‹ Les mémoires de deux jeunes mariéesChapitre 28 sur 40 · DELIGNY, MATHILDE · texte numérisé non relu

DELIGNY, MATHILDE

DELIGNY. Pardon , mille pardons , madame; je n'ai qu'un seul mot à vous dire... (À part, serrant les mémoires de Mathilde sous son habit.) Ah! madame, vous envoyez vos mémoires à ma femme , ma partie n'est pas encore perdue, et je tiens ma revanche !

MATHILDE. Vous avcz à me parler, monsieur ?

DELIGNY. Oui, madame, je suis heureux de vous trouver seule et sans qu'un importun...

MATHILDE. Un iuiportun... mais il n'y a dans cette maison que vous, moi et mon mari, et je ne pense pas, monsieur, que ce soit à mon mari que s'adresse une pareille épiihète.

DELIGNY. Certes , madame , Dumontel a droit à tous nos respects.

MATHILDE. Oui, monsieur, à tous nos respects !

DELIGNY. Aux vôtres, par ce titre sacré d'époux î . . . aux miens, par son caractère que j'honore, et par son âge... par son âge surtout, que je vénère!

MATBiLDE. Enfin, qu'avez-vousà médire?

DELIGNY. Mais le re:ipect, l'amitié même, ne suffisent pas à un cœur de vingt ans ; ce qu'il faut à une âme comme la vôtre , madame , souffrez que je vous le dise , c'est un sentiment plus tendre et plus vif, c'est de l'aiiiour enfin !

MATHILDE. Mais, monsieur...

DELIGNY. Un amour qui comble le vide de votre cœur, un amour qui réalise vos espérances, vos beaux rêves de jeuue fille, un amour enfin , que je serais heureux de vous offrir à genoux.

MATHILDE. Arrêtez, arrêtez, monsieur, je vous en supplie , je le veux !.. . et pour vous rassurer sur le bonheur de ma vie, sur les joies de mon cœur, il est un autre aveu que je vous ferai à mon tour... j'aime mon mari.

DELIGNY. Vous aimez...

MATHILDE. J'aime mon mari.

DELIGNY. Non !

MATHILDE. Comment?

DELIGNY. Non, madame.

3IATHILDE. Mais, monsieur...

DELIGNY. Non, madame, non ; vous n'avez pas trouvé dans votre époux celte tendresse, cette ardeur que vous rêviez à dix-huit ans ; et sans ma modestie, sans ma timidité naturelle, je vous nommerais un jeune homme que vous avez remarqué, qui n'a pas eu le malheur de vous déplaire.

MATHILDE. Monsieur, un pareil langage/..

DELIGNY. Serait celui d'un fat, si je n'avais lu dans votre âme.

MATHILDE. Dans mon âme !

DELIGNY. Si je n'étais initié à vos pensées les plus intimes !

MATHILDE. Assez, monsieur, asscz... mes pensées les plus intimes...

DELIGNY. Elles sont là, elles sont toutes là, madame, gravées dans mon cœur, et écrites dans ces mémoires...

Il les lui montre.

MATHILDE. 0 clcl ! mes mémoires !. . . Comment se fait-il?... mais c'est une trahison indigne d'un honnête homme !

DELIGNY. Du tout! du tout, madame...

mon frère Jules est très-jaloux... en partant, il m'a confié le soin de son honneur, il m'a ordonné de décacheter toutes les lettres adressées à sa femme ; j'ai dit à cet excellent Jules de compter sur moi, et, tout à l'heure, quand un domestique portait ce paquet, j'en ai lu l'adresse par hasard, je m'en suis emparé, et

maintenant je bénis mille fois la jalousie de mon frère.

MATHILDE. xMais, VOUS me les rendrez, monsieur?

DELIGNY. Oh ! sans doute... mais quand vous m'aurez permis de vous offrir l'hommage de l'amour le plus pur et le plus dévoué. ..

Bruit au dehors.

MATHILDE. Mou mari, monsieur!... c'est mon mari !. . . au nom du ciel, rendez-moi ces mémoires !

DELIGNY, Vivement. Oui, madame, quand vous aurez daigné m'entendre, tout à l'heure, dans le petit pavillon du parc.

MATHILDE. Jamais, monsieur !

J)UM0NTEL, en dehors. Deligny !

MATHILDE. Oh ! je n'aurai pas le courage de supporter ses regards !

Elle sort à gauche.

DELIGNY. Elle viendra!

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