SALVADOR
RANCisco Salvador était né d'un père espagnol, de là son nom étranger. Il avait dirigé une société orphéonique en Algérie et composé des airs arabes en l'honneur de Thérésa, dont il avait fait son idole, et à laquelle il dédia deux ou trois brochures signées Clément, et lues de personne. Il avait, en outre, fait la chronique musicale de la Marseillaise^ oii l'on n'était pas difficile en matière de musique, et passait parmi ses camarades pour un homme de talent, — mais talent
gâté par une tension bizarre à réformer la musique et à la démocratiser.
La Commune le nomma directeur du Conservatoire après la mort d'Auber. Salvador convoqua immédiatement les professeurs du Conservatoire, et n'en put jamais réunir que trois. On a prétendu qu'il avait fait partie du Comité central sous le nom de Vaillant. Nous n'avons trouvé tant au Comité central qu'à la Commune qu'un Vaillant, membre de la Commune, ancien ingénieur et professeur en Allemagne, qui se nommait Edouard et non Salvador.
Salvador, fait prisonnier chez lui le 24 mai, fut fusillé dans la rue Bonaparte. La Commune devait compter chez elle toutes les monstruosités : on constata alors que Salvador était hermaphrodite.
Voici le portrait qu'en a tracé un publiciste, M. Bernard, qui l'a connu :
Dans sa sphère, il n'était pas sensiblement supérieur aux autres misérables qui s'étaient emparés du pouvoir suprême ; peut-être avait-il quelque intelligence et quelque éducation de plus. Mais, à tout prendre, la différence était médiocre ; Salvador se distinguait de ses collègues par la forme ; il ne valait pas mieux qu'eux pour le fond.
TON Y-MO ILIN.
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Au physique, c'était un homme obséquieux, presque craintif, émettant d'une voix douce et tranquille les opinions les plus subversives , aimant à discuter, mais sans colère ; son ressentiment ne se manifestait ni par des apostrophes ni par des sorties violentes. Il était diplomate et se contenait très-bien.
TONY-MOILIN.
E pauvre Tony-Moilin avait une tète à dérouter les meilleurs physionomistes.
Il avait la £gure osseuse, les mâchoires très-fortes, les joues creuses et la bouche comme faite d'un coup de sabre , — larges, aux lèvres serrées. — Il avait la barbe rousse, le poil rare mais très-dur. On eût juré en le voyant qu'il sortait du bagne, ou qu'il y allait. Cependant c'était l'homme le plus doux du monde, une espèce de fou, mais fou mélancolique, jaloux du bonheur de l'humanité, — cerveau dérangé justement par ce désir ardent d'améliorer le sort de son espèce. Il avait
consigné ses rêveries dans un livre : Paris en Van 2.000. où il prédit entre autres choses la suppression de la propriété, la jouissance de 12,000 livres de revenu pour chaque individu et rétablissement de galeries couvertes au-dessus de toutes les rues de Paris. — Il n'était pas question de la campagne !
Élève de Claude Bernard et médecin distingué, il avait reçu une médaille d'argent pour sa belle conduite pendant le choléra, et avait inventé un remède pour les maux d'yeux. Le socialisme l'avait fasciné et il profitait de ses tournées de médecin pour catéchiser ses malades. Impliqué dans le procès de Blois de 1870, il s'y déclara socialiste, mais non communiste, dans sa défense, qui fut très-digne et très-sensée. Il était très-autoritaire et répétait souvent à propos de la France : « Il ne suffit pas de lui donner la liberté, il faut l'administrer et la gouverner avec fermeté. »
Il était au courant des agissements du Comité central et fut délégué par lui à la mairie du 6^ arrondissement, où l'on n'eut pas à se plaindre de son administration. Fait prisonnier le 27 mai, Tony-Moilin fut jugé le jour même par la cour martiale du Luxembourg, qui, sans doute prévenue par sa malheureuse figure, le condamna à