M. FiCiN., Epht.i libi IX, p. 8U
combats, venait de s'agrandir d'une merveille architecturale (du moins les écrivains locaux l'appellent ainsi) * . C'était une grosse tour carrée à sept étages, au milieu desquels on avait ménagé un puits très profond. La tour se couronnait d'une tourelle, dont le toit aigu à quatre pentes soutenait une croix au-dessus de laquelle flottait une immense banderoUe portant les lettres : G. M. — Comtes de laMirandole, — François Pic, neveu de Jean le Phénix des sciences, éleva cette tour en 1499 : il embellit, il chanta ce castel patrimonial et les riches campagnes qui l'entourent :
« Là, dit-il, les Alpes, les Apennins, regardent des deux côtés de leurs flancs élevés leurs cimes neigeuses; distant d'un égal espace des uns et des autres, court le fleuve Pô qui fait croître, dans les champs joyeux, les peupliers élancés dans Tair; près du fleuve, à la dixième borne, se montre la Mirandole...
» Entre Modène et Mantoue, elle étale des richesses en fruits de toutes sortes et de magnifiques troupeaux.
> Elle est entourée de fossés et de murailles, de nombreux boulevards ; elle est ennoblie d'une superbe citadelle.
> Elle n'est point une île vers laquelle au lever du soleil se porteront les regards des matelots sur l'immense Océan ; elle n'est point sortie du sein des mers comme un présent de la na^ ture ; -^ elle est toute un ouvrage de l'art 2. i
Situé au nord-est de l'ancien duché de Modène, au*
quel il fut réuni en 1711, ledomainedes Pics comprenait
I. Docl. Pelleorino Papotti, cit. et trad. par H. S. Pic, Hist. de là ville et de la seig^ieurie de la Mirandole; Paris, Dumoulin, 1865^ 3. Yoy. Histi de la ville et de la seigneurie de la Mirandole, p. 48;
la seigneurie de la Mirandole, érigée eu duché eu 1619 par Tempereur Ferdinand II, le comté de la Concordia, et la terre de Quarantola.
Une concession de la comtesse Mathilde de Toscane est Torigine de cette souveraineté. On a de la célèbre amie de Grégoire VII une charte où elle déclare: — « Que )> le marquis Boniface, son père, avait eu de Rodolphe, )» abbé deNonantoIa, la cour de Quarantola, aveclechâ- » teau de la Mirandole et deux églises construites dans » cette cour. Totam curtem Quarantulee^ cum Castro » Mirandulœ et cum duabus ecclesiis in dicta curià cons- » tructis. A quoi elle ajoute que, voulant montrer sa re- » connaissance envers Hugues, fils de Mainfroi, vaillant » capitaine qui l'a fidèlement servie en paix et en guerre, » elle lui fait don de cette même cour avec ses dépen- » dances, y compris le château qu'elle avait fait élèvera )) la Mirandole ; le tout à la charge d'acquitter envers » Tabbaye de Nonantola les redevances que le marquis » Boniface avait coutume de lui payer* j>.
Un des successeurs de ce Hugues, François-Pic P', créé vicaire de l'empire par Louis IV, fut tué avec ses deux fils par Passarino Bonacorsi. Son château fut rasé (1321), mais rebâti bientôt; la famille se rétablit. Entre Nicolas P' et Jean-François II, père de notre philosophe, on compte en ligne directe six Pic, seigneurs de la Mirandole. Jean-François II eut de Julia Boiardi un fils
1 Vie de la Comtesse MathildBy par Contelori et Fjorentini, cit. dans VArt dé vérifier les dates.
aîné, Galeotto ?% qui régna après lui, Jean de Pic n'étant que le cadet. Jean-François III, fils de Galeotto P% succéda à ce dernier. Il a écrit la vie de son oncle et celle de Savons rôle; mais, ayant été assassiné en 1533 par Galeotto II, son neveu, ses États passèrent aux descendants de celui-ci jusqu'au dernier régnant, François- Marie.
Un prodige annonça la venue du plus illustre des la Mirandole (1463) ; Jean-François l'atteste. « Au-dessus ;) de sa mère en travail, la belle Julie de Sandiano, appa- > rut une flamme circulaire qui bientôt s'évanouit. »
Présage de la carrière si pleine et si courte, de Tîmpérissable renom de son oncle 1 « Legimus quippe doctis- :» simorum sanctissimorumque hominum ortus insolita )) quandoque signa aut prascessisse aut subsecuta » fuisse^. » Miracle de tradition. C'est l'étoile du conquérant moderne, le signe obligé des missions supérieures... Ainsi le serpent Pythique que la mère de Platon sent se glisser sur elle, neuf mois avant la naissance de ce favori, peut-être de ce fils d'Apollon.
N'a-t-il pas droit à tous les prodiges pour s'annoncer, cet enfant qui, se rangeant avec Marsile dans l'église renouvelée de Platon, unira à l'idéalisme mystique du Maître la Magie des Kabbalistes hébreux Akiba, Fauteur du Sepher Yetsira, et celui du Zohar, Shimeir-ben- Yochaï, l'Étincelle de Moïse?
1. Yita J. P. Mirand.y par J.-Fr. Mirand., en tète de Téd. de Bàle, des œuvres compl. des deux Pic de la Mirandole.
370 LES MÉDIGIS.
Il posséda toute cette science : les sept parties du Tal^ mud : — la Mischna^ ouTalmudde Jérusalem, les deux Ghémara^ ou Talmud de Babylone, les Tosaphata ou Additions, les Bérichta ou Appendices, les Maraschim ou Commentaires allégoriques, les Haggada ou Récits traditionnels, colossal monument de superstition sénile, de pointilleuse et ridicule subtilité, mêlées parfois d'observation sagace, œuvre babélique et symbolique des Rabbins de tout degré et de toute école : Ténaîmes ou iXLÏûé^y Amoraîmes OM disciples vulgaires, ChachamineSy et ces Massorètes tant raillés par notre Rabelais. Pic sut la valeur sacrée du n (Thau), le sens xîaché des autres lettres hébraïques, le mystère de « Léviathan, le grand serpent de mer », de « Béhémoth, Xechérub aux cornes immenses », dont < les élus mangeront la chair salée par Élolm >; il sonda la vertu du triangle transcendantal :
Kéther^ Binah* Chocmah^
Gédulah* Géburah^ Tiphéreth ^
et les trois formes de Tinterprétation littérale : — Ath* basch^ Notarikon^ Gamatria'.
Cette dernière est particulièrement curieuse.
Substituant à chaque lettre d*unmot sa valeur numé-