LES HENRY
au mont Valérien et fut tué par un éclat d'obus auprès dudit général.
Le chef de légion Henry était le cadet et n'avait que vingt-trois ans. C'était un grand jeune homme, aux cheveux châtains, longs et abondants, aux yeux bleus, au nez aquilin, rigure en somme lière et intelligente. S'il en faut croire son propre témoignage, il étudia la peinture, et fut élève de Gérome, ne barbouilla du reste jamais que des copies et s'occupa au fond beaucoup plus de politique que de peinture. Son frère le général l'avait fait nommer chef de légion. Il accompagna Duval dans sa sortie sur Chàtillon et fut pris a^ec lui.
On a fait un moment courir le bruit de son évasion avec grand renfort de circonstances dramatiques. La vérité est que Henry est aujourd'hui à Belle-Isle, où il attend son jugement.
Le grand Henry, l'aîné, le général, était au rebours de son frère, un épais courtaud, d'un blond fauve, rougeaud, suant la graisse et la sottise, ayant beaucoup plus l'air d'un marchand de cassonade que d'un militaire et âgé d'une trentaine d'années. Il joua pendant quelque temps le rôle d'utilité au théâtre de Montrouge, exerça ensuite le métier de dessinateur lithographe et, ayant fort à se plaindre de la société
qui l'obligeait à travailler s'il ne voulait mourir de faim, il s'affilia à l'Internationale et fit partie du Comité central.
Désigné comme général, nous ne savons à quel titre, pas plus que pour Eudes ou Duval, voire Bergeret, il se porta aux élections du 26 mars, n'obtint que 4,084 voix dans le ip^ arrondissement et ne fut point nommé. Nommé chef d'étatmajor le 3 avril, son titre de général lui fut reconnu par la Commune dans ro^cze/ du 6 avril. Nullité complète sous tous les côtés, il se contenta de contre-signer ces ineptes rapports militaires qui faisaient les délices des communeux aveuglés et ne joua jamais un bien grand rôle dans la Commune, bien qu'il ait été chargé d'organiser l'infanterie. C'est lui qui donna l'ordre de visiter les trains de chemin de fer à leur entrée dans Paris et de les faire dérailler s'ils ne s'arrêtaient point.
Il fit partie de la cour martiale et fut nommé par Rossel, le 5 mai, directeur de l'organisation et des mouvements au ministère de la guerre avec Meyer pour sous-directeur. Ses services étant de plus en plus appréciés, ou plutôt sa nullité n'effarouchant pas trop les nullités de la Commune, il fut appelé dix jours après au commandement de la place de Paris et
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fut nommé chef d'état- major de Delescluze.
Nous croyons pouvoir affirmer que ce personnage qui signait Henry P... à la Commune était absolument le même qui signait Prudhomme au Comité central, car Prudhomme était son nom de famille aussi bien que celui de ses deux frères.
On ignore encore son sort.
JACLARD.
ET homme fut grisé trois fois en sa vie : la première fois par des théories sociales, la seconde fois par Blanqui, la troisième fois par des reproches de trahison. C'était une sorte de joli garçon posant pour le héros, bravache, susceptible, auquel la crainte d'être suspecté d'indélicatesse ou de lâcheté aurait fait commettre les choses les plus monstrueuses.
Jaclard était né à Metz en 1843 ^^ avait été professeur de mathématiques. Il eut, comme nous l'avons dit, trois ivresses, c'est-à-dire que trois fois il crut avoir trouvé la voie qui con-
duisait à l'héroïsme et trois fois il s'y jeta aveuglément, tête baissée, avec toute l'ardeur d'un fanatique, toute la témérité d'un dArtagnan. La première fois ce furent des théories socialistes qui le séduisirent, théories auxquelles il ajoutait celle de la République universelle et de la paix perpétuelle. On conçoit avec quelle activité ce fougueux écervelé dut s'occuper de la réalisation de ses splendides utopies. Il trempa un peu dans toutes les sociétés secrètes de l'Empire, entre autres dans celle du café de la Renaissance. Il alla au congrès tenu par les étudiants de Liège en octobre 1865, ne manqua point de s'affilier à l'Internationale et fit un livre : Théorie sur le communisme.
Ce bel enthousiasme s'éteignit bientôt comme un feu de paille. Blanqui le raviva. Le vieux conspirateur voyait chanceler l'Empire et guettait le moment propice. Vieille tête aux vastes conceptions, mais corps débile et caractère pusillanime, il chercha un bras, un exécuteur, et jeta l'œil sur Jaclard. Le terrible étourdi ne manqua point de se laisser entraîner. Sur ses avis il constitua au vieux sectaire, dans Paris même, une bande redoutable de douze à quinze cents bandits prêts à donner au premier signal. Bientôt Jaclard s'aperçut de la profonde scélératesse du
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conspirateur : son honnêteté se révolta, et Blanqui, ne pouvant plus compter sur lui, le remplaça par Eudes.
Le siège arriva. Jaclard fut nommé commandant du 158^ bataillon, prit part au 31 octobre et fut cassé de son commandement le 6 novembre. Le même jour, les électeurs du 18^ arrondissement le nommaient leur adjoint. Jaclard était devenu calme, il devint même par réaction d'un modérantisme qui le rendit suspect à ses vieux amis. Il fut quelque temps indécis à la suite du 18 mars, se rallia même un moment à TAssemblée et donna sa démission après la violation de sa mairie. Ce fut alors une clameur de malédictions parmi la gent révolutionnaire et communeuse. Jaclard mis à l'index échoua aux élections pour la Commune et en devint désespéré.
Il se crut sérieusement coupable à l'égard de son parti, et, toujours prompt à tomber dans les extrêmes, devint soudain un des communeux les plus enragés. Cette nouvelle conversion lui valut sa nomination comme chef de la 18*" légion. Le candidat à l'héroïsme se retrouva alors, on le vit boucler ses cheveux, friser sa barbe, galonner son képi , galonner son uniforme et se couvrir d'un immense manteau noir que
retroussait fièrement son grand sabre de cavalerie. Ainsi drapé, il faisait sonner ses éperons sur le pavé de Montmartre en gesticulant comme un matamore de théâtre.
Il ne fut au reste que peu sévère pour les réfractaires de son quartier et s'enfuit bravement malgré ses rodomontades à l'endroit de la mort. Fait prisonnier, Jaclard retomba dans un profond désespoir, et, outré jusqu'au bout, essaya de se pendre dans sa prison. Il est à Versailles.