grand pouvoir susceptible de devenir très utile, mais ils ne savent pas du tout où est ce pouvoir, ni de quelle nature il peut bien être. C'est pourquoi ils l'attribuent vaguement à Apollon où à la sainte Vierge. Les auteurs des traitements métaphysiques sont déjà plus avancés, ils ont fait une grande découverte c'est que ce pouvoir mystérieux est dans l'esprit de l'homme. Ils ne font pas appel à une force entièrement occulte et extérieure, ils savent qu'il faut faire appel à une force intérieure à l'homme lui-même, à sa pensée. Cette idée que la pensée humaine est puissante même contre les maladies du corps a germé peu à peu dans les études du magnétisme animal, elle s'est épanouie en plein jour pour la première fois dans la « Christian science » et c'est là un mérite qu'il faut savoir reconnaître.
Quand il a fallu préciser ce pouvoir de la pensée, dire en quoi il consistait, comment on pouvait distinguer les pensées puissantes et eflScaces de celles qui ne l'étaient pas, ces premiers guérisseurs sont arrivés à une conception qui nous semble aujourd'hui singulière et dangereuse. Ils ont imaginé que la pensée puissante était la pensée vraie, que le pouvoir de la pensée
LES TRAITEMENTS PIllLOSOPHIOL ES S^
était en raison de sa vérité, et surtout de sa vérité objective et métaphysique. Cela les a amenés à imaginer que pour se guérir l'homme devait savoir le fond des choses et connaître le principe du monde. Puisque la pensée devait être vraie, plus elle pénétrerait la réalité, plus elle serait puissante. Voilà, à mon avis, le point de départ de ces singuliers cours de philosophie transformés en cours de médecine et de ces svstèmes idéalistes appliqués à la guérison des maux d estomac.
Cette illusion qui nous semlîle singulière était cependant assez naturelle : la pensée était surtout connue autrefois sous la forme d intelligence, comme faculté de connaissance : sa plus grande force était la connaissance de la vérité et de la vérité absolue. D'autre part la vérité tout en étant une pensée de l'homme était en même temps une réalité extérieure, c'était une chose mal définie à la fois subjective et réelle au dehors. Pour des esprits qui partaient de la notion de miracle et des pouvoirs mvstérieux extérieurs à l'homme pour en arriver à l'étude de la pensée humaine la notion de la vérité, de la vérité métaphysique était un intermédiaire plus aisé à concevoir. La métaphysique a partout précédé la science et les traitements métaphysiques ont préparé les traitements psychologiques.
Les absurdités auxquelles ont abouti les traitements métaphysiques ont montré combien ces premières conceptions qui remplaçaient l'ancien recours au miracle étaient insuffisantes. Il est bien probable que la prédiction de Mark Twain ne se réalisera pas. Loin d envahir toute l'Amérique et de s'emparer bientôt du gouvernement la Christian science est arrivée à mon avis à son apogée et ne tardera pas à décliner ; il est peu probable qu'elle survive longtemps à son illustre fondatrice. Tant que Mrs. Eddy était présente, cette grande prêtresse autoritaire ne permettait aucune réflexion, aucune discussion et maintenait l'union parmi ses fidèles. Il sera bien difficile désormais d'imposer uniformément à tous l'acceptation de dogmes aussi absurdes: les discussions et les hérésies amèneront vite la dissolution. D'autre part la « Christian sciences rencontre de tous les côtés une hostilité de plus en plus grande. Les médecins d'abord vaincus par surprise organisent contre elle de véritables croisades. M. Llyod Tuckèy au dernier congrès d'Amsterdam en 1907', déclarait que cette secte consti-
i. Comptes rendus du Congrès de neurologie d'Amslerdatn. 1907, ]). 869.
tuait un danger public. Déjà les poursuites judiciaires commencent à être plus sérieuses, ainsi que le montre la condamnation d'un « scientist » en Angleterre, et même la condamnation d'une mère de famille coupable d'avoir laissé mourir sa fille d'une pneumonie sans secours médical autre que celui des scientists*. M. Stephen Paget dans un discours à la « congregational union » de Sheffield déclare que la Christian science est rouge du sang de ses victimes. Les malheureux scientists privés de leur chef ne pourront guère résister. Enfin ce qui contribuera plus que tout le reste à leur dissolution ce sera le développement d'une véritable thérapeutique psychologique. Quand cette psychothérapie remplacera la « Christian science », elle ne devra pas trop oublier ce qu'elle lui doit.