MOREAU
ORS QUE les plus intelligents et les plus ambitieux des membres du Comité central se furent portés aux élections et eurent été nommés, lorsque Andi-
gnoux, irrité du chemin suivi par ses collègues, se fut retiré de la lutte, Moreau resta sans contredit le membre du Comité central le plus instruit, le plus influent et le plus redoutable à la Commune. C'était un jeune homme de trente ans à peine, nature fine et distinguée, esprit ambitieux, qui avait résolu d'arriver à la célébrité en se faisant un instrument de ce Comité central qu'il espérait pouvoir mener à son gré. Il proposa plusieurs fois à ses collègues d'emprisonner la Commune et de se saisir du pouvoir pour faciliter une conciliation ; il crut même arriver à son but le jour où le Comité central le nomma délégué civil à la guerre. Mais Delescluze, que la Commune avait appelé aux mêmes fonctions, le révoqua net, sans souci de son influence dans la garde nationale. Moreau s'établit alors à l'intendance générale, d'où les frères May venaient d'être chassés sous prétexte de concussion.