SA VIE DOMESTIQUE
toine, l'ataé, fut tué d'une arquebusade près d'Ostie.
— Le pape, les cardinaux et tout le peuple romain témoignèrent les regrets qu'ils avaient de sa mort. Si Dieu me Teût sauvé, j^en eusse fait un grand homme de guerre, car outre qu'il était fort vaillant et courageux, je connus toujours en lui de la sagesse qui excédait la portée de son âge (1).
L'autre, le second, le préféré du père, Pierre- Bertrand de Monluc, vulgairement appelé le capitaine Pey rot, incapable ainsi que son père de vivre en repos, après la première guerre civile s'embarqua le 23 août 1566 à Bordeaux, pour une expédition lointaine dont le but était Madagascar. Il périt dans une attaque sur Madère où il avait essayé de se ravitailler. Son père, qui Tainiait profondément malgré le visage sévère et triste qu'il lui avait toujours montré, ne se consola jamais de sa perte.
— Que s'il eût plu à Dieu me le conserver, on ne m*eût prêté les charités qu'on a fait. Bref je l'ai perdu en la fleur de son âge et lorsque je pensais qu'il serait mon bâton de vieillesse et le soutien de son pays qui en a eu bon besoin. J'avais perdu le courageux Marc-Antoine, mon fils aîné, au port d*Ostie ; mais celui qui mourut à Madère pesait tant qu'il n'y avait gentilhomme en Guyenne qui ne jugeât qu'il surpasserait son père. Je laisse à discourir à ceux qui l'ont connu quelle était sa valeur et sa prudence. Il ne pouvait faillir d'être bon capitaine, si Dieu l'eût préservé ; mais il dispose de nous comme il lui platt. Je crois que ce petit Monluc qu'il m^a
(i) Comm, et lettres de B. de Monluc, t. H, livre iv, p. 192.
laissé tâchera à Piiniler soit en valeur ou en loyauté envers son prince, comme toujours les Monluc ont [fait. S'il n'est t'el, je le désavoue (i).
Le troisième, Fabian de Monluc, seigneur de Montesquieu, fut tué après la Saint-Barthélémy, flans la quatrième guerre civile, en voulant forcer une barricade àNogaro. Le dernier, Jean de Monluc, était d'Eglise. D'abord chevalier de Malte, il devint évêque de Condom ^n 1571, et mourut en 1585.
La maison du vieux Monluc, après tant de deuils, eût été bien solitaire, s'il n'y eût eu pour l'animer sa dernière fille, toute jeune encore, et surtout ses trois petits-fils. C'est pour ces derniers que le farouche aventurier, devenu un bon et presque tendre grand-père, adresse au roi, à la fin de ses Commentaires, cette requête touchante :
— Dieu les veuille conserver ppur faire service à leurs rois et à leur patrie, sans faire honte au nom qu'ils portent, et qu'ils étudient bien, mon livre et se mirent dedans ma vie, tâchant à surmonter leur aïeul s'ils peuvent. Sire, souvenez-vous d'eux, s'il vous plaît. Je laisse parmi leurs papiers la lettre que vous m'écrivîtes de Villers- Gotterets, le troisième de décembre 1570, où il y a ces mots: « Tenez- vous pour assuré que j'aurai souvenance à jamais de vos longs et grands services desquels si vous ne pouvez recevoir la récompense condigne, vos enfants achèveront d'en cueillir le fruit, joint qu'ils sont tels et m'ont déjà si bien servi que d'eux-mêmes ils ont mérité que l'on fasse pour eux ce que je serai bien aise de faire quand l'occasion se présentera. » Sire, voilà votre pro-
(1) Comm. et lettres de B. de Monluc, t. UI, livre v, p. 75.