‹ Les Mémoires d'un VeufChapitre 22 sur 33 · LES FLEURS ARTIFICIELLES · texte numérisé non relu

LES FLEURS ARTIFICIELLES

Les fleurs vraies sont aux riches : môme le bouquetde violettes se vend, et comme il se fane aussitôt acheté, il faut des sous et des sous encore pour en avoir tous les jours dans un verre d'eau.

La rose orgueilleuse, le camélia somptueux, le lys féodal, ne se complaisent que dans les cheveux crespelés des grandes Dames au sein du boudoir que hantent seul d'altiers caprices, sous les chevaux des tyrans et parmi les autels des faux dieux.

Parlez-nous de la rose en jaconat glacé se pavanant ingénûment au-dessus du gâteau de Savoie les jours anniversaires, sur une nappe des quartiers suburbains, pour aller le lendemain rejoindre, au tour de tête de vos humbles chapeaux de crêpe, gentilles ouvrières, vieilles demoiselles au cœur froissé, pauvres laides ins-

titutrices si grandes et si tristes, les myosotis mauvais-teint époussetés chaque jour avec prudence, qui tremblent au vent inclément des villesàtraversdes courses épouvantables, surces cheveux sacrés que lissent vos mains vaillantes, vos frôles mains, devant un morceau fendillé de miroir à soixante-quinze centimes !

Et vivent aussi, parce qu'elles ont l'air en papier peint, les solides, les iidèles, les tristes immortelles, jugées dignes par le deuil universel de fleurir, autour des morts oubliés, la féroce aridité des grilles !

LHYSTÉRTQUE

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