‹ Les mémoires de messire Olivier de la Marche, augmentés d'un Estat particulier de la maison du duc Charles le Hardi, composé du mesme auteurChapitre 33 sur 45 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Briéve répétition d'aucuns des precédens faicts de Maximïlian d'Austriehe; avec nouveau récit de quelques autres siénes gestes.

Ce noble roy Maximilian , archeduc d'Austriche, en Taage de dixneuf ans releva Tordre de la noble Toison d'or (qui estoit morte et perie, par la mort de fieu de noble mémoire le duc Charles de Bourgongne, chef d'icelle ordre); et prestement qu'il eut relevé ladicte ordre, pource que le roy Louis de France avoit pris à madame Marie plusieurs viles et chasteaUx, il prit les armes, et assembla ce qu'il peut de

gens, et se tira aux champs à l'encontre du roy de France, et luy présenta la bataille en plusieurs lieux. Il reconquesta le Quesnoy et Condé; et le roy de France se rétira , et fut contraint de luy-mesme faire bouter le feu à Mortaigne, qui estoit son propre héritage. Et ainsi de celle première rade il recula le roy de France: et ne sera pas trouvé que, depuis sa venue pardeça, le roy de France gaignast un pié de terre sur luy, ne sur madame son espouse.

Il soustint la guerre contre les Flanians : et , au plus -fort d'icelle guerre, il gaigna sur eux Termonde et Audenarde, et leur fit ta guerre par mer et par terré : tellement qu'il vint à paix aveques eux, et entra à Gand le plus- fort. Ce que je n'ay pas trouvé que comte de Flandres fist jamais. Il contraindit ceux de Gand à luy ramener son fils demielieue hors de la vile, et le luy rendre : lequel fils ils avoyent détenu ,et le detenoyent, contre le vouloir de son père : et il le tira de leurs mains, et ramena sondict fils en son païs de Brabant : et par ce moyen fut la paix faicte entre le Roy et les Flamans.

Il ala courre devant Tournay, où estoyent les gens-d'armes de France ,, et leur présenta la bataille devant les barrières dudict Tournay. Il déconfit le signeur des Cordes et la puissance des François devant Guignegate : et y eut beaucoup de François, archers, et autres gens-d'armes, morts et tués. Il gaigna Malaunoy, Sainct-Venant et Waurin, tenant le parti de France : et depuis il gaigna Terouenne : et du costé de ceux de Liège, il soustint contre leur

d'olivier de. la marche. 4%

mauvaise vouloaté, et gaigna sur eux Ton grès et Saihtron : et sous. lu y furent déconfits les gens de messire Guillaume d'Aremberch, et depuis s appaisa le faict de Liège. Du costé d'Utrecht il gaigna la cité par deux fois en un mesme siège, et les fit venir à appaisement : et pour abréger mon escrit, si jeune qu'il estoit, il fit chose digne de mémoire. Il présenta, au Pont-à-Lessau, et plus -avant, outre le Pont-à-Vendin , la bataille au roy de France, qui estoit à Arras, fort acompaigné de gens-d'armes. Et de ces choses j'ay veu la plus-part en son service : et du surplus j'en suis si-bien acertené que je le puis et doy escrire.

Il est donc temps qiie j'èscrive de ses hauts îaicts ce que je n'ay pas veu, à cause de mon ancienneté : mais je ne diray chose que je n'en soye bien acertené. Et faut entendre que le Roy s'en retourna en Alemaigne, pour ayder à l'Empereur son père à recouvrer les terres que le roy Matthias luy avoit prises, et non pas seulement le royaume de Hongrie, mais avoit conquis la plus-part d'Austriche : et a vint que le roy Mathias mourut ( auquel le roy des Rommains avoit ja commencé la guerre), et en assez peu de temps le roy des Rommains reconquit toute la duché d'Austriche (où il acquit un grand honneui), et puis se bouta en ce royaume de Hongrie ( où il trouva grande résistance), et vint devant la vile d'Alberegale, qù il trouva deux des capitaines du roy Mathias, et bien huict cens combatans et gens-deguerre, sans y. comprendre ceux de la ville, qui sont

tous gens de deffense. 11 fit assaillir Alberegale de

toutes pars, et là eut de grandes armes faibtes dune part et d'autre, et là fit on plusieurs chevaliers nouveaux : et y fut chevalier messire Hugues de Salins, signeur de Vincelle, boùrgongnon, et des autres largement : dont je ne sçay à parler, pour ce que ce sont Alemans , et n'en congnoy les noms; et aussi les AJemans ont accoustumé de se faire chevaliers à plusieurs fois, et en tous les bons lieux où ils se trouvent : par* quoy je me passe de les ramepteVoir. Pour conclusion, Alberègale fut gaignee d'assaut par des gens du roy des Rommains (où l'on trouva merveilleusement de biens ) ; et à tant le Roy se délibéra de tirer à Bude (qui est la maistresse cité du royaume de Hongrie), et n'y a point de faute qu'il n'eust gaigné la cité de Bude i mais il ne peut avoir ses gens hors d'Albert gale, pour trois raisons. La première, ils avoyent sigrand butin et grande proye gaignee audict Alberègale, que nul ne vouloit abandonner son profit et sa piart du butin. Secondement, ils trouvèrent à Alberègale tant de vivres, de vin, de chair et de pain, que soixante mille hommes ne les pouvoyent déconfire. Tiercement, le payement estoit failli : et est la coustume des Alemans que s'ils estoyent payés jusques aujourd'huy, et^demain il y avoit assaut ou bataille, ils entendent qu'il leur est deu nouvel argent: et ceux qui crioyent le plus-haut, c'estoyent les lansquenets et les gens-de-pié : et, conclusion, ils ne voulurent point marcher avant. Mais s'en revint le Roy en Austriche , où il reconquit plusieurs places et chasteaux que le roy Mathias avoit gaigné sur l'Empereur son père : et en moins de six mois

il reconquit tout ce que le roy Mathias avait mis six ans à conquérir : et pource que le roy de Boesme estoit prochain parent du roy des Rommains , ils firent un apointement que le royaume de Hongrie demoureroit à iceluy roy de Boesme, sa vie durant seulement , sans, en pouvoir faire sens ne folie r et donnerait au roy des Rommains tous les ans cent mille ducats de Hongrie. Et ainsi le roy des Rommains s'asseura, pour iuy et ses hoirs, du. royaume de Hongrie.

En continuant de parler des vaillances du roy des Rommains, il gaigna viles et chasteaùx en la comté de Bourgongne sur le roy de France : et si-bien y exploita, que ladicte comté est demouree à monsieur son fils, comme, c'estoit raison. Qui plus est, pour monstrer qu'il estoit homme et chevalier pour rencontrer un autre de sa personne, de son humilité, il fit armes en lices closes, et sous pouvoir de juge, et par emprise levée, à rencontre de messire Claude de Vaudré, signeur de L'Aigle, un chevalier bourgon* gnon y son suget, mais homme fort, et expérimenté à faire armes à pié et à cheval : et en icelles armes se gouverna le Roy chevaieureusçment,et en partit à son honneur. Par-ainsi j'ai recité, en brief , les grandes choses que le Roy a faictes : dont tes unes j'ay veues, et les autres sont venues à ma congnoissance. Ce noble Roy, après avoir les guerres dessusdictes' achevées, il ne demoura pas ôyseux.

Il visita son empire, jusques à descendre en ce quartier d'embas , et puis remonter es hautes Alemaignes : et travailla a pacifier les débats de l'Empire : à sçavpir

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à appaiser toutes questions qui pouvoyent estre de vile à autre, de signeurs à viles, et de princes à princes : tellement qu'à l'heure «que j'escrivy cestes (qui fut le treizième jour de juing l'an 1 5oi) , l'Empire ne fut onques si paisible qu'il estoit à -présent, par la diligence et poursuitte de cestuy noble Roy. Mais il ne suffit point d'avoir monstre les grandes vaillances et courage de luy, et parlerons comment il se gouverna à l'encontre des Suisses, ses ennemis : et fut vray que, l'an i499? 'es Suisses et les sugels du roy des Rommains commencèrent à noiser et villener les uns contre les autres; et tellement que chacun, de sa part, rompit les trêves qui estoyent entre le roy des Rommains et lesdicts Suisses : et mesme* ment lesdicts Suisses outragèrent et agravérent par effect l'evesque de Cours ( pource qu'il s 'estoit tiré devers le roy des Rommains pour cuider bien faire, et pour appaiser l'outrage qu'ils avoyent fait à un abbé sugetde la maison d'Austriche), et continuoyent lesdicts Suisses à faire la guerre au Roy, tant en Austriche comme en Ferrate, à feu et à sang. Et quand le Roy veit leur obstination, il assembla quinze ou seize mille combatans., et poursuyvit les Suisses (qui estoyent retirés en leur pais), et entra par le costé de la comté de Tirolle, où il y a fort païs et grandes montaignes à passer, pour venir, au païs desdicts Suisses. Et toutes fois entra le Roy et son armée, à pie et à cheval, esdicts passages : et si Je duc de Milan , nommé Ludovic , eust tenu ce qu'il avoit promis au Roy, d'amener des vivres à l'entrée des passages, pour fournir l'armée pour leur argent, il est

D OLIVIER DE LA MARCHE. £j I

apparent que le Roy leur eust fait le plus-grand re* boufement qu'ils eurent oncques : mais le duc de Milan ne tint point ce qu'il avoit promis, et ne trouvèrent les gensrd'armes nuls vivres : et furent cinq ou six jours en moult-grande disette de pain et dé fourrage, de vin, et de tous autres vivres : et si le commun de l'armée eust eu le courage et la sobresse qu'avoit le Roy de sa personne, les Suisses estoyent deffaicts en ce quartier : mais par faute de vivres ( comme dict est ) , il falut que le Roy retirast son armée : et depuis les Suisses assaillirent les gens du Roy qui estoient en Ferrate. Mais Dieu estait pour les Ferratois, et furent les Suisses déconfits : et eurent grand honneur à celle journée Louis de Vaudré, Rodigues, bastard de Lalain, et ceux de la garde du Roy, et autres Wallons qui se trouvèrent à celle journée : et depuis fut faict un appointement entre le Roy et lesdicts Suisses „ et se sont retirés de leur costé. *

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