ANTOINE ARNAUD
NToiNE Arnaud paraissait avoir de quarante à quarante-cinq ans. C'était un personnage bizarre, du genre d'Allix, un peu plus raisonnable, un peu plus sérieux. Il marchait gravement, la figure impas-
sible, le regard voilé par une paire de lunettes qui lui surplombait constamment le nez. Il s'occupa beaucoup de magnétisme et, comme Allix, se croyait infaillible. 11 parlait peu et scandait ses paroles — toujours gravement. Quand il parlait, une vague ressemblance avec une pythonisse. Malheur à qui ne le croyait point!
Il est, croyons-nous, de Limoges, et y fut longtemps employé du chemin de fer. Certaines opérations dune probité fort louche firent congédier Antoine Arnaud. Il vint à Paris, fut reçu à la Marseillaise et se vengea de la Compagnie en entreprenant contre elle, dans le journal, une campagne assez remarquée. Plus tard, lorsque rémeute du i8 mars l'eut amené au pouvoir, il acheva sa vengeance en faisant arrêter l'inspecteur de la ligne des chemins de fer de Paris à Lyon.
C'est dans son passage à la Marseillaise, qui était ouvertement le journal de l'Internationale, qu'il s'affilia à l'x^ssociation, dont il devint peu à peu l'un des chefs les plus actifs et l'un des membres les plus influents. Il aida puissamment Johannard, Varlin, Malon et Tolain dans la restauration, pendant le siège, de l'Internationale à demi dissoute sous l'Empire, et présida lui-même une section.