ON POIT LE CALCUL
Otto Struve.
Flammarion.
Flammarion.
Schiaparelli.
Flammarion.
Flammarion.
Powell.
Flammarion.
Flammarion.
Klinkerfues.
Flammarion.
Duner.
llind.
Doberck .
Doberck.
Doberck.
Thiele, 1875.
Doberck.
On voit que la durée des re'volutions de ces curieux systèmes varie conside'rablement, puisque la plus petite de ceux qui ont pu être calculés e^t de 25 ans et demi, et la plus longue de 1000 ans. Les autres sont, en général, beaucoup plus longues encore.
Les distances mutuelles qui séparent ces lointaines étoiles sont, quoiqu'elles paraissent se toucher, de centaines de millions de lieues.
Parmi les étoiles doubles, il faut citer encore Sirius, dont le compagnon avait été soupçonné avant que les instruments l'eussent découvert. La théorie avait assigné à la révolution de cette planète une durée de 50 années, et l'observation la confirma, tout en faisant soupçonner l'existence d'autres planètes de ce système, comme je l'ai montré dans un travail spécial (Académie des sciences, août 1877).
On ne connaît pas seulement des étoiles doubles, mais des
étoiles triples, quadruples, etc., et jusqu'à des étoiles sextuples : telle est la fjimeuse étoile Ô de la constellation d'Orion, qui, simple à l'œil nu, se décompose en quatre étoiles formant un trapèze lorsqu'on l'observe avec une lunette d'une suffisante puissance. Les grands télescopes ont montré deux très petites étoiles situées dans les limites du trapèze, ce qui porte à 6 le nombre des étoiles de ce groupe. Nous en avons parlé à propos d'Orion(p. 107).
La blanche lumière de notre Soleil déverse ses rayons éclatants du haut de l'azur, et, grâce à l'atmosphère transparente dont les mille réflexions forment un véritable réservoir de lumière, tous les objets qui ornent ou peuplent la surface du globe sont enveloppés dans cette clarté. Cependant cette lumière blanche n'est pas simple. Elle renferme dans son rayon la -puissance de toutes les couleurs possibles, et les corps, au lieu de nous paraître tous revêtus d'une blancheur uniforme, absorbent certaines couleurs de ce rayon complexe et réfléchissent les autres. C'est cette réflexion qui constitue à nos yeux la coloration de ces corps. Elle dépend donc de l'agencement moléculaire de la surface réfléchissante, de sa disposition à recevoir certains rayons du spectre et à renvoyer les autres. Mais la somme de toutes ces couleurs constitue le blanc originaire, source unique de ces apparences diverses.
Il est bon de se rappeler maintenant que cette théorie, applicable au monde organique, reçoit encore une importance plus considérable lorsqu'on envisage le mode de coloration des substances organiques. La beauté des plantes, la diversité des prairies, l'or des sillons, la blancheur du lis, l'écarlate, l'orangé, l'azur, toutes les nuances ravissantes qui font la richesse des fleurs; l'éclat du plumage chez les petits oiseaux des tropiques, la neige des colombes, la fourrure fauve du lion du désert comme le rayonnement des blondes chevelures : c'est à la lumière blanche de notre soleil qu'il faut remonter pour l'explication de la beauté visible, c'est en elle
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que réside la source des nuances infinies qui décorent les formes de la nature.
Or, supposons un instant qu'au lieu de la blanche source de toute lumière qui nous inonde, nous ayons un soleil bleu foncé : quel changement à vue s'opère aussitôt dans la nature! Les nuages perdent leur blancheur argentée et l'or de leurs flocons pour étendre sous le ciel une voûte plus sombre ; la nature entière se couvre d'une pénombre colorée : les plus belles étoiles restent dans le ciel du jour; les fleurs assombrissent l'éclat de leur brillante parure; les campagnes se succèdent dans la brume jusqu'à l'horizon invisible; un jour nouveau luit sous les cieux; l'incarnat des joues fraîches efface son duvet naissant, les visages semblent vieillir, et l'humanité se demande, étonnée, l'explication d'une transformation si étrange. Nous connaissons si peu le fond des choses, nous tenons tant aux apparences, que l'univers entier nous semble renouvelé par cette légère modification de la lumière solaire.
Que serait-ce si, au lieu d'un seul soleil indigo, suivant avec régularité son cours apparent, s'assurant les années et les jours par son unique domination, un second soleil venait soudain s'unir à lui, un soleil d'un rouge écarlate, disputant sans cesse à son partenaire l'empire du monde des couleurs? Imaginez-vous qu'à midi, au moment où notre soleil bleu étend sur la nature cette lumière pénombrale que nous venons de décrire, l'incendie d'un foyer resplendissant allume à l'orient ses flammes. Des silhouettes verdàtres se dressent soudain à travers la lumière diffuse, et à l'opposite de chaque objet une traînée sombre vient couper la clarté bleue étendue sur le monde. Plus tard le soleil rouge monte tandis que l'autre descend, et les objets sont colorés, à l'orient des rayons du rouge, à l'occident des rayons du bleu. Plus tard encore, un nouveau midi luit sur la Terre, tandis qu'au couclumt s'évanouit le premier soleil, et dès lors la nature s'embrase d'un feu rouge écarlate. Si nous passons à la nuit, à peine l'occitlent voit-il pâlir comme de lointains feux de Bengale
Ui LES MERVEILLES CÉLESTES.
les dmiiers rayonnements de la pourpre solaire, qu'une aurore nouvelle fait apparaître à l'opposite les lueurs azurées du cyclope à l'œil bleu. L'imagination des poètes, le caprice des peintres, créeront-ils sur la palette de la fantaisie un monde de lumière plus hardi que celui-ci? La main folle de la chimère, jetant sur sa toile docile les éclats bizarres de sa volonté, édifiera-t-elle au hasard un édifice plus étonnant que celui-ci ? — Hegel a dit que « tout ce qui est réel est rationnel », et que « tout ce qui est rationnel est réel. » Cette pensée hardie n'exprime pas encore toute la vérité. Il y a bien des choses qui ne nous paraissent point rationnelles, et qui néanmoins existent en réalité dans l'une des créations sans nondjrc de l'infini qui nous entoure.
Ce que nous venons de dire à propos d'une terre éclairée ])ar deux soleils de diverses couleurs, dont l'un serait bleu foncé et l'autre rouge écarlate, n'a rien d'imaginaire. Par une belle nuit calme et pure, prenez votre lunette et regardez dans Persée, ce héros sensible marcliant en pleine Voie lactée et t(!nant en main la tète de Méduse; regardez, dis-je, l'étoile ïj : voilà au grand jour notre monde de tout à l'heure. La grande étoile est dun beau rouge, l'autre est d'un bleu sombre. A quelle distance ce monde (étrange est-il situé? C'est ce que nul ne peut dire. On peut seulement affirmer qu'à raison de 75 OUO lieues par seconde, la lumière met plus de cent ans à nous venir de là.
Mais ce monde n'est pas le seul de son genre. Celui de 7 d'Ophiuchus lui ressemble à tel point, qu'on pourrait facilement s'y tromper et les prendre l'un pour l'autre (à cette distance-là ce serait, il est vrai, pardonnable). Seulement, dans le système d'Ophiuchus, le soleil bleu n'est pas aussi foncé que dans l'autre. Une étoile du Dragon ressemble beaucoup aux précédentes; mais chez elle le grand sok'il est d'un rouge plus foncé : une autre du Taureau a son grand soleil rouge, son petit bleuâtre; une autre encore, ïj du Nii^'ire, a son grand soleil bleu et son petit rouge sombre.
LES UNIVERS LOINTAINS, ETC. Uo
Ainsi voilà notre monde imaginaire réalisé en plusieurs endroits de l'espace, et il y a, à n'en pas douter, des yeux humains qui là-bas contemplent chaque jour ces merveilles. Qui sait? — et la chose est très probable — ils n'y font peut-être guère attention, et dès leur berceau habitués comme nous à la même vue, ils n'apprécient pas la valeur pittoresque de leur séjour. Ainsi sont laits les hommes : le nouveau, l'inattendu, seul les touche; quant au naturel, il semble que ce soit là un état éternel, nécessaire, fortuit, de l'aveugle nature, qui ne mérite pas la peine d'être observé. Si les humains de là-bas venaient chez nous, tout en reconnaissant la sinq^licité de notre petit univers, ils ne manqueraient pas de l'observer avec surprise, et de s'étonner de notre indifférence.
C'est sans doute après avoir rêvé' à ces étranges et lointains univers que Victor Hugo écrivit les strophes suivantes •
S'il nous était donné de faire
Ce voyage doinesuré,
Et de voler de spiière en sphère
A ce grand soleil ignoré;
Si, par un archange qui l'aime,
L'homme aveugle, frémissant, hlèmc,
Dans les profondeurs du problème,
Vivant, pouvait être introduit;
Si nous pouvions fuir notre centre.
Et, forçant l'ombre où Dieu seul entre,
Aller voir de près dans leur antre
Ces énormités do la nuit ;
Ce qui t'apparaîtrait te ferait trembler, ange !
Rien, pas de vision, pas de songe insensé,
Qui lie fût dépassé par ce spectacle étrange;
Monde infernal, et d'un tel mystère tissé,
Que son rayon fondrait nos chairs, cire vivante,
Et qu'il ne resterait de nous dans l'épouvante
Qu'un regard ébloui sous un front hérissé;
Tu verrais! — un soleil, autour de lui des mondes,
Centres eux même, ayant des lunes autour d'eux;
Là des fourmillements de sphères vagabondes;
Là des globes jumeaux qui tournent deux à deux.
Les soleils qui constituent ces soleils multiples diffèrent donc encore du nôtre par leur coloration. Dans leur variété, parmi l'ensemble des astres, une nouvelle variété se manifeste encore. Les systèmes binaires colorés ne se composent pas unanimement des soleils rouges et bleus auxquels nous faisions allusion tout à l'heure ; les moyens ne leur font pas défaut; il en est ici comme dans l'universalité des productions de la nature : c'est à une source intarissable qu'elle a puisé j)our la richesse et le luxe dont elle a décoré ses œuvres.
Voici, par exemple, le beau système de 7 d'Andromède. Le grand soleil central est orangé, le petit qui gravite autour est vert émeraude. Que résulte-t-il du mariage de ces deux couleurs, l'orange et l'émeraude? N'est-ce pas là un assortiment plein de jeunesse, — si cette métaphore est permise, — un grand et magnifique soleil orange au milieu du ciel ; puis une émeraude brillante, qui gracieusement vient marier à l'or ses reflets verts?
Voici encore, dans Hercule, deux soleils rouge et vert; dans la Chevelure de Bérénice, l'un rouge pfde, l'autre d'un vert limpide; dans Cassiopée, soleil rouge et soleil vert : nouvelle série de nuances tendres et ravissantes.
Changeons la vue : il suffit pour cela de considérer d'autres systèmes ; il y a plus de variété parmi eux que dans tous les changements à vue que l'opticien peut produire sur l'écran d'une lanterne magique. Tels univers planétaires éclairés par deux soleils ont toute la série des couleurs renfermées au-dessous du bleu et ne connaissent point les nuances éclatantes de l'or et de la pourpre, qui jettent tant de vivacité sur le monde. C'est dans cette catégorie que se trouvent placés certains systèmes situés dans les constellations d'Andromède, du Serpent, d'Ophiuchus, de la Chevelure de Bérénice, etc. Tels ne connaissent que des soleils rouges, comme une étoile double du Lion par exemple. Tels autres systèmes sont voués au Ideu cl au jaune, ou du moins sont éclairés