‹ Les membres de la Commune et du Comite centralChapitre 70 sur 142 · SICARD · texte numérisé non relu

SICARD

NcoRE un cordonnier, encore un inrirme. Décidément le délilé de la Commune ressemble à celui des mendiants sur le perron de la cathédrale de Tolède un jour de grande fête. Celui-là avait un emplâtre sur un œil. Sicard était méchant parce qu'il avait un emplâtre, et violent parce qu'il était ignorant et incapable.

iça LES MEMBRES DE LA COMMUNE.

Il avait une trentaine d'années et avait débuté en politique par des discours dans les réunions du Pré-aux-Clercs. Il parvint à recueillir i,6pp voix dans le 7^ arrondissement aux élections complémentaires du 16 avril.

Il prit assez souvent la parole à la Commune, mais sa loquacité ne put suppléer à sa nullité : il fut peu écouté. Il blâma l'institution d'un Comité de salut public et cependant vota pour.

Il fit partie de la dernière commission de la guerre.

ous ne trompons personne, car nous b sommes honnêtes, dit Theisz au jury

de Blois. La chose était vraie pour lui. Ce n'était pas un de ces déclassés impuissants qui se jetèrent dans l'Internationale parce qu'ils y virent un moyen d'assouvir leur ambition. Intelligent et sérieux, d'une instruction assez négligée à certains égards, mais réelle à l'endroit du socialisme, Theisz agissait sans considération

THEISZ. 199

personnelle, intimement convaincu de la nécessité d'une réforme sociale.

Theisz est né à Paris en 1839. Ils étaient trois frères qui tous trois appartenaient au même corps d'état. Theisz était ciseleur. Travailleur habile et assidu, il parvint à force d'économie à se monter un très -joli établissement à Montmartre, où il se fit une réputation de probité. Ses études le portèrent à s'affilier à l'Internationale, ce qu'il fit en 1867. Après la dissolution de l'Association internationale parisienne, il fut un des promoteurs de la Fédération des chambres ouvrières destinée à faire revivre ITnternationale sous un autre nom. Il y fut délégué par les ouvriers en bronze et nommé secrétaire correspondant de Londres.

En 1868, il alla au congrès de Bruxelles comme délégué de l'Association des bronziers de Paris et y fut nommé secrétaire du bureau pour la France.

Arrêté pendant la période plébiscitaire de 1870, il fut traduit devant la haute cour de Blois. Sa défense calme et bien étudiée, où il essaya d'établir une subtile distinction entre la Fédération parisienne et ITnternationale ellemême et où il protesta souvent de son honnêteté et de sa bonne foi, fit grande sensation. Le pré-

sident lui-même, quoique peut-être prévenu, fut obligé de lui avouer qu'il avait dit des choses très-sensées.

Il n'en fut pas moins condamné à deux mois de prison. La révolution du 4 septembre, comme tous ses camarades, le délivra. Il fit partie de la garde nationale pendant le siège. Quoique averti des agissements de quelques internationaux qui se constituaient en Comité central, il refusa de prendre part à leurs travaux, en blâmant sévèrement toutes les manifestations qui eussent pu entraver la défense de Paris.

Aux élections du 26 mars, il se porta dans son arrondissement (le iS*") et y obtint 14,950 suffrages. Il reçut alors de la Commune la confirmation de son titre de directeur des postes qu'il avait provisoirement accepté pendant l'interrègne du Comité central. Il essaya vainement de s'entendre avec M. Rampont. M. Rampont abandonna Paris en emmenant son matériel, et Theisz , directeur des postes sans facteurs , comme Varlin était ministre des finances sans finances, et Grousset ministre des relations extérieures sans relations, Theisz, disons-nous, employa tout son temps à réorganiser le service des postes, qui ne fonctionnait pas encore à l'entrée des troupes dans Paris.

THEISZ.

Theisz vint peu à la Commune, dont les violences et les creuses discussions lui déplaisaient. Il fit toujours entendre la voix du bon sens. A propos du secret, il dit ces paroles si vraies que tous les révolutionnaires devraient méditer : « Depuis bien des années, on nous répète ces paroles : « Plus tard ! Quand les événements « seront accomplis, alors vous aurez la liberté, « l'égalité, etc. » Nous protestons contre de pareils mots ; ce sont toujours les mêmes moyens. Nous, nous avons protesté contre le secret, et nous devons l'abolir. »

Incapable de tergiverser avec sa conscience, Theisz réprouva hautement les mesures barbares que la Commune prenait pour se défendre, et si, jusqu'au dernier jour, il resta à l'Hôtel des postes, ce fut pour le défendre contre l'incendiaire Lacaille venu pour y mettre le feu.

Les infamies de ses compagnons n'ont pu salir Theisz; il a gardé la réputation d'un honnête homme, à tel point que le gouvernement de Versailles lui aurait, dit-on, donné un laisserpasser pour sortir de France.

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