SCÈNE III
ETIENNE BOLESKI, ANDRÉ BOLESKI.
BOLESKI, î, ICtienne
Venez! vous êtes libre.
ETIENNE
Qui eteS-VOUS? (lilienne le conduit vers la fenêtre éclairée de la loge", avec un cri de joie :) André Sawa ! (H se jette dans les bras de Boleski).
Ah! il me reconnaît! il se souvient. Oui, c'est moi que
VOUS aimiez autrefois. (Le guichetier" apporte de* vêtements militaires. )
Prenez ce manteau d'uniforme, ce casque. On vous prendra pour un soldat russe. Partez.
Oui, oui, je veux bien être libre ! Mais comment avezvous pu ?
LE GUICHETIER
Hàtez-vous, Monseigneur.
BTIENNE
Monseigneur? (Écartom ie manteau de Boieeki) Ce costume ces ordres... (Durement) Ah! vous êtes mon père!
BOLESEI
Non ! Non !
ETIENNE
Vous êtes mon père, vousdis-je.
BOLESEI
Eb ! bien, puisque vous le savez, je l'avoue, votre père, c'est vrai. Mais ce n'est pas une raison pour que vous restiez là sans bouger au lieu de vous enfuir tout de suite.
ETIENNE
Je ne puis rien vous devoir.
BOLESKl
Ah! oui, vous me méprisez! Vous avez raison, j'ai été très coupable envers votre pays, envers votre mère, envers vous, mais je ne vous demande pas de me pardonner. Que vous sortiez d'ici, c'est tout ce que je veux.
ETIENNE
Vous m'avez donné la vie une fois, c'est trop.
BOLESKI
Ah! Dieu! Mais il ne s'agit pas de moi, c'est de toi seul qu'il s'agit. Le salut que je t'offre, tu l'accepterais d'un étranger, d'un passant, de n'importe qui! Suppose que je ne sois pour rien dans toute cette affaire, que cette porte
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s'est ouverte p;ir hasard. Prends ce déguisement et va-t'en vite.
Non.
C'est affreux, cela : ne pas pouvoir sauver cet enfant, parce que je suis son père ! Voyons, Etienne ! non, pas Etienne, « Monsieur. » Je vous parle comme à un inconnu, pour vous faire plaisir. Hàtez-vous! Des gens sont là, qui peuvent entendre. Le bourreau dans un instant va venir. Oh! je comprends que vous me haïssiez, que vous hésitiez à me donner la joie d'être pour quelque chose dans votre salut. Mais vous aimez votre mère. Elle pleure en ce moment, elle pleure! Elle se dit qu'on va vous tuer, que c'est fini, qu'elle ne vous survivra pas. Qui sait! Elle rôde peutêtre autour de la prison. Je parie qu'elle est là, de l'autre côté de ce mur, tendant les bras. Enfin, Monsieur, vous avez beau me trouver indigne de vous sauver, vous ne pouvez pas refuser d'embrasser votre mère ! Il est bien convenu que vous ne m'embrasserez jamais. Il y a aussi votre fiancée, Hélyonne, à qui vous ne pensez pas. Que deviendra-t-elle quand vous ne serez plus? On la forcera peut-être à épouser un autre homme. Vous pourriez empêcher cela, enfuyant. Ah ! mon Dieu ! voilà un enfant bien cruel! qui n'aime ni sa mère ni sa fiancée, — ni son pays qu'il pourrait servir encore. Oh! je t'en prie à genou*, oui, à genoux, moi presque un vieillard, ne reste pas ici, sors, va-t-en. Ah! cela ne te fait donc rien, ce pauvre homme qui t'a engendré, et qui pleure:'
Si je consentais à fuir, vous ne seriez pas compromis? Étant fonctionnaire moscovite, c'est un acte hardi que de faire évader un prisonnier polonais. Vous ne seriez pas en danger pour m'avoir tiré de péril?
Ah! il pense à moi! 11 ne me hait pas autant que je le croyais! Comme il est bon pour un pauvre homme qui lui a fait tant demalî.Non, non, Etienne, je ne cours aucun péril, et je tiens à ma vie puisque tu t'en inquiètes. Le manteau,
Vite! (il lui met le manteau sur les épaules). Le Casque aussi, (il lui met le
casque). Va, je te suis, va donc.
ETIENNE, près de la porte
Monsieur, je prierai ma mère de vous pardonner.
BOLESKI
Et toi, est-ce que tu me pardonnes!
ETIENNE, se j.-t uit dans les bras de Holcski
Mon père!
HoLKSKl, sanglotant d'ivresse
Ah ! j'ai un fils enfin!
Il l'embrasse avec passion. En ce moment un grand bruit s'élève d«ns le bâtiment à gauche. Des meubles qui se renversent, des bruits de chaises heurtées, des chocs de portes brusquement fermées, et des cris.
ETIENNE
Que se passe-t-il?
BOLESK]
Rien, rien! une querelle. Ce n'est rien, va-t-en.
ETIENNE
On assassine mes amis!
BOLESK 1
Quelle idée!
ETIENNE
Je mourrai avec eux ! ma fuite était d'un lâche.
BOLESkI
Tu n'iras pas ! tu ne te perdras pas !
Il veut le retenir, ils luttent.