Ibid,f lib. I, cap. viii, p
56 LES MÉDIGIS.
chrétien, il ne tarde pas à abaisser tout à fait le type pur et reposé, la sobre coloration de Tédifice grec, aux inventions lourdement papillotantes d'un siyleen rupture de goût, remplaçant la majesté par la masse, Télégance svelte par la maigreur tourmentée, Tharmonie combinée des surfaces par les provocations de Tenluminure et le scintillement des matières de prix : chapiteaux en pyramide lourdement sculptés d'incorrectes figures, de feuillages grêles, de monstres fantastiques, dragons, chimères, peints de vermillon, d'or et d'azur. Traduction trop exacte d'un tour d'imagination emmaladioù s'accouplent aux traditions des Ictinus et des Phidias les splendeurs opulentes et grossières de la Jérusalem apocalyptique, avec ses portes de perle, ses murs de jaspe, de sardoine, de chrysoprase et de béryl 1
En peinture, on tombe à la pure iconographie, au manuel où le moine Denys d'Agrapha règle, par un cérémonial digne des minuties de l'étiquette palatine, l'importance du nimbe, la pose, le nombre des plis, la nuance des habits des saints, martyrs, prophètes, anges, archanges, chérubins, puissances et dominations, — le nombre des poils de la barbe du Très-Haut et de la chevelure du Fils. Et, pour réfuter les iconoclastes, — « pourrait-on, disaient les prélats du second concile de » Nicée (787), accuser les peintres d'erreur? L'artiste » n'invente rien. Il ne fait qu'exécuter, d'après le canon )) immuablement fixé par les Pères » .
Gomment s'était formé ce monde si curieux ?
GÉMISTE PLÉTHON. 57
Quand Rome s'incorpora le monde oriental et la société hellénique, le génie grec et Tesprit de l'Asie s'étaient amalgamés déjà sous le sceptre des héritiers d'Alexandre : les Ptolémées, les Séleûcides, les rois du Pont, de Macédoine, de Bithynie, de Pergame. L'œuvre assimilatrice du conquérant se résume dans la fondation d'Alexandrie, centre de commerce, foyer où s'élabora par le néo-platonisme et les cultes issus de la Judée le double alliage de l'esprit grec avec le mysticisme asiatique.
Byzance, c'est Alexandrie dégénérée.
Toute grande civilisation intellectuelle se concentre dans une capitale, au milieu d'un peuple qu'elle y épuise, au profit du monde où elle allume un foyer.
Alexandrie hellénisa l'Orient : elle orientalisa la Grèce.
Platon devient Plotin... Mais le poète de l'Idéal, Platon lui-même, incline vers l'Orient dont il aime à évoquer les mythes : Her l'Arménien, et les récits que Solon recueillit des prêtres de Saïs*,
La conquête de l'Asie par l'esprit grec altéra cet esprit au contact des théocraties. Rome s'assimilait la Grèce, que déjà cette altération s'était accomplie. Le véritable génie hellénique se survivait dans la littérature latine, fille légitime d'Homère et de Thucydide. En ce sens, la pure Grèce était partout ; avec elle, la civili-