‹ Les mémoires (extraits);Chapitre 28 sur 64 · MORT DE MONSEIGNEUR'. - SPECTACLE DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

MORT DE MONSEIGNEUR'. - SPECTACLE DE VERSAILLES

Le roi, à peine à lui-même *, prit à l'instant le chemin de l'appartement de Monseigneur, et réprima très sèchement l'indiscret empressement de quelques courtisans à le retenir, disant qu'il voulait voir encore son fils, et s'il n'y avait plus de remède. Comme il était près d'entrer dans la chambre, M""' la princesse de Conti^ qui avait eu le temps d'accourir chez Monseigneur dans ce court intervalle de la sortie de table, se présenta pour l'empêcher d'entrer. Elle le repoussa même des mains, et lui dit qu'il ne fallait plus désormais penser qu'à lui-même. Alors le roi, presque en faiblesse d'un renversement si subit et si entier, se laissa aller sur un canapé qui se trouva à l'entrée de la porte du cabinet par lequel il était entré, qui don-

i. Le Grand Dauphin, fils unique de Louis XIV et médiocre élève de Bossuet.

2- Il vient d'apprendre de Fagon que tout est perdu. 3. C'était Marie-Thérèse de Bourbon, fille aînée de M. le Prince.

nait dans la chambre. Il demandait des nouvelles à tout ce qui en sortait, sans que presque personne osât lui répondre. En descendant chez Monseigneur, car il logeait au-dessus de lui, il avait envoyé chercher le P. Tellier, qui venait de se mettre au lit ; il fut bientôt habillé et arrivé dans la chambre ; mais il n'était plus temps, à ce qu'ont dit depuis tous les domestiques, quoique le jésuite, peut-être pour consoler le roi, lui eût assuré qu'il avait donné une absolution bien fondée. M"* de Maintenon, accourue auprès du roi et assise sur le même canapé, tâchait de pleurer. Elle essayait d'emmener le roi, dont les carrosses étaient déjà prêts dans la cour, mais il n'y eut pas moyen de l'y faire résoudre que Monseigneur ne fût expiré.

Cette agonie sans connaissance dura près d'une heure depuis que le roi fut dans le cabinet. M""" la Duchesse * et M"'^ la princesse de Conti se partageaient entre les soins du mourant et ceux du roi, près duquel elles revenaient souvent, tandis que la Faculté confondue, les valets éperdus, le courtisan bourdonnant, se poussaient les uns les autres, et cheminaient sans cesse sans presque changer de lieu. Enfin le moment fatal arriva, Fagon^ sortit qui le laissa entendre.

Le roi, fort affligé et très peiné du défaut de confession, maltraita un peu ce premier médecin, puis sortit, emmené par M""" de Maintenon et par les deux princesses. L'appartement était de plain-pied à la

i. Femme de M. le Duc. Elle était fille légitimée de Louis XIV et de M™6 de Montespan.

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