‹ Les Mémoires d'un VeufChapitre 12 sur 33 · A LA MÉMOIRE DE MON AMI · texte numérisé non relu

A LA MÉMOIRE DE MON AMI

A cette mémo table de café où nous avons causé si souvent face à face, après douze ans, — et quelles années! — je viens m'asscoir et j'évoque ta chère présence. Sous le gaz criard et parmi le fracas infernal des voitures, tes yeux me luisent vaguement comme jadis, ta voix m'arrive grave et voilée comme la voix d'autrefois. Et tout ton être élégant et fin de vingt ans, ta tête charmante (celle de Marceau plus beau) les exquises proportions de ton corps d'éphèbe sous le costume du gentleman, m'apparaît à travers mes larmes lentes à couler.

Hélas ! ô délicatesse funeste, ô déplorable sacrifice sans exemple, ô moi imbécile de n'avoir pas compris à temps! Quant vint l'horrible guerre dont la patrie faillit périr, tu t'engageas.

toi qu'exemptait ton cœur trop grand, lu mourus atrocement, glorieux ou faut, à cause de moi qui ne valais pas une goutte de ton sang, et d'elle, et d'elle !

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