LEVRAULT
DMOND Levrault était un homme de trente et un ans, négociant en vins, mais fréquentant les étudiants du quartier Latin, menant la même vie qu'eux, et s'occupant plus de politique que de son comptoir. Il fut condamné une première fois, en 1866, à trois mois de prison pour cris séditieux. Surpris au café de la Renaissance avec Tridon. il subit la même peine que lui comme étant Tun des fondateurs de la société secrète poursuivie, et fut condamné à quinze mois de prison et à 100 francs d'amende.
On comprend qu'à la suite de ces condamnations, Levrault se crut des droits à la reconnaissance du peuple. Il par\int à se faire élire commandant du 204^ bataillon pendant le siège, fut compromis dans l'affaire du 31 octobre et cassé de son grade. Membre de l'Internationale et au courant des intrigues du Comité central, il fut nommé commissaire central à la sûreté générale, et lit partie de cette affreuse bande
qui s'installa à la préfecture de police et se signala par tant d'atrocités.
Il est prisonnier à Versailles.
NAPIAS-PIQUET.
API as-Piquet était une espèce de renégat de laristocratie. Joli, élégant, toujours bien mis, il n'en était que plus voyou, que plus communeux, et n'en criait que plus fort contre les capitalistes qui mangeaient la sueur des prolétaires. Il fut adjoint à la mairie de Passy pendant le siège, consentit aux élections du 26 mars, se porta même dans le i''^ arrondissement, mais n'eut que 319 voix et ne fut point élu. La Commune le délégua d'abord à la mairie du i''' arrondissement, puis le nomma maire de Passy.
Au dernier moment, Napias-Piquet fut nommé chef des fuséens et organisa Tincendie du Louvre et du quartier environnant, que la prompte arrivée des soldats ne put sauver qu'à demi. Il a été fusillé au coin de la rue du Louvre.
PASSEDOUET
PASSEDOUET
E communeux-là s'est fait une réputation après la Commune même. Ancien journaliste, la passion d'écrire semble l'avoir repris dans larmoire où il se tient caché, et le voilà qui écrit lettre sur lettre à tous les journaux qui les veulent recevoir, disculpant les siens de toute infamie, sans songer que la justice a mis la main sur ceux qui ont incendié les docks de la Villette, et que dans la poche d'un insurgé on a trouvé le billet suivant :
Paris, le 26 mai 1871.
Citoyen ,
La Villette a bien tenu; mais la nuit m'inquiète. La défense derrière les barricades n'est d'ailleurs pas une solution. Il faudrait vigoureusement reprendre l'offensive. Et nous le pourrions, si nous avions des bataillons, des munitions et des canons.
Pouvez-vous nous envoyer tout cela? Sur quoi pouvonsnous compter immédiatement?
Salut et fraternité,
/ PASSEDOUET
Passedouet avait trente-deux ans. Il com-
mença par être marchand de vin, puis se lança dans le journalisme et fut successivement gérant du Globe j du Corsaire et du Satan. 11 s'affilia à l'Internationale, fut compromis dans le procès de Blois et condamné à deux mois de prison. La Commune le délégua à la mairie du 19° arrondissement, oii, du reste, il se conduisit personnellement avec beaucoup d'honnêteté.
Il avait été nommé maire du 13^ arrondissement par le gouvernement de la défense nationale, mais n'avait pas été renommé aux élections du 5 novembre.
On le dit enfin arrêté.
PEYROUTON
BEL Peyrouton était un jeune avocat bien connu des habitués du café de Madrid , où chaque soir s'étalait cette face pâle, douce, un peu timide, encadrée de longs cheveux noirs, semée de grains de beauté, tête sympathique, souffreteuse et quelque peu misérable, plantée sur un corps aux allures gauches et gênées; mais tout cela s'animait,
PILOTELL. 427
lorsque dans les clubs des faubourgs la fougue emportait cet avocat qui, n'ayant point de causes au Palais, venait prononcer ses discours et exhaler son amertume d incompris devant ces bons diables de Bellevillois, ébahis de tant d'éloquence.
Aussi sa réputation était grande et grandit encore lorsque l'Empire se mit à le persécuter. Peyrouton, que son passé liait irrévocablement à la Commune, n'était pas sans s'effrayer de cette rébellion armée ; aussi chercha-t-il à quitter Paris, et accepta- t-il avec joie une de ces fantastiques délégations en province, comme en donna la Commune en ses commencements.
Peyrouton se tint coi une fois hors de ses farouches amis, mais n"en a pas moins été arrêté. Il est à croire que le conseil de guerre restituera à M. Bouvet cette brebis égarée.
PILOTELL.
'ÉTAIT un grand et gros garçon de vingt-huit ans, aux traits réguliers, à la ligure pâlie par les débauches, mais belle et d'une lière expression que rehaussaient
les deux crocs élégants d'une moustache noire ; vaniteux , poseur , qui , quoique dévoré de l'ambition de réussir, neut jamais la force de travailler, et resta un impuissant envieux. Le clinquant lui plaisait, la parade, le commandement; dès que sa nomination de commissaire de police lui eut permis de ceindre une écharpe, il s'en bariola la poitrine et se fit photographier ainsi dans une pose titanesque.
Pilotell était de Poitiers. Il vint à Paris pour faire du dessin ; mais, fainéant et débauché, il ne iit jamais que de la mauvaise caricature. Il glissa quelques-unes de ses productions dans VÉclipse. et eut soin de se faire avancer de l'argent, — raison qui l'engagea à ne plus fournir de dessins. Il fonda plusieurs petits journaux illustrés, dont le dernier fut la Caricature que ses inepties ne purent faire vivre.
Misérable et haineux, Pilotell était communeux avant la Commune ; il avait trop à se plaindre du sort pour n'être pas ré\'olutionnaire, et, après le i8 mars, voyant pour lui la voie des honneurs ouverte , et pensant que quand on en prend on n'en saurait trop prendre, il cumula les fonctions de commissaire de police et de délégué aux beaux-arts. Aux beaux-arts, ma foi oui, Vallès était bien à l'enseignement!