GONDI AU COMMENCEMENT DE LA FRONDE
Gondi et la Révolution. — Ses hésitations du début. — Caractère égoïste des revendications des Frondeurs. — L'enlèvement de Brousse!, 26 août 1648, — Le coadjuteur au Pont Neuf. — Comment on le reçoit au Palais-Royal. Entêtement et inintelligence de la reine. •— Gondi apaise Témeute et est berné par Anne d* Autriche. — Sa fureur. — A partir de ce moment il devient factieux. — Son caractère de tribun du peuple. — Sa popularité comparée à celle de Brous^el et de Beaufort. -* Il pratique des intelligences dans la milice bourgeoise et s'en sert avec habileté. Les Halles, les marchands de bois, les bo,uchers sont pour lui. — Force de sa situation.
Aux premières agitations du flot, Gondi s'y jeta avec délices. Dans le tumulte et le désordre qui allaient grandissant, son tempérament d'aventurier se trouvait à Taise. Ce n'est pas qu'il sût ce qu'il voulait faire ; mais il était bien décidé à faire quelque chose. Il avait déjà un parti ; son nom était connu sans être encore populaire. Il redoubla d'activité et d'intrigues ; ses afftdés multiplièrent les aumônes : des libéralités bien placées lui assurèrent des auxiliaires précieux. Il se fit des amis dans la milice bourgeoise dont il avait de bonne heure entrevu l'importance et qui devint entre ses mains une arme dangereuse contre le Mazarin. Mais toute cette cuisine, dans les premiers mois de lGi8, n'avait pas encore
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d'objet bien arrêté. Entre les deux lièvres après lesquels il pouvait courir, le coadjuteur. hésitait.
« Je voyais la carrière ouverte, même pour la pratique, aux grandes choses dont la spéculation m'avait beaucoup touché dès mon enfance : mon imagination me fournissait toutes les idées du possible : mon esprit ne les désavouait pas, et je me reprochais à moi-même la contrariété que je trouvais dans mon cœur à les entreprendre. Je m'en remerciai, après en avoir examiné à fond l'intérieur, et je connus que cette opposition ne venait que d'un bon principe. Je tenais la coadjutorerîe de la reine : je ne savais point diminuer mes obligations par les circonstances. Je crus que je devais sacrifiera la reconnaissance et mes ressentiments et même les apparences de ma gloire, et, quelque instance que me firent Montrésor et Laigue, je me résolus de m'attacher purement à mon devoir et de n'entrer en rien de tout ce qui se disait et de tout ce qui se faisait en ce temps-là contre la cour(l). »
Il se flatte et il nous trompe. Il n'était pas de ceux que la reconnaissance enchaîne ; et la mesure de son devoir a de tout temps été pour lui celle de son intérêt particulier. Tout ce que Ton peut dire à sa décharge, c'est qu'il n'était pas le seul dans son cas, à cette époque. S'il est vrai que les gens à principes soient ordinairement moroses, on ne s'étonnera pas que la Fronde ait été si gaie. Personne n'y a abusé des considérations générales ; la raison classique n'avait pas encore, en ces temps reculés, produit tous ses effets, et ceux-là mêmes que la pente naturelle des événe-
(1) (Euvresdu cardinal de Retz, t. IL Mémoires, 2« partie, p. 6 et 7.