‹ Les mémoires de Messire Oliver de La MarcheChapitre 139 sur 157 · MEMOIRES DE DU CLEBCQ · texte numérisé non relu

MEMOIRES DE DU CLEBCQ

cause pourquoy icelle Demiselle fut prinse, estoit que l'inquisiteur de la foy avoit esté au chapitre général, que les frères Prescheurs font tous les ans, lequel s'estoit tçnu à Langre en Bourgongne, durant lequel chapitre avoit esté ards comme Yauldois, ung nommé Robinet de Vaulx, né en Artois, qui se contenoit comme ung hermite, et avoit déclaré que plusieurs personnes, hommes et femmes, estoyent Vauldoi^ ; et entre les aultres avoit nommé icelle Demiselle, demeurant à Douay, et Jehan La vite, dit Abbé de peu de sens. Voilà pourquoi ledit inquisiteur, quand il fut revenu dudit chapitre, feit prendre Bemiselle : elle fut interrogée, et par plusieurs fois mise à la torture par devant les vicaires dudit evesque ; avecq eulx se boutta à interroger ladite Demiselle, maistre Jacques Dubois, docteur en théologie, aussi chanoine, et doyen en l'église d'Arras, de Tagè de trente quatre ou trente cinq ans, et fut iceluy maistre Jacques quy prist le plus de peine à interroger Demiselle sur le fait de Vâuderie : après avoir esté par plusieurs fois mise à la géhenne et torture, elle confessa avoir esté en Vauderle où elle y avoit veu plusieurs personnes, et entre les aultres ledit maistre Jehan Lavite, abbé de peu de sens , qui estoit peintre, et demouroit à Arras ; elle ajouta ne sçavoir alors où il estoit. L'inquisiteur feit tant qu'il sceut qu'il demouroit à Abbeville, en Ponthieu, en laquelle ville ledit inquisiteur alla, et le feit prendre prisonnier, et amener le vingt-cinquième jour de febvrier audit an, en la cité d' Arras, es prisons de Tevesque : l'Abbé de peu de sens, aussytôt qu'il ftit mis es prisons, pour doubte, qu'il ne confessât chose qui ne pust lui nuire, se couppa la langue d'ung canivet ; mais quant il sentit la douleur, il ne ia couppa point tout oultre, et ne se feit que blesser, mais si fort qu'il fut long-temps sans pouvoir parler : pour ce, on ne laissa point de l'interroger par la géhenne, et aultreraent, car il scavoit bien escriprCy et mettoit sa confession par escript. Iceluy Abbé de peu de sens, confessa d'avoir esté en Vâuderie, et y avoir veu moult de gens, lesquels il nomma par nom et surnom, et gens de touts estats, nobles, bourgeois, gens d'église et aultres hommes et femmes, et entre aultres ung nommé Huguet Camery, dit Patrenostre, barbier, Jehan le Fevre, sergent d'eschevins d'Arras, Jeanne Dauvergne, dame des noeuves estimes d'Arras, et trois filles de joye, l'une nommée Belotte, l'autre Vergengen, et la troisième Blancqmiuette, pourquoy lesdits Huguet, Jehan le Febvre, et les femmes susdites furent prinses, et mises es prisons de l'evesque, en ladite cité d'Arras \ ces choses ainsy faites.

quand les vicaires velrent que les choses montoient de plus en plus, ils furent toots délibérés de laisser aller ses gens prins comme Yauldois et Vauldoises sans nulle punition ; de fait il les eussent laissé aller environ la feste de Pasqoes, quand maistre Jacques Dubois, docteur en théologie, et doyen de l'église Nostre Dame d'Arras, se vint opposer à leur délivrance , et se rendit partie contre eulx : à lui se joignit frère Jehan, evesque de Barut, frère Mineur, docteur en théologie, et suffragant de l'evesque d'Arras; et après ce, ledit doyen alla à Peronne, deTant Jehan, comte d'Estampes; et fut le conducteur dudit doyen pour lui faire accès auprès du comte, et pour lui tenir compagnie, ung appelé Jehan de Meurchin, qui estoit aveugle : sytost que le doyen eut parlé au comte , ce seigneur vint à Arras, demanda les vicaires, leur ordonna qu'ils feissent leur devoir desdites personnes prinses , ou qu'aultrement il s'en prendroit i eulx-mesmes ; puis s'en retourna à Peronne.

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